LE MONUMENT DE CHAMBÉR Y
Xavier et Joseph de Maistre.
L* article qu'on va lire est extrait du Livre d'or du
MONUMENT DE Maistre Que publie à la librairie Per^
rin^ de Chambéry^ M, Fr. Descotes ^ V initiateur du
monument, M. Descotes cite cet article entre les pièces
justificatives de son recueil .* tel quel^ bien que vieux
de six ans [il est daté du ^^ janvier 1896), bien
qu'antérieur de près de deux ans aux dernières guerres
civiles^ nous le reproduisons parce que son auteur s'y
montre en possession de la même méthode et des mêmes
doctrines dont il use ou qu'il sert aujourd'hui avec
nous.
Cette page sur Joseph de Maistre et l'organisation autoritaire des sociétés a été publiée dans le Soleil en un temps où M, Edouard Hervé dirigeait encore effectivement son journal. M, Edouard Hervé libéral et parlementaire se conformait à son système en laù^ sant M. Charles Maurras^ qui rHy manqua jamais y se conformer au sien, La logique de chacune de ces deux doctrines ne permettait pas de conflit,
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Ud groupe de Savoyards intelligents et patriotes vont élever un monument à la mémoire des frères de Maistre. Cest une grande affaire, et l'entreprise honore tous ceux qui y prendront leur part; elle donne aussi une indication heureuse sur l'état des esprits. Il faudrait que Ton en pût causer tout ^u long et, comme Montesquieu le disait d'Alexandre, tout à botfe aise.
Honnête et charmant homme, Xavier de Maistre est un de nos plus agréables écrivains. Il y a en Savoie, sur les frontières de la Suisse, une sorte d'Attique, que Ton est libre de trouver un peu alpestre et neigeuse ; mais Tair clair, le ciel fin, les eaux bleues y invitent aux pensées douces, à la rêverie modérée, à Témotion sereine, contenue et pure. N'en doutez pas, les meilleures strophes du Z^^ de Lamartine, les éternelles, celles qui rappellent le mieux la sage tristesse d'Horace viennent de là. C'est là que Xavier de Maistre naquit. C'est là, ou c'est en se rappelant ces beaux lieux qu'il écrivit les cinq ou six histoires qui nous gardent son nom. Ne les aimez- vous pas? Si parfois le badinage y est un peu lent, le souffle court, et si la verve faiblit parfois, quelle simplicité et quelle noblesse divines! Quelques phrases de lui sont dans le souvenir de tous les. gens de goût; elles sont excellentes pour reposer un bon esprit des phrases de Rousseau ; car cet aimable Savoyard fut créé, mis au monde et doué des talents du style expressément pour reposer et consoler de ce Suisse accablant.
Néanmoins l'auteur du Lépreux ne laisse pas de ressembler à Rousseau, et même quelquefois
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comme un ^fils à son père. II n'en est pas de même de l'auteur des Considérations sur la France, Joseph de Maistre, lui, ne ressemble à Rousseau que comme le jour peut ressembler à la nuit. Ce puissant écrivain, Tun des plus forts de notre langue, nV d'attache et de ressemblance avec rien de vil. Et c'est môme une des raisons qui expliquent qu'il ait mis un temps si long, presque un siècle, à se faire accepter du plus grand nombre. Le vulgaire mit une singulière ardeur à l'ignorer.
Il est vrai que les médiocres ont tout fait pour détourner de lui l'attention, la curiosité et l'étude. On l'a appelé un Prophète du Passé, parce qu'il n'a jamais cessé de rappeler quelques-unes des lois constitutives du monde. On l'a traité de Voyant, et c'était dire visionnaire , parce qu'il a été prévoyant et clairvoyant. On l'a donné pour un mystique. Il n'était pas mystique. Toutes ses opinions sont fondées, comme les vôtres et les miennes, sur l'observation, l'induction et la déduction : mais observa* tion d'une force et d'une lucidité profondes, induction prompte et brillante comme l'éclair, déduction des plus rigoureuses... Je veux que Bonald Tait dépassé en logique : il demeure, pour la sagacité, pour le sûr et subtil instinct politique, le premier des hommes qui aient raisonné sur les révolutions de la France et sur l'avenir de l'Europe.
Les mensonges, les calomnies et les fausses louanges ont donc fait que Joseph de Maistre n*est compté parmi les classiques que depuis peu de temps. L'exemple d'un Auguste Comte inscri-
yaniles Soirées de Saint' Pétersbour g ^ et le traité Du Pape dans la bibliothèque positiviste, passa naguère pour un trait de folie véritable ou tout au moins dMlluminisme, s'il ne résultait de quelque monstrueux paradoxe. Joseph de Maistre, était un de ces noms, très vénérés d'une chapelle, qui, partout ailleurs, paraissaient défier le bon sens. Il ne le défie plus. On commencée juger mieux. En adoptant Joseph de Maistre, rUniversité fait ressortir ce qu'il y a en lui de ce que nous nommons positif et scientifique. Au pays de Savoie, tout se passe à souhait : les partis et les coteries se taisent ou s'unissent dans les diverses assemblées pour honorer ensemble ce puissant génie politique et philosophique.
Cependant il ne faudrait pasque la renommée de Joseph de Maistre, ens'étendant, devint une chose si calme et si sereine qu'elle en perdit toute couleur etloutesignifîcation. Une faudrait pas qu'en louant l'homme Ton repoussât dans l'oubli ce qu'il y eut de plus cher, à savoir, les idées maîtresses de ses livres; ces idées ont été toute sa vie, il y a mis sa haine et son amour. Gela est mémorable. Observez aussi qu'il ne s'agit point, lorsqu'on parle des idées de Joseph de Maistre, d'idées mortes, d'idées vieillies ou d'idées qui nous soient devenues indifi*érentes : ces idées sont encore comme un champ de bataiUe où se poursuivent les esprits. Toutes sont présentes et vivantes; toutes, actuelles. Anarchie ou autorité, désordre intellectuel ou unité des pensées, voilà les partis que nous présente Joseph de Maistre. Aujourd'hui, commeenl797, il faut choisir entre ces partis. Aujourd'hui,