CATASTROPHE NATIONALE
ET NATIONALISME
^»^^»^tf^MMM^M^^^^»^
Je conseille à qui voudra se rendre compte de robscurcissementdu sentiment national chez les Français contemporains, de peser les condoléances que ceux de la métropole adressent depuis trois jours à nos colons de la Martinique. En vérité Toccasion est précieuse et il s'agit pour les nationalistes de ne pas la laisser passer.
Après vingt journaux lus et cinquante personnes ouïes, je me suis assuré quant à moi d'une chose, c'est que nos compatriotes se sont émus du désastre dont il s'agit exactement comme ils l'eussent fait, s'il fut arrivé en Australie, au Mexique ou au Groenland. Des hommes brûlés, quelle horrible affaire! et brûlés parle feu d*un volcan ! et quand on ne s'y attendait pas! et le matin au réveil ! Remarquez que même le nombre des victimes n'entre pour presque rien dans ces plaintes. Je veux dire qu'il n'en change pas la nature, qu'il ne fait que les grossir et les prolonger. Un accident d'automobile^ de canotage ou quelque autre semblable convenablement multiplié, arrivé n'importe où, à n'importe qui, au détriment de n'importe quelle puissance, ne serait pas déploré en termes différents. Ou plutôt on ne s'avise
CATASTROPHE 2CATI05ALE ET NATIOXAUSXE Kâ9
pas sealement qu'an détriment public, une perte nationale puisse sortir d'une telle catastrophe ; le mal souffert par chaque individu est tout.
Etcomme, en dépit de l'étalage des grands sentiments et de tout ce faste de solidarité humaine, Tégoïsme naturel persiste, et ne laisse pas d'endormir le tourment qu'on se donne, il arrive que Tévénement, tout énorme et terrible, passe en réalité aa milieu d'une parfaite et profonde indifférence.
Le tapage des journaux dérobe mal celle tranquillité des gens. Rien n*est changé à la vio nationale; les réceptions officielles suivent leur cours; les ribotes provinciales ne sont point différées; personne n'y songe seulement, et l'on étonnerait fort les Homais de sous-préfecture en mal d'inauguration de quelque monument civique, si Ton allait leur dire que la stricte décence, après ce qui vient de se passer, commande de remettre la fête.
Or écoutez ceci. La France ne fait plus d'enfants. La France n'a que peu de colonies habitées et vivantes. La destruction de Saint- Pierre de la Martinique Ole d*un coup de la surface du globe un total de trente mille Français. La destruction de Saint-Pierre ruine pour un siècle une des rares vraies colonies de la France . C'est un désastre incomparable, qu'une grande bataille perdue n'égalerait pas. Nous perdons en hommes d'un seul coup, par un malheur instantané et d'autant plus terrible, autant que les Anglais dans la guerre du Transvaal, autant que Paris dans les révolutions de la Commune.
En argent, en crédit, en avenir, les pertes sont incalculables. C'est la France ou l'Etat français^ c'est-à-dire les plus solides et les plus importants de nos intérêts généraux, des intérêts de nos enfants, qui se trouvent soudain atteints, sans que nul bien en sorte, sans que nul dessein le commande, sans que nul espoir s'y joigne. Voilà ce que j'appelle un malheur public et une catastrophe nationale. Voilà de quoi rompre les galas, faire fermer les boutiques, remettre les élections, agiter tout un peuple. Nullement.
Le Français sait à peine que la Martinique existe. Il ignore presque qu'elle est une terre française. Quant à son prix particulier, à ce qu'elle produit, à ce qu'elle rapporte, .aux débouchés qu'elle offre, au rang qu'elle tient dans l'échelle de nos possessions, qui s'en soucie, et qui songe que cela valût d'être compté?
