‹ L'action française (volume 2)Chapitre 151 sur 180 · SABRA N · texte numérisé non relu

SABRA N

franche et si justifiée. Et d'un dernier mot, vibrant, derrière lequel reculaient toutes les faces de cet admirable tempérament, il redit chaque fois les causes profondes qui l'avaient guidé au cours de cette causerie.

Au sortir de ces soirées où toute cette séduction effaçait la vulgarité un peu répugnante du cadre, j'ai souvent guetté Timpression qui s'écrivait au fond des regards ou qui se traduisait dans les propos de ses auditeurs, attardés à jouir de sa parole. L'écho d'un discours meurt plus lentement au fond d'une oreille populaire. On rappelait les saillies de son bon sens, le son sans alliage de son accent, et surtout l'énergie avec laquelle Sabran imposait à ses partisans le respect de l'adversaire, qui vient réfuter courageusement les opinions émises. Je sais ainsi des voix qui lui sont venues de ce simple chef, dans ces milieux où une connaissance très exacte de soi-même permet d'apprécier à son juste prix la vertu qu'il faut, pour ne pas assommer un contradicteur...

Beaucoup de suffrages lui furent ainsi acquis. En un premier tour où les adversaires, assurés de ne pas se distancer au point de vaincre, s'amusaient à être loyaux, il eût autant de fidèles que les autres. Gomme on dit en patois électoral, 4.216 partisans de l'idée monarchique se comptèrent sur son nom. Un certain nombre de circonstances, telles que la trahison d'un nationaliste républicain tout à sa nuée, exprimant ainsi son dépit de ne pas être élu, ou encore le fonctionnement admirable des cuisines administratives au XIX^ arrondissement assurèrent au se-

cond scrutin sinon la défaite, au moins l'éviction de Sabran. Je n'aurai pas le mauvais goût de discuter Tauthenticité des résultats ici, ni d'insister sur ces détails qui répugnent à Tanalyse,une fois la période fiévreuse des deux tours achevée. L'exemple est assez haut pour que la fable n'ait pas besoin d'une morale. Mais il nous a semblé,qu'à l'heure même où celui-ci, qui avait voulu prendre de nouveaux chevrons en sacrifiant son goût et son repos à la politique, s'efface, las de tant d'eflForts, il convenait de retenir de son acte personnel la leçon, s'appliquantà tous;, et de dégager les lignes essentielles de cette monographie. Elle nous facilitera cette étude prochaine où nous essaierons d'envisager comment tant de bons caractères d'officiers passent de l'armée à la politique. Et n'eussions-nous que cette raison pour garder de l'attachement envers ce bon Français trop modeste, qui écrivait au lendemain de l'insuccès en disant adieu à ses fidèles et très courageux amis du Clairon : « Si je rentre dans^ le rang, — c'est en toute sagesse réfléchie — mon miroir consulté, mes haltères soulevées; îixxshi^ Histoire d'Aris^ iide^ longuement méditée », que nous éprouverions encore une grande joie à lui exprimer ici à ce seul titre notre reconnaissance.

Georges Grappe.

^^^^^A^rf>^h^^\/^^^^^/V\^^WVVW^^^^VW

Page 1