UNE RAISON D*£SP£RER
s*étaieDt réunis à Mansara, que j'ai attaqué le 23 avril à 7 heures du matin. A 9 h. 20 tout était fini, le nid évacué. J'ai eu un sergent européen tué et 9 Européens blessés dont 5 officiers, 3 tirailleurs tués et 54 blessés.
« Cela change de tenir la queue de la poêle ou d'être commandant d'unité, même chef d*état-major 1 Moi qui porte légèrement les responsabilités ordinaires, j'en ai senti le poids lorsqu'il s'agit de la vie des hommes et de l'honneur du drapeau, sensation promptement étouffée comme tout autre par des moyens purement physiques. Il suffit, dans ce cas, d'assurer sa voix, de parler haut, lentement, en articulant bien nettement : cela classifie et précise les idées elles-mêmes...
c< Pas trace de frousse physique, nos ennemis étaient armés de flèches empoisonnées, dont le sifilement est moins désagréable, moins impressionnant quecelui de la balle. Pendant plus d'un quart d'heure, j'en ai entendu et vu des nuées autour de moi; j'étais certainement visé, et par suite ratél Ma peau n'a pas frissonné.
« Développement intense de la volonté. Par suite de circonstances trop longues à vous expliquer, la partie s'est engagée dans des conditions différentes de celles que j'avais ordonnées .l'ai fait sonner le rassemblement, moins peutêtre parce que cela commençait à mal tourner, que parce que je n'avais pas été obéi, et j'ai tout recommencé, brèche, assaut, occupation du village avec des pertes insignifiantes relativement aux premières qui se sont produites. Jouissance intense de lire dans les yeux l'obéissance con-
fiante, de jouer le rôle de perche à laquelle se raccrochent ceux qui allaient se noyer, de voir, après quelques mots d'explication à un ordre précis, reparaître TinteUigence et la confiance dans les yeux précédemment un peu égarés.
a Lorsque tout fut fiiii, Je me rendis à Tambulance, sous un arbre, en pleine brousse. Là, dépression, sentiment de lassitude profonde, comme à ma première affaire au Diaroanko, lorsque, après la bataille, je vis revenir un convoi de blessés.
« Mon adjoint, le lieutenant Millot, officier d*élite, eut Tartère humérale droite sectionnée par une flèche qui lui traversa le bras. Les yeux agrandis et cernés, la pâleur de ce pauvre garçon qui a perdu énormément de sang, me font mal; je reste cependant pendant l'opération (avecmon chloroforme) jusqu'à ce que le docteur m'ait rassuré complètement. Et je rentre brisé, ayant à faire faire des distributions, organiser le cantonnement, le service de garde, faire les dépêches, les chiffrer, organiser un convoi de vivres européens pour deux mois, faire mes cartes, mon rapport, les propositions, etc. Vous voyez le travail en plein soleil sur des caisses à bagages. 2>
On sait combien en réalité fut chaud ce combat de Mansara qui eut un énorme retentissement dans tout le pays et une importance capitale dans la suite de nos affaires sur les bords de la Volta.
Hugotreçut les félicitations du coloneldeTren* tinian, lieutenant-gouverneur du Soudan. Illes enregistre en les faisant suivre de cette déclara-
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ralion: « Quant à moi, j'ai ia conscience d'avoir fait ce que je devais et cela me suffit. Je continue donc à vivre en joie et à boire frais, quand je le peux, selon les préceptes de benoist maître Rabelais. Et sans être téméraire^ f emploierai la force que je possède et qui est ma seule raison d'être icij toutes les/ois que f aurai des obstacles devant mon but. » Cette dernière phrase, je la voudrais faire graver en lettres d'orl
Hugot remit le commandement de la colonne au chefde bataillon Candrelier pour aller occuper le Gourounsi, d'où il écrit : a Je crois que l'intérêt considérable de ce que j'ai eu à faire depuis quelque temps m'a conservé la santé et la vigueur remarquables doAt je jouis en permanence. J'ai l'heureuse fortune de voir toutes mes facultés physiques et intellectuelles croître en raison de Teffort qui leur est demandé : c'est le plus sérieux élément de succès qu'un homme puisse avoir. Dans le sud du Gourounsi, Hugot trouve des besognes qu'il qualifie d'intéressantes. € Je veux les mener à bien, dit-il. Or vous savez que quand je veux quelque chose, le diable ne m'en ferait pas démordre! »
Un mois avant sa mort, ce vigoureux officier écrivait à ses parents : a Je n'aurai probablement plus jamais dans ma vie l'occasion de commander comme je l'ai eu ici, par veine exceptionnelle. Je suis content d'en avoir bien profité; j'aurais voulu, après chaque succès, pouvoir vous le crier tout de suite et vous embrasser : cela m'a manqué. J'ai presque envie de permuter dans Tinfanterie pour avoir encore la joie de commander et de combattre. C'est une