MaisThumanité, mais la souffrance humaine, mais la compassion, mais la mère-patrie, voyez là-dessus Gérault-Richard. Il faut, dit-il, que la mère-patrie montre sa sollicitude pour ses enfants. J ai dit à quelques-uns que je souhaitais de savoir la proportion des blessés dans cette destruction. Les noirs sont des hommes comme eux : fut la réponse qu'on m'infligea. — Soit, mais les blancs sont une valeur plus grande, et plus sûre en même temps, leur perte est plus sensible. En un mot, ce sont des Français comme nous. — Les noirs aussi. — Gomment l'entendez-vous ? — Dame l ils sont électeurs, ils nomment un député.
Là-dessus quelqu'un dira que je manque de
respect aux noirs. Ainsi ne fait pas Gérault- Richard, qui se borne à faire lever le nègre Légitimus du siège que lui-même veut avoir pour l'envoyer se faire battre chez le voisin. Or je respecte fort la vie des noirs, et j'ai premièrement en face de la souffrance de tous ces gens qui ont péri, la même compassion qu'étalent nos journaux. Seulement je ressens, joint à cela, le chagrin d'un autre malheur, tellement plus proche et plus palpable, qu'il transforme une pitié générale et lointaine en une tristesse cuisante et insupportable : celui de la nation frappée et diminuée, atteinte en pleine paix, en pure perte, d'un dommage dont il paraît, aux condoléances que les autres nations croient de leur de voir de faire, qu'elles sont seules jusqu'ici à connaître la nature et à mesurer l'importance.
et la monarchie nationale, ce peuple hésitera beaucoup moins qu'on ne se l'imagine, — pour peu qu'il ait encore quelque orgueil et quelque force de vivre.
La plus grande difficulté, ce va être, pour M. Lemaître et pour ceux qu'il a réduits à sa méthode de vulgarisation trop prudente, de reprendre goût à leur propre pouvoir et à leur naturelle faculté; « intellectuels », écrivains ou savants patriotes, capables de penser et de parler non point au peuple, mais pour lui et à sa place, vont-ils se libérer, rentrer dans leur privilège et dans leur fonction, qui est de regarder de loin, de haut, et de dire et d'écrire ce qu'ils voient, ce que la foule ne soupçonne qu'obscurément, et ce qui sera cependant sa passsion de demain, à cette foule ?
La passion politique, pour une foule, ce n'est jamais que l'expression violente et sommaire de l'un de ses intérêts les plus immédiats, de l'un de ses besoins les plus impérieux. Or, pour la foule française contemporaine, le plus impérieux et le plus immédiat des besoins, ce n'est point du tout la soif de prendre part aux affaires de l'Etat, ni d'exercer ce « droit » bizarre qu'on lui inventa en 1789 et que de vagues Sieyès s'efforcèrent de lui restituer, depuis lors, tous les vingt ou trente ans, sous le nom de « liberté politique ». Ce ce droit » qu'aurait la
foule, de par la fiction démocratique et libérale, de paralyser par ses caprices la gérance réfléchie des choses publiques, nationales, exercée dans tout Etat civilisé par quelques hommes compétents dont c'est le métier, — ce « droit » inutile autant qu'imaginaire, ce « droit » si peu « naturel » que Ton est obligé de le rappeler, à grand renfort de prêches protestants, aux enfants des écoles de village, futurs électeurs! — ce droit, la France sérieuse et travailleuse d'aujourd'hui n'en a cure. Elles feraient volontiers des co^ cottes en papier avec les bulletins de vote. Si tant de citoyens (par docilité, par habitude, par acquit de conscience, et pour ne point devoir se reprocher plus tard d'avoir négligé une chance infinitésimale de « sauver la patrie ») sont allés aux urnes celte fois encore, ils y sont allés sans illusion, et avec le sentiment très net, quoique silencieux, de ce que leur démarche avait d'inutile, d'enfantin, de disproportionné avec leur véritable vœu, avec leur opinion sincère sur le mal dont souffre la France et sur les remèdes qu'il y faudrait.
