PARTIE PÉRIODIQUE
matique sur quoi repose le suffrage universel : On ne délègue pas son savoir, on ne délègue pas son vouloir, on ne délègue pas sa responsabilité. Les idées ni la volonté ne sauraient se représenter par le nombre. Une idée vaut par les vérités qu'elle éclaire, paf les volontés qu'elle détermine; une volonté s'affirme par l'action qu'elle ose.
Les problèmes sociaux sont trop complexes pour être résolus par une addition ou une soustraction de voix. Une majorité, dans aucun cas, ne saurait être un instrument de vérité. Il n*y a pas d'action sans unité de direction. « Une assemblée, dit P. Laffîtte, ne peut jamais par elle-même organiser une direction (1). A personne il n*est venu la pensée d'introduire le vote dans l'industrie, par exemple. Car là il ne s'agit pas de s'opposer pour vaincre et prendre, mais de s'unir pour travailler et de se discipliner pour produire. La société démocratique doit être un grand atelier d'action sociale.
En votant, l'électeur n'exprime pas sa volonté. C'est là un acte d'une conséquence trop faible ou trop obscure, pour qu'il manifeste autre chose, à ce moment, que son caprice ou son intérêt le plus superficiel, c'est-à-dire le plus égotiste, le moins social. La volonté s'exprime par l'action. C'est l'homme agissant qui est un élément social. La veulerie, fût-elle le nombre, milliers ou millions, n'importe. Socialement, c'est zéro.
Le suffrage universel, c^est le rêve ou Vivresse : la rêvasserie de l'aboulique qui ne peut vouloir, la soûlerie de l'ivrogne qui croit vouloir parce que ses centres d'inhibition sont paralysés par le poison. Ce prétendu moyen de consulter la volonté du peuple est siytout un moyen d'égarer sa volonté d'abord et de l'atrophier ensuite. C'esf fie la lâcheté
(1) Reconnaissons ici la voix d'un positiviste qui ne fut pas toujours aussi « digne ». (N. D. L. R.)
qu'il entretient que subsiste le régime. Car s'il se mai/itienty malgré les scandales qui Vont dénoncé, l'impuissance où il est d'imposer son autorité ou d'organiser la liberté, le mépris qu'il inspire, c'est que nous n avons plus le courage des violences dangereuses. Notre indignation s^apaisc de renverser un ministère tous les ans,
A l'occasion on convient que {le suffrage universel) c'est un mal, mais nécessaire. Ou le despotisme d'un seul, ou le gâchis par tous? S> c*élait là l'inéluctable dilemme, pourmapart, je serais encore pour l'ordre, qui est la condition fondamentale de toute société et de toute liberté. Mais il y a un troisième terme (1). Libérée déQnitivement de la monarchie, la société veut vivre. Ce ne peut être que par la liberté, je veux dire par l'action libre dans l'association libre. Nous devons abandonner la vieille superstition politique, le fétichisme du nombre, la survivance, injustifiable dorénavant, surtout dans la nation, de la lutte. Nous devons organiser, affranchir, agir, multiplier à l'infini, dans la société, les centres de vie, de volonté, de conscience sociales, les points de direction et d'impulsion.
C'est déjà ce que commencent, timidement^ les associations ouvrières : coopératives, syndicats, universités populaires.
Les élections prochaines sont grosses d'imprévu. Est-ce la rouge ou la blanche qui sortira? Est-ce la République de la Franc- Maçonnerie ou la République de la Patrie Française qui gagnera? J'avoue que mon attention se porte ailleurs.
Le Comité central de VUnion coopérative des sociétés françaises de consommation ir&ydi\[\e de toutes
(1) Notre collaborateur Léon de Monte Auiou a exposé, en effet, ce troisième terme dans l'Action française du \'6 avril. 11 ne constitue pas une Nuée comme celui de M. Deherme. (N. D. L. U.)