LA MUSIQUE
Pelléas et Jlélisande, drame lyrique en 3 actes, de M. MAETERLINCK, musique de Claude Debussy.
Pelléas et Méliscmde va, dit-on, disparaître bientôt de l'afïiche. Nous espérons que ce bruit est sans fondement. Les critiques du lendemain de première ont fait le plus grand tort à ce bel ouvrage par la manière, non pas dénigrante, mais ambiguë dont ils en ont parlé. Il faut en appeler au public. S'il n'est pas compétent pour apprécier la nouveauté rafiinée de la musique de M. Debussy, il se laissera émouvoir par une suite de scènes qui sont, pour la plupart, d'une intensité dramatique dont je ne vois d'exemple en France que dans le 4*^ acte de Carmen.
Il est vraiment plaisant de voir des gens tout gonflés d'avoir un peu pratiqué jadis le Traité d'harmonie de Reber, reprocher à M. Debussy les « successions de quartes et de quintes » qui lui sont chères, ou des. « suites d'accord an ti tonales ». Ce genre de critiques, aujourd'hui que tout le monde — hélas I — « a fait de l'harmonie », n'illusionne plus personne. On veut trop prouver. M. Debussy sait son métier. Et je vous assure que ses « successions de quintes » —
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puisque quintes il y a — sont souvent de l'effet le plus profondément expressif. Ajoutons que M . Debussy ne cherche jamais la curiosité harmonique pour elle-même, mais uniquement la vérité, l'acuité de l'expression. S'il pouvait dire ce qu'il sent en accords consonnants, ils n'en emploierait pas d'autres.
Je ne rappellerai le drame dont nos lecteurs ont pu lire déjà des analyses que très brièvement. Le prince Golaud, veuf sur la quarantaine, une quarantaine grisonnante, épouse une jeune fille, iMélisande, dont l'origine reste inconnue. Il Ta trouvée eh chassant dans la forêt. Et comme il ne sait d'od elle vient, elle lui vient comme d'un rêve. Il la ramène au château où règne son grand-père le vieil Arkel. Golaud a un jeune frère, Pelléas, né du second mariage de sa mère. Un amour, innocent et inconscient d'abord, naît entre lui et Mélisande. Golaud soupçonne, avertit. Il surprend des caresses qu'il est bien difficile de tenir pour jeux d'enfants. Le petit Yniold, fils qu'il a de sa première femme, l'affole par les récits qu'il lui fait des conversations de Mélisande et Pelléas, sans pourtant lui apporter la certitude de leur complète culpabilité. Pelléas doit partir en voyage, et ce serait peut-être la fin de cette situation dangereuse. Mais avant de partir, il a le soir dans le parc un dernier rendez-vous avec Mélisande. Ils s'attardent. Pour la première fois, ils se sont dit les mots décisifs. Les portes du château se ferment. Ils se sentent perdus quand Golaud survient, perce Pelléas de son épée et blesse Mélisande, que