DANS « LE MÉDECIN DE CAMPA GNE
^^vw^^^^w^^fw^^r^^A^
(( Mes pensées pourront yous part raitre étranges, mais elles sont le u fruit des réflexions que m'ont ins* « pirées les catastrophes de nos qua- « rànte dernières années. »
H. DB Balzac.
Il n'est pas de présexit qui ne soit la réplique d'un passé, et les événements qui se répètent au cours des âges ress]iscitent une à une des heures déjà vécues. Les hommes, dépouillés des aspects passagers qui les datent, se signifient semblables à eux-mêmes depuis toujours. Hier est une perpétuelle leçon qu'aujourd'hui ignore ou méprise, jusqu'à ce qu'un lendemain de désastres l'en fasse se souvenir; et c'est pour ne pas vouloir regarder en arrière, ni écouter ]a voix des morts qui nous conseillerait, que nous trébuchons sur nos chemins. Les destinées futures d'une race se peuvent pourtant lire aux annales closes de races qui subirent de semblables destins pour avoir trop longtemps oublié les lois premières de leur existence, de leur force et de leur grandeur.
770 L'AOnON FRANÇAISE
Aussi bien, ces lois, formulées par les maîtres de notre pensée, prennent-elles une majesté singulière en ces temps où notre race s'en va vers l'avenir en titubant comme un ivrogne qui vocifère dans la nuit.
Parmi les discours variés, les mensonges des professions d^ foi, les réclames électorales, les flagorneries au suffrage universel, et toutes les promesses lâches prodiguées avec une égale impudence par un tas d*hommes qui se réclament d'une foule de principes éculés, je veux faire entendre à nos amis, pour les réconforter, et à nos adversaires, la voix du monarchiste Honoré de Balzac.
Ce n'est pas une étude suivie que je prépare. Je ne veux que donner ici, pour l'instant, avec quelques notes parfois, des extraits de certains des livres du Maître par excellence, des extraits de ceux-là de ses livres où sont le plus nettement exprimées ses idées en matière sociale.
Que l'on veuille bien me pardonner d'avoir souligné certaines phrases. J'aime peu les italiques, d'ordinaire. Mais, ces pages pouvant tomber aux mains de bons esprits paresseux, il m'a semblé que je ne manquerais pas au respect dû en marquant quelques pensées d'un signe matériel qui obligeât certains lecteurs à une attention plus vive.
Balzac est un monde qui semble s'effacer sur notre horizon. Un Colomb le retrouvera demain pour révéler à nos fils ses splendeurs ignorées. Beaucoup, aujourd'hui, l'ignorent, qui prennent des airs entendus et en parlent à peu près comme un Anglais d'agence Cook peut parler de
Notre-Dame et du Louvre. Parmi ceux qui le parcoururent, combien qui se contentèrent d'admirer, souvent de. confiance, celles de ses œuvres que recommandent les guides littéraires, et rien que celles-là!
Aussi, le Mèdedn de campagne est-il peu lu, parce qu'il est de ces livres qu'il faut relire. L'affabulation en est simple, et importe peu, ici. Le principal personnage, l'unique presque, vaut par lui-même : Benassis, le médecin de campagne, a vécu, aimé, souffert et connu l'amer désir de la mort. Il s'est refait une àme neuve en reprenant racine parmi ses ancêtres les paysans et en s'appliquant à recréer autour de lui, dans un pays de misère, une vie sociale où renaissent une à une toutes les sources des prospérités. Parce qu'il a dirigé, et parce que, d'être supérieur et seul, il a médité, les vérités qu'il a retrouvées en se retrouvant lui-même, il les énonce ainsi que des lois.
C'est, avec quelques brèves formules qui marquent les directrices de sa pensée, la presque totalité du discours que Benassis tient dans sa maison à quelques hommes de bonne foi assemblés autour de lui — que j'offre aux réflexions de ces autres hommes de bonne foi qui le liront ici. Leur lecture achevée,je suis assuré que ceuxlà écouteront se prolonger en eux, pour y éveiller des pensées plus claires, chacune de ces paroles qui, de paraître sans art, atteignent à une majesté que ne sauront jamais les « styles », les « formes » et les « écritures ».
Balzac nous donne ici, sur l'homme social, de ces formules qui éclatent d'éternité comprimée.
Tous, nous ne goûterons pas également ses charmes sévères, certaines de ses rudesses, les tâtonnements impatients et les simplicités fortes de cettepensée, souventdédaigneusesdumot, qui se cherche sans cesse pour se parfaire — ni la puissance intérieure de cette phase qui semble se déformer sous la poussée trop violente des idées qu'elle veut condenser. Mais, tous, nous trouverons en lui, avec des réponses aux qnes«tions les plus hautes, ces forces qui vous vien« nent d'avoir participé par communion à la recherche d'une vérité.
Il nous convient donc de méditer sur ces lignes et sur ces pages. Ceux-là même qui détiennent une claire doctrine et une croyance solide y trouveront encore de quoi s'accroître. C'est le propre du génie de redire avec une voix toujours jeune des vérités qui ne sont vieilles que parce qu'elles ont Tâge même du monde — et de graver sur les éternelles tables du temps les lois éternelles qui commandent également aux peuples et aux rois.
Théodore Chèze.