émotion si puissante? » Vingt jours avant de ^nourir, il résumait ses travaux dans une lettre au D*" F... qu'il terminait ainsi : « Dis-moi, je le prie, en quelle colonie autre que ce Soudan que tous mes amis calomnient, j'aurais pu mener cette bonne vie libre et aventureuse, où il faut chaque jour lutter pour la vie, et quelquefois , par récompense, pour sa peau. »
Tombé malade le 18 juillet, malgré les soins affectueux de son compagnon le lieutenant Millot, Hugot mourait le 27. Là-bas, dans les landes du Go urounsi, André Millot releva noblement le drapeau échappé aux mains de son chef et acheva son œuvre comme il convenait. Ici n'est-ce pas à nous, écrivains nationalistes, à recueillir et à proclamer la vertu de ce cadavre héroïque? Ecoutons parler de tels morts et méditons leur enseignement! Chez ces mâles soldats bat encore le cœur de la France et, comme ditTaine, « lorsque dans une nation le cœur est si haut, elle se sauve, malgré les gouvernants quels qu'ils soient, car elle rachète leur ineptie par son courage et couvre leurs forfaits sous ses exploits » I
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Nous devons à Barrés une reconnaissance infinie pour les Scènes et Doctrines du Nationalisme qu'il vient de publier. C'étaient des feuillets éparSjimprovisés chaque jour, comme il dit,aux feux de Tévénement, et il se sentait une répugnance à revenir en arrière pour les grouper,les rassembler dans l'unité d'un livre. Ce sentiment, qu'expliquent mille raisons, et que seul suffirait à justifier pour les lecteurs de Barrés, leur désir de tenir de lui un chef-d'œuvre inédit, il a su le surmonter, afin de nous donner une œuvre utile au salut national. L'élan, qui avait soulevé si magnifiquement la France, paraissant se perdre en vaines agitations électorales, et en stériles combinaisons parlementaires, il était de toute nécessité de recueillir le souvenir de ces journées véhémentes, où Ton vit les Français se débattre, et de tirer un enseignement de ces tragiques expériences.
Nous ne sommes pas des partisans, mais des patriotes, et quelque plaisir que nous éprouvions à parer et à distribuer des coups, notre grand amour de l'ordre le dépasse infiniment. Jamais nous n'avons souhaité que se prolonge l'état critique où le procès Dreyfus mit notre pays, mais un instant, nous pûmes espérer à la crise un autre dénouement que cette nouvelle chute dans l'indifférence et dans la résignation dont nous voici menacés. Que des esprits futiles ou adverses nous traitent de « raseurs », peu
nous importe; nous considérons comme de noire devoir d'écrivains de tenir l'attention de nos compatriotes en éveil, et leur bonne volonté en haleine. Nous voulons, autant qu'il dépendra de nous, fixer leur attention sur l'aventure Dreyfusienne, propre à les instruire, et nous ne permettrons pas qu'avec toutes sortes de sucreries allemandes on les en détourne. Comprenons bien : il n'est plus question d'erreur judiciaire, de bordereau et la personnalité du traître a disparu ; il s'agit de la France et de son pouvoir de résistance. Gomment l'Affaire nous dévoila à nous-mêmes notre faiblesse et les embûches de nos ennemis? Voilà qui nous passionne et voilà sur quoi nous invitons tous les Français à réfléchir. Pour celte méditation, je ne sais pas de secours plus précieux que le livre de Barrés où l'on assiste à la naissance d'une doctrine féconde au milieu de scènes émouvantes.
Lorsque j'ai relu dans ce volume les pages sur le procès de Rennes, j'ai senti croître ma haine contre les Métèques, et j'eus volontiers embrassé Déroulède quand je le vis sortir de la salle Ghaynes au milieu des poings tendus; de quel cœur ensuite je tendis les bras aux annexés en achevant le chapitre sur le nouveau problème Alsacien-Lorrain, avec quel enthousiasme je m'offris pour venger Mores, acclamer Marchand, Gailiéni, et avec quel sentiment religieux j*allai sur le champ de bataille de Frœschwiller de Tarbre de Mac-Mahon à la cabane des turcos, de Morsbronn au Renfoncement sur la route de Hagueneau! A peu près comme quelqu'un qui
marcherait sur un sol voûté, j'entendais en avançant dans ma lecture sonner sous les mois des cavernes profondes. Et chaque phrase trouvait dans les régions subconscientes de moimême un écho frémissant. Enfant d*Ile-de> France, je pressentais fraternels les mouvements de l'âme de ce Lorrain. Il m*émouvait, m'entraînait, me montrait ma vérité et sans même prendre la peine de réfléchir, je me laissais aller à lui crier qu'il avait raison et parfois aussi a tue ! tue 1 », et a en avant I » N'est-ce pas l'essentiel ?
