‹ L'action française (volume 2)Chapitre 28 sur 180 · PARTIE PÉRIODIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE PÉRIODIQUE

>age 249, lignes S et 10, du procousul. . . il faut lire :

. r H. Dejean de la Bâtie, el l'on peut calculer que les chaineu du proconsul, les fameuses chaînes qui devaient âtre utilisées par tous les partis, en seront réduites d'autant.

Les mauvais citoyens peuvent seuls en âtre TAchés. Pour nous, en proposant aux hommes d'ordre, aux Français patriotes, la seule solution qui soit commune à tous les grands problèmes posés de noire temps, nous voyons bien le trouble et nous le prévoyons, mais nous ne faisons pas et nous refusons de faire le trouble. Voilà pourquoi nous nous honorons d'avoir ouvert VÂcfian française aux iusics doléances du docteur Dejeao de la Bfitie; et tout en regrettant d'avoir à le ranger dans le parti républicain auquel il paraitattachécommeonapus'en rendre compte par ta lecture de son article, nous le félicitons d'avoir tenu à renseigner les honnêtes gens.

Courtoise erreur de M. de Pressensé.

Il y a exacteraent une année que M. Francis de Pressensé, parlant de V Action française et des monarchistes nouveaux qu'elle avait formés, l'accusait de préparer des « trahisons intéressées ». Il désignait aux fureurs dreyfusiennes « ces jeunes- littérateurs qui cultivent l'idéal avec un sens très vif de la réalité », comme si nous les eussions gagnés à prix d'argent ou par la promesse de quelque sinécure. Dans le dernier numéro du Pays de France^ notre ami M. Joachim Gasquet faisait gaiement allusion aux invectives que lui lança plus tard la belle conscience de \ Aurore au lendemain de la conférence où l'auteur de V Arbre et les Vents avait expliqué son passage w de l'anarchisme dreyfusien au nationalisme intégral ».

Voilà qu'aujourd'hui M. de Pressensé change de note. Il nous tient pour des adversaires dignes de sa vertu et proclame qu'il est seul avec nous à « cultiver l'idéal ». Avec ces nobles accents qui lui sont familiers, il conduit, dans V Aurore du 5 janvier, ce parallèle tlalteur :

Seuh^ les nationalistes intégraux et les socialistes luttent pour des principes, s^élèvent au-dessus des accom-

modemer^tSy des compromis et des transactions ^ se préoccupent de vérité plus que d^intéi'éts.

C'est là, nous dit-i), « le langage de la probité intellectuelle ». C'est aussi celui de la parfaite courtoisie polémique. Si sensibles que nous soyons aux louanges d'un adversaire à qui nous n'avons jamais reproché, pour notre part, que d'être un trop grand cœur, il importe de rectifier ce favorable jugement.

Pour ne rien céder d'un vocabulaire auquel on a des raisons de tenir, on priera d'abord M. de Pressensé de vouloir bien remarquer que nous traitons ici, à sa différence, de quelques vérités et non de « la vérité ». Ou encore, comme ce journal royaliste dont on ne saurait trop admirer le nom, nous dirions volontiers « la vérité française ». C'est une nuance. M. de Pressensé l'a comprise depuis longtemps.

Mais il se trompe surtout lorsqu'il s'imagine que V Action française ne s'occupe pas cf intérêts. Elle ne pense pourtant qu'à cela. L'intérêt national,

— le salut public, — est son premier et constant objet. C'est lui qui anime sa doctrine, c'est de lui que partent toutes ses déductions. Et sa raison d'être est dans celte préoccupation positive. Nommera-t-on encore les intérêts corporatifs et professionnels? L'intérêt des lettres et de la pensée françaises? Mais c'est justement le propre de notre système que la réforme politique

— inspirée par le souci de l'intérêt national

— embrasse et conditionne toutes les autres. On ne voit rien, chez les socialistes de l'observance de M. de Pressensé, qui corresponde à ces

intérêts impersonnels. On Taverlit qu'il ne nous opposerait pas valablement les postulats de sa conscience et les phantasmes de son imagination métaphysique. Nous refusons d'y voir des inté^ rets du même ordre que ceux que nous servons et nous ne souffrirons pas que la moindre confusion s'établisse en ce sujet-ci. Encore une fois, dussions-nous exciter sa verve, nous dirons à M. de Pressensé que nous ne travaillons pas pour VidéaL Nous préférons sans doute qu'on croie que nous courons après les places et les honneurs, s'il se trouve des gens pour le croire.

Les pudeurs de M. Falliëres.

Un idéalisme effréné a présidé à l'inauguration de la statue de Baudin. On ne rappellera pas les combats qui se livrèrent autour du socle. Il faut retenir seulement de cette débauche d'éloquence et de spiritualité que le citoyen Fallières, président du Sénat, a « flétri » devant les corps constitués, devant le panamisme et la concussion, ces temps abjects où un ministre de la Monarchie conseillait aux Français de s'enrichir. Indignation plaisante et qui prêterait à de faciles développements.

