PARTIE PÉRIODIQUE
ses forces à organiser la coopération en France. li vient de créer un Office coopératif commercial qui est Tembryon d'un magasin coopératif de gros. Réussira-t-il? — C'est cela seulement qui importe au salut de la démocratie (i).
L'étude de M. Deherme sur le parlementarisme (antérieure à la précédente) quoique de conclusion aussi ferme, est malheureusement gâtée par une tentative, d*ailleurs loyale, de démontrer que le parlementarisme n'est pas (( la conséquence ni la condition de la démocratie ». Sinon, dit-il, Tun ferait renoncer à Tautre. M. Deherme y renoncera du jour où il sera convaincu que l'autorité politique a une raison d'être. Marquons pourtant déjà ce bon passage :
... Avant tout, nous avons à dissiper la grossière superstition du parlementarisme. Ce qu'il paraît représenter n'est qu'une illusion. Rien ne le justifie. Il est le chaos sans être la liberté, la tyrannie sans être Tordre. Le mal qu'il a fait à la République depuis trente ans, il le ferait — ne le fait-il pas déjà? — aux associations, notre espoir. Coordonnons notre action. N'enrayons pas les initiatives, — la critique ne vient qu'après l'expérience — , suivons les volontés forles, secondons les activités désintéressées, respectons les capacités, obéissons aux raisons claires
Mais M. Deherme a mieux traité du parlementarisme quand il a eu la singulière audace de faire de Leurs Figures un éloge que la lâcheté électorale n'a guère prodigué. Il faut d'ailleurs
(1) Nous disons de la France. (N. D. L. R.)
féliciter M. Deherme moins de son courage que de son goût.
Leurs Fisrures.M. Jules Lemaître écrivait récemment : <r Mais, enfin, pourquoi nos adversaires ne parlent-ils pas de Leurs Figures de Maurice Barrés, pas même pour en faire la critique violente? Ce récit les gêne donc bien? » Un tel silence, sur ce beau livre de vérité, est étrange, en effet, et accablant. Un juge d'instruction ne s'y tromperait point. Il soupçonnerait, à tout le moins, des complices chez ces bavards devenus subitement muets. Car il convient de secouer Thypocrisie. Ce n'est pas la République, ce n'est pas la démocratie qui est à la barre, ici, — ce n'est que la politicaillerie et le parlementarisme (1). Pour les idenliOer, il y faut Tégocentrique vanité des politiciens, qui s'imaginent sauver le pays chaque fois qu'ils reçoivent un potde-vin. C'est que, pour nos maîtres du jour, la démocratie n'est qu'un parti, c'est-à-dire un syndicat d'exploitation.
Voilà déjà de bonnes raisons pour que nous fassions lire ce livre dans les Universités populaires. Il est fortement éducatif. Car nous n'avons pas, dans nos Universités populaires, à dresser des électeurs; mais à former des hommes, des citoyens conscients, capables d'action et de s'opposer à la tyrannie des partis. Je le répète, un livre sur lequel la presse de parti fait le silence est un livre bon pour nous.
Leurs Figures, c'est une période du parlementarisme. Ce n'est certainement pas la plus lâche, la plus sale, la plus odieuse, — c'est seulement, grâce à un heureux concours de circonstances, la mieux éclairée. L'auteur, témoin attentif, a noté avec pré-
(1) Leurs fraits naturels cependant. Mais n'insistons pas. (N. D. L. R.)
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cision, avec impartialité souvent, les faits stupéfiants, les angoisses tragiques de cette période. Ces faits revivent, les acteurs entr'ouvrent les sombres replis de leurs âmes tourmentées. Nous nous surprenons à compter, cruellement, les pulsations de leurs cœurs malades. Nous démontons un à un les rouages de la machine à faire de la honte, de Timpuissance et de la mort qu'est un Parlement.
Nous voulons connaître les ressorts de ces parlementaires. Et nous constatons qu'une seule chose, d'abord, leur est commune à tous : la combativité. Ainsi s'explique qu'ils aident si bien à la désagrégation sociale. Sans doute, ils adoptent bientôt des mœurset une âme corporatives. Le groupe les rassemble et les discipline. Mais qui ne voit que ce n'est que pour les opposer à la nation. « On ne vote jamais d*après son sens propre et sur la question présentée, mais toujours pour ou contre le ministère. )> Ce sont les Bureaux qui font la besogne.
La préoccupation de la réélection est obsédante pour ceux dont toute la vie tient là. Elle entraine à des générosités nécessaires. L'électeur n'est pas moins corrompu que l'élu. Et il faut beaucoup d'argent pour satisfaire cette mendicité tenace. Noble régime ! C'est pour être généreux que tant de parlementaires sont malhonnêtes. Et ce sont les « affaires ». « Il comprit que, depuis douze ans, pas une grande entreprise où les pouvoirs publics eussent à intervenir n'avait pu se dispenser de faire la part de la corruption. Ces manœuvres ne choquent que les conscrits, qui, d'ailleurs, y voient des circonstances atténuantes dès qu'on leur permet de s'y associer. Les plus honnêtes gens ne vont point jusqu'à mêler leurs délicatesses privées à leurs combinaisons politiques, n Un tel, disent-ils, « oh ! c'est une fameuse canaille ! » Et de lui serrer la main pour peu que ses opinions ne contrecarrent
pas leur système constitutionnel. Au Palais-Bourbon, le vol, tant qu'il n'y a pas scandale, n^est qu'une faute contre le goût : quelque chose qui coupe Testime sans délier les intérêts. Dans aucun parti, on ne fait difficulté d'admettre un voleur, s'il a du gosier et de l'estomac, c'est-à-dire de l'aplomb et de la métaphore. » C'est avec ces hommes qu'on gouverne, non avec des idées et le souci de l'ordre général. Pour le lien moral, — sans lequel aucune association n'est possible, même celle d'une bande d'escarpes, — une certaine honnêteté professionnelle suffit qui est de ne pas trahir son parti. « C'est avec des pièces de cette sorte (la liste des 150 chèquards) qu'on assure dans un Parlement une solide majorité. Et voilà pourquoi les véritables hommes d'État préfèrent toujours aux honnêtes gens les canailles. Seulement les canailles vous mettent parfois dan^ l'embarras. »> Notre parlementarisme n'est donc <t qu'un système de chantage j». La crise du panamisme s'est déchaînée à la suite d'une série de chantages maladroits. Là dedans la Presse joue un grand rôle. Dans un pays désorganisé comme le nôtre, on sait le mal qu'elle peut faire. Ne négligeons jamais l'occasion de l'indiquer. Des faits comme celui-ci, entre autres, ne seront jamais assez connus : Bismarck déclara au Reichstag que tous ses efforts après Sadowa avaient visé à faire le silence en France sur l'armement de la Prusse et à nous inspirer une fausse sécurité, u Une fois le moment venu, ajoutait-il, je n'ai eu qu'à supprimer les subventions à certains journaux français; ils sont redevenus du coup patriotes et, prêchant la guerre, m'ont aidé à la déchaîner. » Voilà comment, mères, on mène vos fils à la défaite et à la mort.
Un tel livre, on l'entend bien, ne se résume pas. C'est de l'histoire, de la vie pantelante, de la pensée, de l'humanité. Et parce que c'est d'un maître écri-