‹ L'action française (volume 2)Chapitre 16 sur 180 · PARTIE PÉRIODIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE PÉRIODIQUE

M. PÉIUVIER

M. Anlonin Périvier vient de quitter la direction du Figaro, Un hommage public lui est dû

Grâce àlui,en effet,rœuvre à^V Action française, notre œuvre d'organisation mentale et politique, a surmonté quelques-uns des barrages que l'on se plaisait à lui opposer.

Ce que nous faisons tend à faire régner dans c« pays-ci Tintérét général. Il est donc naturel d^avoir contre nous lesliguesde l'intérêt particulier. Un clan a fait ce qu'il a pu pour nous supprimer. Un autre clan s*est longtemps appliqué à faire que nous végétions. Le premier nous hait par re(retdesesconvoitises,auxquelles nous mettons un frein. Et l'autre nous redoute pas l'effet de son ignorance. Constatons-le. Mais gardoos-nous de nous en plaindre. Car nous savons subsister de ce pain amer. 11 affermit, il endurcit,il excite même. Pour moijele préfère à la vaine brioche de la faveur des sots.

Cependant il nousfaut atteindre jusqu'au grand public. Quellesquesoientlaforce et laclarté d'une doctrine, elle est bien peu si elle ne parvient à destination. Nous avons, tous ces temps derniers, partiellement réussi cet abord difficile. Nous avons tenté la curiosité de Paris, de la haute bourgeoisie de Province et de l'Etranger. Sur aucun de ces points noire espérance n'a été déçue. Chacune des douze « notes d*un roya-

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liste » publiées depuis la fia d'août dans le Figaro a marqué un progrès sensible pour la diffusion de notre pensée. Aucune de nos affirmations, aucun de nos doutes ne nous est re* venu sans écho. La presse et la poste nous en ont apporté la démonstration suffisante. Bien mieux. Précisément dans les sphères que nous visions, les hautes sphères de rintellig3nce française, dans ces sphères privilégiées, l'impression a été favorable : les réponses ont afflué, marques d'intérêt ou d'approbation, quelquefois même formules de ralliement. « Cela porte», était-il répété de mille parts. L'Europe monarchique, aristocratique et conservatrice témoignait elle-même quelque satisfaction d'apprendre enCn qu'il se formait dans la masse anarchique de la nation française une jeune pensée et un jeune parti de l'Ordre.

Seule une âme de véritable journaliste, seul un homme inquiet des directions et des aspirations réelles de l'esprit public, seul un esprit vivant, curieux et ami des idées pouvait consentir à une entreprise aussi paradoxale à première vue. Mais ni la clairvoyance ni le courage intellectuel ne feront jamais défaut à M. Antonin Périvier. Tous nos lecteurs savent qu'il a ouvert le Figaro à notre propagande; ce que l'on ne sait pas, ce que je voudrais que Ton sût, c'est la bonne grâce parfaite de son accueil. Présenté à M. Périvier par un de nos maîtres, qui est aussi le plus éminent de nos collaborateurs, j'ai retrouvé chez lui cette fleur de l'intel-

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ligence et de la politesse françaises dont les bureaux de rédaction nous ont bien déshabitués. La 0 belle humeur » que le Chef de la maison de France a conseillée à ses fidèles trouvait aussi à qui parler chez le directeur du Figaro, Ni politicien, ni pédant, ni marchand. Une vive, énergique et spirituelle figure de Parisien.

La vie humaine se compose de détours, de retours qui sont incalculables. Il est difficile de dire à quelle catégorie de personnes appartient jamais l'avenir. Je pense néanmoins que des chances sérieuses existent en faveur de la race que le poète Mistral a nommée dans ce vers :

Aqueli qu'an la memàri Ceux qui ont la mémoire...

Les gens qui nous connaissent ne sauraient douter delà fidélité de nos souvenirs : ils nous savent amis et ennemis très sûrs. Il faut avoir peu d^amitiés et le moins possible de haines. Mais surtout il n'en faut avoir que d'assez vigoureuses pour devenir actives et décisives à l'occasion. Dans le monde varié, multiple et complexe où s'agite l'homme aujourd'hui, l'occasion nej manque jamais.

CUARLES MaURRAS.

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