Des sincères pudeurs de M. Fallières — marchand de pruneaux, croit-on, à Nérac — on retiendra seulement qu'elles sont conformes à l'esprit démocratique.

On se représente assez exactement la République sous la figure de cette jeune personne

que rUrien de M. André Gide rencontra sur les bords d'un fleuve lointain. « Elle mangeait, rapporte ce voyageur, une salade d'escarolle en lisant les ProUgoinmes à toute métaphysique future . > On eût trouvé plus piquant encore que le ministre Noir-Pelat àxiPays des Parlemen- Uttrs opposât ce démocratique ascétisme aux sages paroles de Guizot.

Conseil au mikado .

Les journaux nous apprenaient récemment qu'un parti de Japonais raisonnables s'oppose à ce qu'on pousse l'imitation des mœurs européennes jusqu'à importer l'erreur constitutionnelle et parlementaire. Pour prouver d'ailleurs à ces Orientaux naïfs qu'il ne résiste pas à leur caprice par haine des idées étrangères, le gouvernement du mikado vient de faire imprimer à plusieurs millions d'exemplaires, pour la répandre dans le peuple, une brochure qui porte ce titre QxcQWeni: Le plus grand mensonge du temps pré«^/,etquiestextraite de l'ouvrage où l'homme d'Etat russe Pobédonostsef a fait une forte critique du régime libéral. Ces sages japonais avaient le choix, dans la littérature politique, entre tant de pages dethéoricienscomme Maistre et Bonald et de praticiens comme Bismarck. Ils ont préféré un contemporain pour faire plus d'impression sur les trop prompts imitateurs de la civilisation occidentale.

Mais peut-être ces esprits mobiles, enfantins

et moqueurs seront-ils peu touchés des arguments dont le sujet et le serviteur d'un autocrate use contre les « toiles d'araignée constitutionnelles », comme les nommait Garlyle, fécond en métaphores. Si le vigoureux Pobédouostsef ne réussit pas à désabuser l'opinion d'Extrême- Orient, on ose conseiller au mikado de répandre une autre brochure, traduite celle-là de la langue qui a servi aux premiers débats parlementaires. C'est un Anglais qui dénonce à son tour « le plus grand mensonge du temps présent ». Qu'on lise ce résumé, emprunté à la Revue des Revues, d'un article paru dans la Fortnifjhily Revietv de décembre dernier :

Sous un titre suggestif, le Déluge et aprèSy un anonyme constate refTondrement du gouvernement actuel de TAngleterre et se demande comment elle pourra être sauvée. L'auteur voit le mal dans le sys^ tème parlementaire qui met la Chambre des communes en possession des pouvoirs législatif et administratif et annihile ainsi ou paralyse le rôle de t exécutif. Ce dernier doit, au contraire, avoir toute liberté d'action^ mais en demeurant responsable devant le Parlement qui, de son côté, ne doitde compte de ses résolutions qu'au souverain. Il est absurde que le pouvoir exécutif tombe devant un vote de la Chambre sur des questions d'administration, et il est illogique que la chute d'un chef de cabinet entraine celle de tous ses collègues. L^auteur vise surtout à empêcher dans les débats législatifs Tobstruction qui est devenue un véritable mécanisme, un instrument de perfection. Les élections législatives devraient se faire non sur des programmes individuels, mais sur des déclarations précises d'adhésion ou d'opposition au gouvernement du jour et sur des

projets législatifs déterminés. On saurait de la sorte et d'avance sur quel appui ce ministère peut compter et les sessions ne seraient pas traversées par des incidents qui entravent la marche anormale des affaires et mettent le pays en péril (1).

Signe des temps î C'est quelque chose d'inouï que Tirrévérence avec laquelle s'exprime ce fils de la Mère des Parlements, Il nous importe, en somme, fort peu que les Japonais en soient frappés. Nous enregistrons seulement, à l'usage des Français, cette condamnation d'un parlementarisme tempéré par les « deux partis», l'institution monarchique et la pairie et que tantdô bons esprits ont longtemps tenu pour le plus parfait des gouvernements.

D'une part, d'autre part.

M. Ferdinand Buisson,huguenot de Sorbonne, etTabbé Naudet exposaient ces jours-ci contradictoîrement leurs « morales ». Il paraît qu'ils se disposent à recommencer. Le débat n'aura d'intérêt pour nous que le jour où M. Naudet passera publiquement du christianisme social au protestantisme — le contraire n'étant pas probable si M. Buisson sait discerner le plus du

(1) On met en doute Pefiicacité d'un toi remède. Mais il proave rexistonce du mal et la nécessiié de guérir un organisme qu'on supposait parfaitement sain.

