SCÈNES ET DOCTRINES DU NATIONALISME
certaines variantes où je ressayai. Ils verront ma soumission à mon innéité.
Une LoiTaine du xvni* siècle disait d'un personnage quelconque : «( Je sais bien qu'il a le mérite du naturel, mais je ne sais pas si son naturel a du mérite. »
Si le lecteur est capable de nous opposer comme une raison cette jolie plaisanterie, qu'il se hâte d'aller plus avant dans notre livre, car il y verra sous mille formes que le problème n'est point pour l'individu et pour la nation de se créer tels qu'ils voudraient être (oh I l'impossible besogne!), mais de se conserver tels que les siècles les prédestinèrent.
2. Le nationalisme, c'est l'acceptation d'un DÉTERMINISME. — Ricn d'odioux comme le polygraphe qui touche à tous les sujets. Et sans reviser les éruditions d'un auteur, je le dis superficiel dès l'instant que je ro sens point sous ses phrases une émotion en profondeur. Toute véritable sincérité s'accompagne d'un frémissement. Si l'écrivain ne m'apparaît point en quelque mesure comme un poète, c'est qu'il ne me dit point sa vérité.
J'avais à choisir entre quatre cents articles. Journaliste déjà vieux, je me suis souvent éparpillé ; c'était pour reconnaître mes limites et mes alentours. Les fragments que j'assemble dans ce volume, je ne les sauvai de l'immense ossuaire qu'autant qu'ils touchaient quelque point de mon véritable domaine. Mon domaine I comme j'ai dît ce motl Entendez bien que je veux désigner non point un objet que je possède,
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mais un objet où je m'applique : mon champ d'éludé.
Le jour où je prouverai ma définition de Tidée de patrie, c*est à savoir la Terre et les Morts, par quelque méditation sur les provinces d'Alsace et de Lorraine, peut-être alors mériterai-je qu'on dise : a II est chez lui. »
Les jeunes gens qui lisent les prédications nationalistes et régionalistes murmurent : <i Tiens, c'est intéressant », mais les raisons qui feraient ces questions vivantes en eux n'existent pas. Nationalisme, régionalisme, trop souvent demeurent des théories. Je les ferai sentir non point comme des doctrines, mais comme des biographies, nos biographies à nous tons Français.
Ce travail, que je crois de grande utilité, je l'ajourne (i), parce que des amis en qui je me fie m'assurent que des vérités si constantes perdraient à être mêlées de scènes et de doctrines qui sont, les unes comme les autres, des polémiques. Ces amis, le dirai-je, me détournaient de réunir, comme je fais ici, les témoignages de notre campagne antidreyfusarde.
Quand ils virent que je passais outre, ils demandèrent qu'au moins ce livre ne s'intitulât pas la Terre et les Morts.
— Pourquoi, me disaient-ils (en Alsace surtout), compromettre dans l'affaire Dreyfus, qui diviserait les anges eux-mêmes, une doctrine qui nous rassemble?
(1) On pourra lire, ea attendant, la Vallée de Ui Moselle^ dan» VAppel au Soldat,
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Eh ! je le sais bien qu'il faudrait incorporer dreyfusisme et antidreyfusisme dans un type supérieur; qu*il faudrait sauver ce qu'il y a du chevaleresque français chez Tantidreyfusien de bonne foi; qu'il faudrait systématiser cette double tendance et puis coordonner, s'il est possible, ces éléments d'abord contradictoires dans un idéal commun I Toutes ces questions que j'ai prises ici par leurs côtés irritants, bientôt je les aborderai sans querelle, du sein même de ma petite patrie, c'est-à-dire dans l'atmosphère qui les justifie le mieux, et je placerai le lecteur au centre môme de ma pensée pour qu'il l'embrasse totalement. Ainsi apparaîtra, sans que nul y puisse contredire, la vertu persuasive de ces vérités. Oui, telles qu'on les trouve dans plusieurs chapitres de ce livre, je les ai indiquées et senties trop loin de leur patrie naturelle qui est un pays frontière, la Lorraine. J'étais dans une sorte d'exil, et, pour tout dire, à la guerre. Mais peut-être paraîtra-^ t-il utile de suivre et d'accepter toutes les oscillations d'une méthode qui se forme. Toutes les saisons d'une pensée concourent à mûrir son fruit.
Dans ce recueil qui pourrait s'appeler Z^û^an^ éCitvdes nationalûies, on trouvera les premières constructions de la solide maçonnerie d'où nous primes toutes nos vues : Un nationaliste, c'est un Français qui a pris conscience de sa formation, Nationalisme est acceptation d'un déterminisme,
3. « De goblo in inferna. » — Les catholiques voient dans le patriotisme un prolongement de
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la morale. C'est sur les commandements de TEglise que s^assure leur idée de patrie. Mais si je ne suis pas un croyant?
Pour un certain nombre de personnes le surnaturel est déchu. Leur piété qui veut un objet n'en trouve pas dans les cieux. J'ai ramené ma piété du ciel sur la terre, sur la terre de mes morts.
Mon intelligence est tentée de toutes parts, tout l'intéresse, l'émeut et la divertit. Mais il y a au plus profond de nous-mêmes un point constant, point névralgique : si l'on y touche, c'est un ébranlement queje ne pouvais soupçonner, c'est une rumeur de tout mon être. Ce ne sont point les sensations d'un individu éphémère qu'on irrite, mais à mon grand effroi l'on fait surgir toute ma race.
...Douce Antigone^ vierge âgée de vingt ans, tu voulais te dérober, te réserver pour l'hymen. Mais, Antigone aussi vieille que l'illustre race des Labdacides, il fallut bien que tu protestasses.
Créon est un maître venu de l'étranger. Il dit : (1 Je connais les lois de ce pays et je les applique. » C'est qu'il juge avec son intelligence. L'intelligence, quelle petite chose à la surface de nous-mêmes.
Antigone, au contraire, dans le même cas, intéresse son hérédité profonde, elle s'inspire de ces parties subconscientes où le respect, l'amour, la crainte non encore différenciés forment une magnifique puissance de vénération.
Sous cette puissance de vénération qu'elle est également prédisposée à ressentir, la cité