Non! Il n'est pas vrai que la Nation ait seulement essayé, ou môme désiré, d'exercer sa prétendue souveraineté, même contre cet usurpateur enjuivé qui l'humilie à cette heure : Waldeck-Rousseau , l'avocat de Dreyfus. La Nation ne veut pas se gouver-
ner elle-même, sentant bien qu'elle ne le peut pas. Elle veut (si tant est que le mot : vouloir^ appliqué à des mouvements si confus et si faibles, puisse être prononcé), elle veut être défendue, et nourrie, et, dans une certaine mesure, exaltée et émue par une noble image d'elle-même : elle veut la sécurité, le bien-être, et se plaît une à certaine sorte d'idéalisme. Le a peuple », comme on dit, n'a pas, présentement, d'opinion politique : il a des exigences d'ordre matériel, ou économique, d'abord; puis, ensuite seulement, d'ordre moral ou religieux. Il veut manger, chez lui, tous les jours, puis rêver un peu, en optimiste, au « Progrès » : écouter lire du Victor Hugo, aux cours du soir.
A ce double besoin, il se trouve que [le Socialisme seul, dans ces dernières années, a offert de répondre. Le Socialisme, comme tous les « ismes » du xix* siècle, est une expression psychologique fce qui veut dire parlée) de l'effort machinal, absurde, insensé, et touchant que fait, par tous ses membres, ce grand corps : la France, — depuis le 21 janvier 1793, — pour se retrouver une tète et se remettre debout.
L'expression socialiste de cet effort commence à s'user. Une expression plus vague encore, plus passionnée, et plus décevante, se fait jour : l'anarchisme.
NOTES pounouBS Hi7
Celle-ci évanouie, — et ce sera court, — la France cessera de s'agiter. La France post- révolutionnaire, la France décapitée sera morte.
Mais ni la Nature des choses, ni même le € Dieu » qui permet à cette Nature d'incendier les maisons de la Martinique, ne sauraient interdire à l'héritier de la Maison de France de rebâtir son chex lui. C'est œuvre humaine — d'intelligence et de courage — : que faut-il de plus à Philippe YIII, pour estimer que ce soit la sienne?
Henri Vavgeois.
CATASTROPHE HATWNALE
ET NATIONALISME
^»#»^^»*»<MM^WMM^M^
Je conseille à qui voudra se rendre .compte de robscurcissementdu sentiment national chez les Français contemporains, de peser les condoléances que ceux de la métropole adressent depuis trois jours à nos colons de la Martinique. En vérité l'occasion est précieuse et il s'agit pour les nationalistes de ne pas la laisser passer.
Après vingt journaux lus et cinquante personnes ouïes, je me suis assuré quant à moi d'une chose, c'est que nos compatriotes se sont émus du désastre dont il s'agit exactement comme ils l'eussent fait, s'il futarrivéen Australie, au Mexique ou au Groenland. Des hommes brûlés, quelle horrible affaire! et brûlés parle feu d'un volcan I et quand on ne s'y attendait pas! et le matin au réveil ! Remarquez que même le nombre des victimes n'entre pour presque rien dans ces plaintes. Je veux dire qu'il n'en change pas la nature, qu'il ne fait que les grossir et les prolonger. Un accident d'automobile^ de canotage ou quelque autre semblable convenablement multiplié, arrivé n'importe où, à n'importe qui, au détriment de n'importe quelle puissance, ne serait pas déploré en termes différents. Ou plutôt on ne s'avise
pas seulement qu'un détriment public, une perte nationale puisse sortir d'une telle catastrophe ; le mal souifert par chaque individu est tout.
Et comme, en dépit de l'étalage des grands sentiments et de tout ce faste de solidarité humaine, Tégoïsme naturel persiste, et ne laisse pas d*endormir le tourment qu'on se donne, il arrive que l'événement, tout énorme et terrible, passe en réalité au milieu d'une parfaite et profonde indifférence.
Le tapage des journaux dérobe mal cette tranquillité des gens. Rien n'est changé à la vie nationale; les réceptions officielles suivent leur cours; les ribotes provinciales ne sont point différées; personne n'y songe seulement, et l'on étonnerait fort les Homais de sous-préfecture en mal d'inauguration de quelque monument civi([ue, si l'on allait leur dire que la stricte décence, après ce qui vient de se passer, commande de remettre la fête.
