PARTIE PÉRIODIQUE
dernières élections de 1898 que 8.160.000 votants. Nos 580 rois incohérents, qui nous mènent depuis, n*ont été élus que par 4.898.000. Et il y a encore du de'ohet. On a constaté que les 271 députés qui, le 26 juin 1899, ont instauré le ministère Waldeck- Rousseau, — notre gouvernement actuel, — ne représentent que 2.230.000 électeurs. Or, durant trente années de République, la majorité — qui est, en fait, la minorité des électeurs représentés, qui est la minoiité des électeurs inscrits, qui est la minorité des Français (I), — n*a jamais été beaucoup plus forte, et elle a été souvent plus faible (2) .
Voici donc le suGTiage universel, même si Ton accepte Tarithmétique la plus grossière, par quoi il se défend le mieux : Sur 38 millions de Français, 2 millions remportent, qui ne sont des plus dip;nes, des plus compétents, des plus énergiques, e( il est supposé qu'ils font la loi.
Le citoyen Jaurès a dit un jour : « Le sufTraj^e universel a fait du peuple une assemblée de rois. » Admirons cette optimisme héroïque. Mais rectifions. Il s'agit de « dieux ». L'électeur est ubiquitaire, car, à Toccasion, il vote dans plusieurs circonscrip-
(1) Rappelons les chiffres :
Population : 38.961.000 Electeurs : 11.787.000
Electeurs : 11.787.000 Représentés : 1.898.000
Non électeurs : 27.174.C00 Non représentés : 6.889.000
Electeurs représentés : i. 898.000
Majorité ministérielle : 2.3.')0.000
Minorité — : 2.:)68.000
(2) Le total des voix non représentées, battues et abstentions est toujours supérieur à celui des voix représentées; en 1877, [\{ % ; en 1881, 55 % ; en 188-). 57 % ; en 1895, %; en 81, 98 93, 5fJ % ; en 1897, 55 %.
lions à la fois. Il est immortel, puisque parmi ceux qu'on a vu enterrer, il en est qui persistent à remplir leurs devoirs civiques. De plus, il opère des miracles dans certaines urnes prédestinées.
La vérité est que le suffrage universel provoque la fraude et la corruption. Il faut de l'argent, beaucoup d^argent pour « faire » une élection. Gela va de 10.000 à 200.000 francs. Les chances d'être élu augmentent naturellement avec la somme qu'on peut mettre dans l'affaire. Car cela devient une a affaire ». Le plus souvent, derrière le candidat, lié d'avance, il y a la commandite^
Nous prenons peu à peu le cynisme des mœurs électorales des Républiques américaines, où l'électeur s'achète à la grosse.
Qu'on s'en indigne, je le veux; mais on ne saurait le nier. Cette pratique est inhérente au système.
On entend bien qu'il ne s'agit pas toujours d'une pièce de cent sous pour l'électeur et d'une place de cantonnier pour le courtier politique; mais de tous les intérêts particuliers ^ professionnels ou locaux, que le candidat est contraint de promettre de seimr. C'est le marché. Et ce qui sauve pour un temps le pays, en somme, c'est que, élu, le député échappe à l'électeur et qu'il n'est pas tenu de respecter le marché antisocial qu'il a passé avec lui.
Mais il faut tout de même faire des concessions. Le fonctionnarisme est le moyen électoral par excellence, et c'est le contribuable qui paye. En trente années de République, le nombre des fonctionnaires s'est élevé de 1.800.000 à 4.100.000, et leur budget de 215 à 640 raillions de francs. Tout électeur aspire à être fonctionnaire, sinon candidat. Gambetta disait : « Il ne faut pas croire que la République est un Gouvernement à bon marché. » Le mal est moindre, d'ailleurs, que si le mandat impératif, à défaut de sa conscience, contraignait