‹ L'action française (volume 2)Chapitre 142 sur 180 · PARTIE PÉRIODIQL'E · texte numérisé non relu

PARTIE PÉRIODIQL'E

thétique qu'elle est plus contenue par la règle. Cette lutte entre le débordement de l'âme inspiratrice et la volonté qui lui assigne un cours ordonné et rigoureux, est une des grandes séductions de la musique classique. Mais il est certain que rien n'est pénible comme de voir travailler sur ce modèle des musiciens qui ont sans doute tout ce qu'il y faut de conscience, mais non tout ce qu'il y faut de génie.

M. Debussy est, croyons-nous, le premier qui, de parti pris, ait rompu avec la conception traditionnelle. On dit — mais nous n'avons pu le vérifier — qu'il a été précédé dans cette voie par certains Russes. Il semble qu'il se laisse dicter sa musique par l'impression seule. Pas ou presque pas, chez lui, de forme génératrice, de dessein dominant, mais une suite de notations enchaînées avec une inconscience, apparente au moins, de ce qui passe communément pour nécessaire à toute musique qui se tient : continuité et équilibre rythmique, économie des tonalités, etc. Pour ne pas se casser les reins à cette façon de faire; qui, ainsi décrite, semble nous ramener au bégaiement d'un art primitif, il faut :

1° Une harmonie, une continuité subtile et comme un « style » propre dans les sensations;

2"^ Dans ces sensations beaucoup de finesse, de distinction et de beauté;

3° Etre un musicien de race, absolument consommé dans la technique.

A ces conditions on peut jouer le jeu dangereux de M. Debussy. En dépit du premier aspect de ses partitions, il n'y a pas de musique

moins a amorphe » que la sieone. Seulement la ferme est tout en dedans. Elle ne s'étale, ne s'affirme jamais. Elle ne se fait pas remarquer. Elle est comme résorbée. L'auditeur se trouve directement livré aux délices de l'expression. Il ne voit pas la carcasse. Car le musicien luimême est si profondément initié aux conditions d'équilibre de son art qu'il l'établit pour ainsi dire sans s'en douter.

Telle est, bien mal exposée, l'esthétique de M. Debussy. Voilà ce qu'il fait quand il est très bon. Naturellement il ne l'est pas toujours.

Il faut voir Pêîléas. Il faut le voir si on aime la musique et même si l'on est tout simplement un homme sensible. M. Bebussy a des paroles raffinées et douces pour exprimer l'embarras délicieux des amants, leur inquiétude dans le «ilence des bois, et les minutes d'angoisse de l'àme dans les clairières à Theure de midi.

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