Or écoutez ceci. La France ne fait plus d'enfants. LaFrance n'a que peude colonies habitées et vivantes. La destruction de Saint- Pierre de la Martinique ôte d'un coup de la surface du globe un total de trente mille Français. La destruction de Saint-Pierre ruine pour un siècle une des rares vraies colonies de la France. C'est un désastre incomparable, qu'une grande bataille perdue n'égalerait pas. Nous perdons en hommes d'un seul coup, par un malheur instantané et d'autant plus terrible, autant que les Anglais dans la guerre du Transvaal, autant que Paris dans les révolutions de la Commune.
En argent, en crédit, en avenir, les pertes sont incalculables. C'est la France ou TEtat français^ c'est-à-dire les plus solides et les plus importants de nos intérêts généraux, des intérêts de nos enfants, qui se trouvent soudain atteints, sans que nul bien en sorte, sans que nul dessein le commande, sans que nul espoir s*yjoigne. Voilà ce que j'appelle un malheur public et une catastrophe nationale. Voilà de quoi rompre les galas, faire fermer les boutiques, remettre les élections, agiter tout un peuple. Nullement.
Le Français sait à peine que la Martinique existe. Il ignore presque qu'elle est une terre française. Quant à son prix particulier, à ce qu'elle produit, à ce qu'elle rapporte, aux débouchés qu'elle offre, au rang qu'elle tient dans Téchelle de nos possessions, qui s'en soucie, et qui songe que cela valût d'être compté?
Mais l'humanité, mais la souffrance humaine^ mais la compassion, mais la mère-patrie, voyez là-dessus Gérault-Richard. Il faut, dit-il, que la mère-patrie montre sa sollicitude pour ses enfants. J ai dit à quelques-uns que je souhaitais de savoir la proportion des blessés dans cette destruction. Les noirs sont des hommes comme eux: fut la réponse qu'on m'infligea. — Soit, mais les blancs sont une valeur plus grande, et plus sûre en même temps, leur perte est plus sensible. En un mot, ce sont des Français comme nous. — Les noirs aussi. — Gomment l'entendez-vous ? — Dame l ils sont électeurs, ils nomment un député.
Là-dessus quelqu'un dira que je manque de
respect aux noirs. Ainsi ne fait pas Gérault- Richard, qui se borne à faire lever le nègre Légitimus du siège que lui-même veut avoir pour renvoyer se faire battre chez le voisin. Or je respecte fort la vie des noirs, et j'ai premièrement en face de la souffrance de tous ces gens qui ont péri, la même compassion qu'étalent nos journaux. Seulement je ressens, jointà cela, le chagrin d'un autre malheur, tellement plus proche et pliis palpable, qu'il transforme une pitié générale et lointaine en une tristesse cuisante et insupportable : celui de la nation frappée et diminuée, atteinte en pleine paix, en pure perte, d'un dommage dont il parait, aux condoléances que les autres nations croient de leur devoir de faire, qu'elles sont seules jusqu'ici à connaître la nature et à mesurer l'importance.
•WW«M«^^WV^^M^MM^^/\MA«V«MMM<«^
etla monarchie nationnle, ce peuple hésitera beaucoup moins qu'on ne se Timagine, — pour peu qu'il ait encore quelque orgueil et quelque force de vivre.
La plus grande difficulté, ce va être, pour M. Lemaitre et pour ceux qu'il a réduits à sa méthode de vulgarisation trop prudente, de reprendre goût à leur propre pouvoir et à leur naturelle faculté; « intellectuels », écrivains ou savants patriotes, capables de penser et de parler non point au peuple, mais pour lui et à sa place, vont-ils se libérer, rentrer dans leur privilège et dans leur fonction, qui est de regarder de loin, de haut, et de dire et d'écrire ce qu'ils voient, ce que la foule ne soupçonne qu'obscurément, et ce qui sera cependant sa passsion de demain, à cette foule ?
