‹ L'action française (volume 2)Chapitre 148 sur 180 · SA BRAN · texte numérisé non relu

SA BRAN

violent amour que celui éprouvé quelque jour pour une femme longtemps haïe, le commandant Jean de Pontevès de Sabran se retrouva d'emblée dans le civil, fougueux candidat à la députation, pour le parti national.

Cet exemple est curieux à observer avec un p«u d'attachement. Il vaut d'abord comme un bel échantillon et puis aussi, parce qu'il n*est que Téchantillon d'une variété. Et ce sont là deux états d*âme qui méritent de retenir pour des mobiles d'importance, différents sans doute, mais aussi passionnants l'un que l'autre.

Sous une République, il était de la dignité d'un Sabran de venir renforcer ce dernier service national, ayant conservé quelque tradition. H s'agissait alors d'une République — au lendemain de la guerre — que beaucoup avaient rêvée très belle sous l'Empire et qui était venue au monde sans beauté naturellement, mais avec une grâce, celle de la jeunesse, et un grand charme, celui d'être bonne comme on a de la bonté vers la vingtième année. Sans rides et sans tares, elle n'avait pas alors ce caractère acariâtre qui lui fit, par la suite regarder l'armée, un soupçon au coin de l'œil. Et puis, vers 1872, tous ceux qui n'étaient pas bonapartistes étaient à peu près disposés à vitre en bonne intelligence. On avait lié de telles parties dans l'opposition que Ton ne pouvait du jour au lendemain se regarder avec défiance. C'est à peine si, de royaliste à républicain, on avait pu faire les départs nécessaires — d'autant que l'on ne savait pas bien sous quel régime on était, ni qui s'installerait au pouvoir. Sans assurance et plein d'espoir,

on était de part et d'aatre disposé k être bienveillant.

La guerre n'avait pas contribué faiblement à cet état de choses. Db'avoir pleuré les mêmes deuils et subi les mêmes humiliations, on se sentait attendri. Sabran, pour sa part, avait donné au pays en lutte ses dix-huit ans et lâché joyeusement au sort des batailles toute sa destinée. Lorsqu'il rentra comme les autres, il y avait au fond de son être trop de rancune et de rancœur pour laisser d'autre souci à son indépendance que de recommencer la guerre. Libéré après la bataille, il reprit du service. Ce jeune homme, mûri comme tous ceux qui en étaient revenus, songea seulement qu'il fallait être plus exercé pour le temps prochain où l'on irait à la revanche.Il fit découdre ses premiers galons, attachés en route comme l'éphéméride de sa campagne, et entra à Saint-Cyr.

Depuis sa sortie, sa carrière d'oflicier de cavalerie fut uniformément celle de beaucoup d'âmes très nobles. Dans l'ennui des garnisons, il attendit toujours ce boute-selle, heure très lente à sonner, mais qui devait inévitablement sonner malgré tout, au cadran où passent les justices humaines, les seules à peu près qui existent, parce qu^elles sont instinctives et s'appellent d'un autre nom, les vengeances. Ayant assez de soucis de sa profession, il n'écoutait de la politique que ce fragment incomplet et banal qui se papottedans les salons. Encore n'apportait-il à l'entendre que l'attention désintéressée, ennuyée quelque peu aussi, avec ce rien d'impertinence que prête un soldat loyal à ces

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