UNE RAISON D'ESPÉRER
11 faut à nos excellents ouvriers de la renaissance nationale, pour continuer leur œuvre avec toute Tardeur qu'ils y apportent, une foi bien solide dans la suprême efficacité des institutions qu'ils prônent et dans les profondes ressources de notre nation, car vraiment l'insigne vertu du sang français parait tarie, et l'énergie de ce peuple épuisée. Les plus émineuts en dignités de nos compatriotes montrent une veulerie, une indigence de caractère faites pour encourager les moins pessimistes. Notre vie publique n'est plus qtf'un misérable spectacle de bassesse et de servilité, où selon Texpression du poète latin, tt l'arrogance des plèbes paraît moindre encore que la lâcheté de ceux qui la tolèrent ou la secondent ».
Aussi, dès que quelque véhémente poussée de la sève indestructible des aïeux vient arracher un de nos contemporains à la stérilité générale, devons-nous nous hâter d'exalter ce réconfortantexemplede la vitalité denotre race, comme une raison de tout espérer d'elle sous de meilleures lois. Pour nous encourager à ne point désespérer de nous-mème, je ne sais rien comme la lecture de ces bulletins du Comité de V Afrique française y où vous trouverez rapportés en lignes d'une émouvante simplicité tant de traits d'héroïsme.
L'Afrique, voilà notre dernière ressource pour rompre l'atonie de la vie moderne 1 Ces
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solitudes possèdent un pouvoir magique pour réveiller Thomme le plus endormi par notre civilisation et le rendre à lui-môme ! Ce soleil implacable, sous lequel fermentent tant de sensations simples et fortes peu à peu chassées du vieux monde, a vite fait de dissiper les Nuéss qu'une fâcheuse éducation amoncelle en notre cerveau. La seule difficulté d'exister suffit à débarrasser l'imagination des complications, des mièvreries, et de toutes ces métaphysiques dont la surchage notre culture. Là-bas il s'agit de vivre, tout simplement, de pousser droit son vouloir comme tel palmier voisin, pour aller respirer un peu d'air pur au-dessus des miasmes pestilentiels épandus à ras de terre. Là-bas rien ne sert, si ce n'est de tenir en éveil une volonté robuste. Alors on redevient vite un Français sans qualificatif ni restriction, et l'on retrouve une âme de héros trempé pour la guerre. Un Sourg blâmerait moins nos expéditions d'outre-mer s'il voyait quelles superbes écoles d'énergie elles constituent. Dix-huit mois de Soudan équivalent, pour forger un héros, à cette descente aux enfers qu'imaginaient les poètes antiques.
Je voudrais apprendre à épeler aux enfants efféminés d'aujourd'hui dans ces récits d'une concision si ferme que les Monteil, les Hourst, les Gourand nous ont laissés de leurs travaux. Les bulletins les plus récents du Comité de l'Afrique française viennent de donner quelques passages pathétiques du journal et des lettres d'un de ces Soudanais en qui revivent les plus nobles de nos ancêtres. Ces fragments Ira-
hissent uae de ces vigoureuses natures françaises, qui, selon le mot de Maurice Barrés, savent pousser en intensité tous les points sensibles de leur être.
J'aimerais rapporter ici, pour qu'elles fassent la consolation d'un Maurras ou d'un Vaugeois» de nombreuses citations de cette correspondance. Mais la place manquerait, et je dois m'en tenir à la page culminante qui atteste à elle seule la qualité de cette âme.
Le capitaine d'artillerie de marine Louis Hagot fit trois séjours au Soudan: l'un, en 1889-90, où il travailla à la réfection de la voie ferrée de Kayes à Rammako et guerroya contre les Toucouleurs; Tautre^en 1891-92, où il prit part k l'expédition du colonel Humbert ; le troisième, en 1896-97, durant lequel il exerça un commandement important dans la colonne de la VoUa et au Gourounsi, où il mourut à Funsi le 27 juillet 1897. Il convient d'honorer ce mort comme un des héros dont le rôle dans notre société est de guider vers des sacriGces désintéressés tant d'âmes éternellement à la suite.