Je réfléchis maintenant, et la valeur insigne de Barrés je la découvre dans la richesse de cette sensibilité si solidement empreinte des caractères Français. A feuilleter ces /^ènes et Dodriiua du NatiOfiaUsme, on s'aperçoit tout de suite que ces questions, qui seraient simplement curieuses pour un déraciné intelligent, sont pour le Vosgien Barrés tout à fait vitales, qu'elles intéressent toute son hérédité et qu'il s'inspirera pour les résoudre a de ces parties subconscientes où le respect, l'amour, la crainte non encore différenciées, forment une magniflque puissance de vénération ». Sous cette puissance de vénération qu'il est également prédisposé à ressentir, il ne me semble guère douteux que le pays s'ébranle à son tour. Ah! c'est une autre force d'avoir raison avec des sentiments qu'avec des raisonnements! Celui-là nous mènera où il veut, qui sent comme nous, mais avec plus d'abondance et de clarté. Pour emprunter à notre auteur sa propre expression, c'est dans ces minutes d'émotivité générale,
qu^un tel maître sait susciter, que notre cœur nous désigne ce que nous ne laisserons pas mettre en discussion.
Dans une époque de verbalisme excessif, il y a un très grand mérite à comprendre, comme Barrés, quelle petite chose à fleur de nous* mêmes reste notre intelligence, et que nous ne sommes pas les maîtres de nos pensées, car nous ne pouvons vivre que selon nos morts, eux et notre terre nous commandant une activité déterminée. J'admire par-dessus tout Barrés d'avoir, par « un long travail de forage », trouvé « dans son petit jardin la source jaillissante venue de la vaste nappe qui fournit toutes les fontaines de notre France ». En atteignant à ces réservoirs sous-jacents, en se connaissant « avec respect, avec amour, avec crainte, comme la continuité de ses ancêtres », il a trouvé sa direction et la nôtre. Prés de ce frère atné et clairvoyant, nous concevons la nécessité de « nous asseoir à ce point exact que réclament nos yeux, tels que nous les fixent les siècles, à ce point d'où toutes choses se disposent à la mesure d'un Français ».
En passant par les stades que vous savez, Barrés est arri\é à une conception infiniment noble et féconde de l'individu : « Je suis une espèce, dit-il, une espèce créée par des forces qui me précédèrent. C'est à moi d'éviter qu'elles se dispersent. Mon espèce fait ma dignité!... > Enfin, retenez cette déclaration : « De plus en plus dégoûté des individus, je penche à croire que nous sommes des automates. Nos élans les plus lyriques, nos analyses les plus délicates
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sont d*un ordre tout à fait général. Enchaînés les uns aux autres, soumis aux mêmes réflexes, nous repassons dans les pas et dans les pensées de nos' prédécesseurs. »
tt La patrie, comme Tindividu, est Taboutiçsant d'un long passé d'efforts, de sacriûces et de dévouements; les ancêtres nous firent ce que nous sommes et, par là, méritent notre culte et nos prières, o
Docile à la voix qui monte de la terre et des morts, Maurice Barrés apporte à Tœuvre de réfection nationale de solides assises sentimentales.
