‹ L'action française (volume 2)Chapitre 149 sur 180 · SABRAN · texte numérisé non relu

SABRAN

sortes de faits-divers. Et cela dara tout le temps où sa bonne aristocratie put être aussi impertinente à l'égard de ces propos, sans qu'une phrase d'alarme eûtété prononcée. Vers l'époque plus sombre que l'on connaît trop, alors que, bribe par bribe, il sentait s'émietter l'espérance de voir paraître l'heure des charges, il présenta, à travers les fêtes des salons, une oreille plus attentive; lui qui avait la sain te horreur des journaux, il les fouilla comme des cartes d'étatmajor où l'on cherche la trace de l'ennemi. Et puis, sa liaison avec Mores se resserra, jusqu'à l'heure où il le vit partir, dans le dégoût de ce Paris qu'il connaissait d'une iscience admirable, vers ces solitudes désespérées et mortelles d'Ël- Ouatia.

11 est vraisemblable que ce deuil ait été pour beaucoup dans les résolutions de Sabran, qui aboutirent à sa démission. L'adieu d'un soldat à sa carrière présente une gravité assez mélancolique pour que nous lui supposions de telles origines. Ce geste de sacrifice n'est pas d'un moindre héroïsme, pour qui connaît les attaches profondes où se relie l'âme d'un officier à sa carrière, que celui qui fit abandonner, en d'autres époques, une vie mondaine à un François d'Assise ou à Rancé.

A partir de 1897, le rôle de Sabran se modifie dans son apparence, sinon dans ses réalités intimes. Le soldat s'efface ; il s'élabore en lui un tempérament politique. Mais les sources d'un

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caractère redescendent à de telles profondeurs que l'affluent — formé au cours de sa destinée au point d'absorber à peu près absolument tout le débit de ses forces — conserve l'allure même et la nature de cette source. Il demeure dans le candidat de la Villette-Gombat toujours un peu de l'ancien officier de hussards.

J'ai suivi la plupart des réunions qu'il adonnées, au cours de sa campagne, pour les élections de 11K)2. Pour ses débuts de 1898, j*ai interrogé autour de moi, parmi ceux-là mêmes qui le soutenaient ou qui demeuraient, le regard fixé sur leur nuée, ses adversaires. Pendant la Haute-Cour, j'assistai à son interrogatoire et lui dois de ce fait une belle leçon française. Enfin, tenant à connaître jusqu'au décor où se meut cette admirable énergie, j*ai flâné aux Abattoirs. Je crois avoir pris ainsi tout le contact nécessaire pour profiler cette figure curieuse de l'un de nos amis.

Depuis qu'il fut candidat, on apprit à connaître Sabran. Il ne fut pas de ceux-là qui passent inaperçus dans le nombre des postulants. Sur le front de ces troupes électorales, on remarqua, dès le premier jour, la tenue de celui-ci qui, portant un des plus grands noms de France, avait été relever dans un des quartiers des plus plébéiens de Paris, la faction monarchiste et antisémite de son ami Mores. C'est ainsi que partout ailleurs qu'à la Yillette-Combat, on goûta comme un épisode d'un joli Louis XY, pour ainsi dire, le crâne contraste qui renouvelait l'aventure très réfléchie commencée par la splendide victime d'El-Ouatia.

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