La passion politique, pour une foule, ce n'est jamais que l'expression violente et sommaire de l'un de ses intérêts les plus immédiats, de l'un de ses besoins les plus impérieux. Or, pour la foule française contemporaine, le plus impérieux et le plus immédiat des besoins, ce n'est point du tout la soif de prendre part aux affaires de l'Etat, ni d'exercer ce « droit » bizarre qu'on lui inventa en 1789 et que de vagues Sieyès s'efforcèrent de lui restituer, depuis lors, tous les vingt ou trente ans, sous le nom de « liberté politique ». Ce ce droit » qu'aurait la
foule, de par la fiction démocratique et libérale, de paralyser par ses caprices la gérance réfléchie des choses publiques, nationales, exercée dans tout Etat civilisé par quelques hommes compétents dont c'est le métier, — ce « droit » inutile autant qu'imaginaire, ce « droit y> si peu « naturel » que Ton est obligé de le rappeler, à grand renfort de prêches protestants, aux enfants des écoles de village, futurs électeurs! — ce droit, la France sérieuse et travailleuse d'aujourd'hui n'en a cure. Elles feraient volontiers des co^ cottes en papier avec les bulletins de vote. Si tant de citoyens (par docilité, par habitude, par acquit de conscience, et pour ne point devoir se reprocher plus tard d'avoir négligé une chance infinitésimale de « sauver la patrie ») sont allés aux urnes cette fois encore, ils y sont allés sans illusion, et avec le sentiment très net, quoique silencieux, de ce que leur démarche avait d'inutile, d'enfantin, de disproportionné avec leur véritable vœu, avec leur opinion sincère sur le mal dont souffre la France et sur les remèdes qu'il y faudrait.
Non! Il n'est pas vrai que la Nation ait seulement essayé, ou môme désiré, d'exercer sa prétendue souveraineté, même contre cet usurpateur enjuivé qui l'humilie à cette heure : Waldeck-Rousseau , l'avocat de Dreyfus. La Nation ne veut pas se gouver-
ner elle-même, sentant bien qu'elle ne le peut pas. Elle veut (si tant est que le mot : vouloir^ appliqué à des mouvements si confus et si faibles, puisse être prononcé), elle veut être défendue, et nourrie, et, dans une certaine mesure, exaltée et émue par une noble image d'elle-même : elle veut la sécurité, le bien-être, et se plaît une à certaine sorte d'idéalisme. Le « peuple », comme on dit, n'a pas, présentement, d'opinion politique : il a des exigences d'ordre matériel, ou économique, d'abord; puis, ensuite seulement, d'ordre moral ou religieux. Il veut manger, chez lui, tous les jours, puis rêver un peu, en optimiste, au « Progrès » : écouter lire du Victor Hugo, aux cours du soir.
A ce double besoin, il se trouve que |le Socialisme seul, dans ces dernières années, a offert de répondre. Le Socialisme, comme tous les « ismes » du xix'' siècle, est une expression psychologique fce qui veut dire parlée) de l'effort machinal, absurde^ insensé, et touchant que fait, par tous ses membres, ce grand corps : la France, — depuis le 21 janvier 1793, — pour se retrouver une tète et se remettre debout.
L'expression socialiste de cet effort commence à s'user. Une expression plus vague encore, plus passionnée, et plus décevante, se fait jour : l'annrchisme.
Celle-ci évanouie, — et ce sera court, — la France cessera de s'agiter. La France post- révolutionnaire, la France décapitée sera morte.
Mais ni la Nature des choses, ni même le « Dieu » qui permet à cette Nature d'incendier les maisons de la Martinique, ne sauraient interdire à l'héritier de la Maison de France de rebâtir son chez lui. C'est œuvre humaine — d'intelligence et de courage — : que faut-il de plus à Philippe VIII, pour estimer que ce soit la sienne?
Henri Vaugeois.
CATASTROPHE J^ATWNALE
ET NATIONALISME
^>A«V^W^WWVWW««^
Je conseille à qui voudra se rendre .compte de robscurcissementdu sentiment national chez les Français contemporains, de peser les condoléances que ceux de la métropole adressent depuis trois jours à nos colons de la Martinique. En vérité l'occasion est précieuse et il s'agit pour les nationalistes de ne pas la laisser passer.