Dans une revue comme V Action française^ où Ton s'efforce surtout de remuer des idées, il n'est pas inutile d'insister parfois sur ce point de vue et de bien marquer l'importance prépondérante que nous devons accorder aux vérités de sentiments. Renan écrivait, avec un grand sens des réalités : <ic L'évidence n'a aucune prise pour combattre la chimère qu'un peuple a embrassée de toutes les forces de son cœur. » Vous trouverez dans le livre de Barres un beau commentaire à cette observation. « On ne fait pas l'union sur des idées, y lisez-vous, tant qu'elles demeurent des raisonnements, il faut qu'elles soient doublées de leur force sentimentale. A la racine de tout il y a un état de sensibilité. On s'efforcerait vainement d'établir la vérité par la raison seule, puisque Tintelligence peut toujours trouver un nouveau motif de remettre les choses en question. » Tout en luttant contre l'anarchie, que feraient nos sentiments particuliers et nos préférences, si nous
ooa» y ahandoooiooâ, nous derons nous garda* eoDStammeot de tomber dans rerrear de nos adTerfuiires Drejriisîen5 qui est de croire qne la société doit se fonder sur la logique et « qni i
mécoDDaisseot qu'elle repose en fait sur des nécessités antérieares et peut-être étrangères à la raison indiriduelie ». Souvenons-nous de l'éloquente inreclire qne lançait Bossuet contre les intellectuels de son siècle, le pasteur Jurien et autres rationalistes : c Pour les frivoles raisonnements dont se servent les spéenlalifs pour régler le droit des puissances qui gouvernent Tunivers, leur propre majesté les en défend, et il n*y a qu*à mépriser les vains politiques qui, sans connaissance du monde ou des affaires publiques, pensent pouvoir assujettir les trônes des rois aux lois qu'ils dressent parmi leurs livres ou qu'ils dictent dans leurs écoles. » La France, dit Barrés, n*est pas un théorème, un objet de dialectique destiné à exercer la perspicacité ou le sens de la discussion.
Tout de même quand un tel maître se déclare u las des systèmes », cela ne signiBe pas qu'il tombe dans l'empirisme grossier et dans Toptimiste insensé de ces cerveaux un peu simplistes qui s'imaginent que la justice immanente va punir les méchants, que spontanément « les hommes honnêtes et capables vont saisir le pouvoir, recréer l'unité morale dans le pays, faire le bonheur des petites gens et donner de la gloire à la France » ! Barrés a très bien indiqué que le Boulangisme échoua faute d'une doctrine pour le supporter, et il nous prédit nettement que rien de bon n'apparaîtra si quelques cer-
veaux n'élaborent les principes qui nous feront une discipline morale. Môme, il fait à VAcHon française^ l'honneur de la convier à cette tâche. « Assurément, poursuit-il, ces principes, il serait infiniment préférable qu'on n'ait pas à les élaborer. Quelle tristesse qu'ils n'apparaissent pas d'eux-mêmes à l'état de préjugés universellement admis, incontestés, affirmés par la conscience française, avec une telle vigueur qu'aller contre serait un sacrilège 1 Mais quoi ! c'est là tout le mal ! Les habitants de notre pays n'ont pas une conscience nationale!... »
Refaire aux Français une conscience nationale, fonder une doctrine nationaliste, pour nous c'est tout un. Notre doctrine n'a rien de commun avec un catéchisme qu'on donne à apprendre par cœur. Bien plus qu'une chose abstraite, qu'une théorie, elle doit être l'expression d'un état psychique particulier où nous ne désespérons pas d'amener nos compatriotes en essayant de développer et d'élever jusqu'à la conscience des façons de sentir qui existent latentes en eux et qui leur feront accepter une vue raisonnable et réaliste de la patrie.
L'unité de doctrine fait la force d'une nation comme elle fait celle des armées. Barrés, en qui vit le souvenir de nos défaites en i870, aurait pu relever qu'il faut les attribuer surtout à l'absence de toute doctrine de guerre dans le cerveau de nos chefs, tandis qu'au contraire la supériorité des Allemands était due avant tout à cette unité absolue de doctrine qui soudait entre eux tous les membres du grand Ëtat-Major, tous les généraux, tous les officiers. Maurras ne se
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trompa, pas en affirmant qae les nationalistes ne seront forts qne dans la mesure où ils pourront s'entendre, s'organiser, et qalls ne s'entendront et s'organiseront que dans la mesure exacte oii ils parleront le même langage, donneront aux mots le même sens. Seulement, n'oublions pas qne, pour parler le même lan* gage, il faut sentir à l'unisson. (Test Jules Sounr, je crois, q^i écrivait : « Il n'existe pas un seul animal vei'lébré on invertébré, chez lequel penser, ou se représenter plus ou moins vaguement les rapports existant entre lui et le monde ne soit pas sentir. » Le point remis en mémoire, nous nous empressons de reconnaître la nécessité de fixer des sensibilités inquiètes et mouvantes par nature, dans un principe supérieurauquel tout rapporter.
A l'établissement de ce principe, notre intelligence et la force des choses collaborent. Nous nesommesnides spéculatifs, ni des empiriques, mais des physiciens, c'est-à-dire des gens pour qui le monde extérieur existe et qui tâchons d'en démêler les lois afin d'y soumettre notre conduite. Si l'instinct ou le bon sens social ne parle plus assez haut, ni assez ferme pour être notre seul guide; si nous avons recours à notre raison pour nous éclairer, nous ne la laissons pas s'agiter dans le vide. Elle intervient pour soumettre méthodiquement nos idées à l'expérience des faits.