J'entrevis Hugot en o<5lobre 1896 sur le pont du paquebot le Portugal qui nous emmenait au Sénégal. Si sa physionomie ne tranchait pas sur celle de ses compagnons, toutes les figures de ces officiers se différenciaient fortement de l'allure fade des mondains et des marchands que nous laissions derrière nous. Un feu âpre animait ces jeunes hommes et je les admirais de marcher avec tant de simplicité, d'entrain et de désinvolture vers les destins les plus tragiques. Nous débarquâmes un matin à Dakar. Tandis
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que je demeurais à Saint-Louis, mes camarades de traversée gagnèrent la brousse, me laissant d'eux une image inoubliable.
Hugot gagna Kayes, Kita,oti il demeura quelque temps comme adjoint au commandant du cercle, puis Koulikoro et Ségou par le Niger. Là il fut affecté en qualité de chef d'état-major à la colonne qui, sous le commandement du chef de bataillon Valet, marchait sur la Voila.
Durant les pénibles étapes de ce voyage, Hugot montre cet allant, cette bonne humeur qui appartiennent aux seuls Français. Jamais une plainte et il imagine, pour rassurer les siens sur une santé que chaque minute met en péril, des délicatesses touchantes. Il affirme : « Je me porte comme un charme... Il est vrai qu'il fait une température extraordinaire, à croire qu'à la prière de maman le bon 'Dieu fit pour moi un miracle. » Et parce qu'à Kila il trouve quelques pauvres légumes et une machine à faire de la glace, il s'exclame : « Vraiment, c'est à dégoûter de revenir ici si l'on n'y souffre plus. » Quand il apprend sa destination, il écrit: « Je m'en vais bien loin et j'en suis bien heureux, car je verrai des choses très intéressantes... Je vous envoie des provisions de baisers et je vais vers les combats l'âme flère et le cœur joyeux, certain que le succès et le bonheur du retour compenseront largement les inquiétudes et les souffrances de l'heure actuelle. Surtout pas de vaines alarmes, je vous en supplie ?» A la colonne de la Volta tout est à faire, et le chef d'étal-major fait tout joyeusement. Quand on quitte San, on entre en pays hostile ;
le chemin devient de plus en plus difficile. Le 7 mars, le capitaine Hugot relate : « Roule très longue et très pénible. La température dépasse 40® depuis quelques jours. Le ciel couvert la rend lourde et très dure à supporter. Nous n'avons pas de carte naturellement et les renseignements recueillis sur la longueur de la route ne sont pas exacts.
Les malheureux porteurs meurent de soif, à 2 heures de Taprès-midi; il est impossible de continuer la marche, les hommes se couchent en travers du chemin et rien ne peut les décider à se relever. » Enfin le gros gagne le village de Benena où Ton trouve de Teau : « Je reste, dit le capitaine Hugot, avec quelques tirailleurs pour rallier les porteurs et les caisses et j'arrive à 4 heures passées ayant faim et soif, mais solide, pas fatigué bien qu'à cheval depuis 5 heures du matin, sentant mes muscles fermes, ma volonté puissante et mes idées nettes. Aucun signe de dépression. Cette épreuve de résistance m'enchante et augmente encore la confiance que j'ai toujours en moi et qui m'a fait si souvent réussir dans des cas difficiles»... Reconnaissez un mâle I Le commandant Valet rentrant malade, le capitaine Hugot prend par intérim le commandement de la colonne, qui continue à avancer vers le sud, et voici l'essentiel :
Mansara^ 26 et 28 avril.,, « Je suis en vainqueur dans la boucle de la Volta. Les Bobos s'étaient coalisés pour nous empêcher de passer et je viens de leur flanquer une pile de^première classe. Les guerriers de 12 villages au moins