Après vingt journaux lus et cinquante personnes ouïes, je me suis assuré quant à moi d'une chose, c'est que nos compatriotes se sont émus du désastre dont il s'agit exactement comme ils l'eussent fait, s'il fut arrivé en Australie, au Mexique ou au Groenland. Des hommes brûlés, quelle horrible affaire! et brûlés parle feu d'un volcan 1 et quand on ne s'y attendait pas! et le matin au réveil ! Remarquez que même le nombre des victimes n'entre pour presque rien dans ces plaintes. Je veux dire qu'il n'en change pas la nature, qu'il ne fait que les grossir et les prolonger. Un accident d'automobile, de canotage ou quelque autre semblable convenablement multiplié, arrivé n'importe où, à n'importe qui, au détriment de n'importe quelle puissance, ne serait pas déploré en termes différents. Ou plutôt on ne s'avise
pas seulement qu'un détriment public, une perte nationale puisse sortir d'une telle catastrophe ; le mal souffert par chaque individu est tout.
Et comme, en dépit de l'étalage des grands sentiments et de tout ce faste de solidarité humaine, Tégoïsme naturel persiste, et ne laisse pas d*endormir le tourment qu'on se donne, il arrive que Tévénement, tout énorme et terrible, passe en réalité au milieu d'une parfaite et profonde indifférence.
Le tapage des journaux dérobe mal celte tranquillité des gens. Rien n'est changé à la vie nationale ; les réceptions officielles suivent leur cours; les ribotes provinciales ne sont point différées; personne n'y songe seulement, et l'on étonnerait fort les Homais de sous-préfecture en mal d'inauguration de quelque monument civique, si l'on allait leur dire que la stricte décence, après ce qui vient de se passer, commande de remettre la fête.
Or écoutez ceci. La France ne fait plus d'enfants. LaFrance n'a que peude colonies habitées et vivantes. La destruction de Saint- Pierre de la Martinique ôte d'un coup de la surface du globe un total de trente mille Français. La destruction de Saint-Pierre ruine pour un siècle une des rares vraies colonies de la France. C'est un désastre incomparable, qu'une grande bataille perdue n'égalerait pas. Nous perdons en hommes d'un seul coup, par un malheur instantané et d'autant plus terrible, autantque les Anglais dans la guerre du Transvaal, aulant que Paris dans les révolutions de la Commune.
En argent, en crédit, en avenir, les pertes sont incalculables. C'est la France ou l'Etat français^ c'est-à-dire les plus solides et les plus importants de nos intérêts généraux, des intérêts de nos enfants, qui se trouvent soudain atteints, sans que nul bien en sorte, sans que nul dessein le commande, sans que nul espoir s*yjoigne. Voilà ce que j'appelle un malheur public et une catastrophe nationale. Voilà de quoi rompre les galas, faire fermer les boutiques, remettre les élections, agiter tout un peuple. Nullement.
Le Français sait à peine que la Martinique existe. Il ignore presque qu'elle est une terre française. Quant à son prix particulier, à ce qu'elle produit, à ce qu'elle rapporte, .aux débouchés qu'elle offre, au rang qu'elle tient dans l'échelle de nos possessions, qui s'en soucie, et qui songe que cela valût d'être compté?
MaisThumanité, mais la souffrance humaine, mais la compassion, mais la mère-patrie, voyez là-dessus Gérault-Richard. Il faut, dit-il, que la mère-patrie montre sa sollicitude pour ses enfants. J'ai dit à quelques-uns que je souhaitais de savoir la proportion des blessés dans cette destruction. Les noirs sont des hommes comme eux : fut la réponse qu'on m'infligea. — Soit, mais les blancs sont une valeur plus grande, et plus sûre en même temps, leur perte est plus sensible. En un mot, ce sont des Français comme nous. — Les noirs aussi. — Gomment l'entendez-vous ? — Damel ils sont électeurs, ils nomment un député.
Là-dessus quelqu'un dira que je manque de