Nous ne saurions nous en remettre, pour rétablir l'unité de la France c dissociée et décérébrée », aux bonnes volontés ou au tumulte gaulois. Il nous faut donc un plan cohérent de re-
constilulion et une mélhode. « Où il n'y a que de la volonté sans conduite, disait Vauban, on ne réussit que par hasard, et oCi Ton ne réussit que par hasard, on ne réussit que très rarement et on s'expose toujours à tout perdre. » Barrés nous donne une excellente indication de méthode, en montrant que le nationalisme est Tacceptation d'un déterminisme. Point de départ suffisamment résistant, mais qui demeure un point de départ! Notre terre, nos morts valent pour nous donner notre élan ; mais où allons-nous aboutir? C'est très beau de dire que le principe d'ordre et d'autorité apparaîtra nécessairement dès que notre pays connaîtra ce qu'il est et en conséquence distinguera un peu son avenir. Mais c'est nous laisser trop dans le vague. Pour faire u apparaître » le principe d'ordre et d'autorité, rien ne vaudrait comme de le déOnir. Barrés qui a connaît ce que nous sommes » doit entrevoir noire avenir! La doctrine nationaliste tend à faire de nous des hommes d'action. Si l'on veut que notre action ait quelque etlicacité, il faudrait en accuser le sens et la fin.
Il semble que Thorreur de tomber dans le péché des intellectuels, la crainte de paraître entraîner par la seule logique, ait empêché Barrés d'aboutir à une conclusion précise, car nous ne pouvons tenir pour tel le programme de Nancy, si flottant et de si peu de poids auprès des autres feuillets du livre. Je veux bien que la bêtise soit de conclure, mais elle serait également d'agir. Nul en tout cas ne s'efforcera utilement sans apercevoir le butproposé à son effort.
L'œuvre de Barrés me laisserait inquiet si je ne lui connaissais une conclusion toute naturelle. Dans Tétat d'esprit où m'avaient mis les scènes et doctrines du Nationalisme, le volume à peine fermé, j'allai directement à l'enquête de Maurras sur la monarchie. L'association est spontanée ! Relisant avec une préoccupation un peu Kpéciale ces lignes si pressantes, je vérifiai combien est mal fondé le reproche que j'entendis adresser à Mausras, de n'avoir rien emprunté qu'à la logique pour établir la nécessité d'une restauration Capétienne. Que Barrés a donc raison de dire que dans nos créations les plus personnelles, notre intelligence et notre volonté prennent une part infime, mais qu'il a tort alors de se défendre de conclure. La conclusion si raisonnée de Maurras, je la vois tout entière portée par sa sensibilité, par son hérédité profonde et par tout ce classicisme qui est en lui en raison de sa physiologie de Provençal^ d'où sa force I
Barrés, Maurras! ces deux génies fraternels se pénètrent et se complètent l'un Tautre, admirablement. Alliant la pensée de ces deux maîtres, il me semble que V Action française ne doit pas seulement réfuter par de bonnes raisons la dialectique nébuleuse de nos adversaires, mais tâcher aussi de répandre des façons de sentir, gagner des cœurs ! Que notre action dégagée de tout opportunisme soit lente, peu importe! Barrés dit très bien : a Le temps n'est pas un facteur qui compte dans la vie des peuples. Si vous créez une force, elle développera dans un délai quelconque tout ce qu'elle porte en elle. »
Parlerai-je de la beauté littéraire des Scènes et Doctrines du Nationalisme} Tous les Français qui auront, comme moi, retiré de la lecture de ce volume a un plaisir de communauté », la sentiront sans qu'il soit besoin d'analyses. Il faut bien dire cependant que ce chef-d'œuvre est le plus éclatant démenti donné à ces cervelles puériles, qui croient nécessaire, pour ciseler une œuvre d'art, de se distraire de toutes les préoccupations, qui retiennent ou précipitent les mouvements du cœur de leurs concitoyens. Quel souffle ardent le souci de la vie nationale fait passer dans ces pages d'une écriture si personnelle! je.n'en sais guère de plus puissantes que celles consacrées au procès de Rennes, à Déroulède, au marquis de Morès.^ Elles deviendront classiques. Puis quoi î peut-on faire plus grave éloge d'un ïivrequede le qualifier^ comme celui-ci, de nécessaire.
LyCIE,N.C0RPECH0ï.