moins. Pour Tinstant Tattrait de cette joute est dans Tallocutiou « synthétique » que prononce M. Henry Bérenger après la disputatio. Un auditeur nous a raconté que M. Bérenger, par une métaphore qui ne laissa pas [d'exciter des murmures ironiques dans l'assemblée^ compara la morale de M.Naudet et celle de M.Buissonàdeux colonnes qui ne confondent leurs têtes que dans les nues. L'emploi d'une pareille image, qui classe M. Henry Bérenger dans une catégorie d'esprits dont il se flattait de ne pas être, nous a fait souvenir d'un mot de Karl Marx dans sa cruelle étude sur Proudhon. « Le petit bourgeois, écrit-il, dit toujours : d'wi côté, de Vautre côté. »

L'organisation des controverses Buisson-Naudet est l'expression d'une telle manière de penser, au même titre que la métaphore des colonnes. On peut juger à ce trait de la qualité des jeunes lumières dreyfusiennes. L'antithèse, où se complaît leur esprit, leur tient lieu de jugementet limite leur goût.Ilsncsont pointdégagés du plus bas romantisme — que M.Paul Lafargue, rejoignant ici encore son maître l'auteur du Capital^ appelait tout récemment « l'art de la classe bourgeoise ».

Au temps où des hommes de bonne volonté plaçaient quelque espoir en M. Henry Bérenger, de plus clairvoyants avaient déjà senti à quel point « l'aristocratie intellectuelle » s'apparente à ce que Marx, pour le citer une fois de plus, appelle le « sentiment épicier ».

Les raisons de Franquetot.

L'erreur démocratique qui consiste à attribuer à chaque citoyen une égale compétence en matière politique et lui fait un devoir d'exercer sa fausse souveraineté, a trouvé ces temps-ci un nouveau critique. Qu'on apprécie les raisons que donne dans le beau livre récent de M. Paul Bourget, Monique, l'ébéniste Franquetot qui a conservé les traditions de nos antiques « arts et métiers ».

— « Et ils voudraient que je sois républicain, » s'écrie-t-il (entre parenthèses, nul n'a jamais su quels étaient ces Us^ ces mystérieux ennemis des convictions réactionnaires du brave ébéniste, lui qui rC a jamais retiré sa carte cTclccleur et ne cause guère qu'avec des gens de son avis, mais qu'importe!). « Je leur ai dit : — Etes-VDUs allés à Fonte tainebleau et avez- vous vu la commode? » (Pour lui, il n'y en a qu'une, celle de Riesener. Vous en trouverez la gravure dans tous les ouvrages spéciaux.) « Etes-vous allé au Louvre et avez- vous vu le « bureau? » (Il s'agit, vous le devinez, du non moins célèbre bureau dn roi Louis XV.) « Non? Allez-y! « Allei-y. » Hé bien, celui qui avait fait ces merveilles était riche. Le Koi, la Heine, toute la Cour le comprenaient, le faisaient travailler, le respectaient... Jusqu'où aurait-il monté, on ne le sait pas. Son plus beau secrétaire porte la date de 1790 dans sa marqueterie. J'ai lu ces chiffres avec sa signature Riesener f, c. à l' Arsenal.,, L'Arsenal, d'où

votre révolution Ta chassé. Saviez-vous cela?... Il a été obligé de vendre ses chefs-d'œuvre à la criée ! Il n'a même pas gagné à cette opération le pain de ses vieux jours... Moi, Monsieur, mon opinion est très simple : je suis pour le régime où un Riesener peut travailler.,. Ah! ce bureau du Louvre, Monsieur, quelle fête de le regarder ! Ce que cet homme savait et ce que nous ne savons plus, c^est que chaque bois a une âme, qu'il est une personne, qu'il donne une note dans un concert, si vous voulez. L'amarante, l'érable, le buis, le bois de violette, celui de rose, Facajou mâle, il a tout employé, toutfondu, et c'est si souple, çafileic'estsi gai, ça rit et c'est si grand!... A qui feront-i/s croire (encore ces énigmatiques adversaires!) que l'on n'était pas heureux dans une époque ou Ton composait des meubles pareils, des meubles qui vous coulent de la joie au cœur par les yeux; — et on les faisait ces meubles pour s'en servir... Remarquez-les, c'est encore une de leurs calomnies de prétendre que ce sont la des objets de luxe et qui ne peuvent pas peiner... Pas peiner?... Avec ces ensembles simples et décidés, avec ces lignes si fermement assises? Allons donc!... C'est la camelote d'aujourd'hui qui ne tiendra pas le coup. Et tant mieux, d'ailleurs, tant mieux [...Comment pourrait-il en être autrement avec des ouvriers qui lisent des journauXf qui discutent sur les impôts, les élcctionSy la propriété au lieu de penser à leurs affaires? Tenez, ceux qui sont là quand je les ai pris, donnaient aussi dans ces sottises. Je leur ai dit : « — Faites donc tf comme moi. Quand vous avez un moment, au « lieu de vous fatiguer sur ce papier qui ne vaut M pas le sou qu'il coûte, relevez-moi une moulure, « un bras de bergère, un dossier de canapé. — « Avez-vous un après-midi? Allez au Louvre, au « garde-meuble, h Versailles ; ne parlez pas politique, « parlez bois,.. »

Quand nous aurons la Monarchie, telle que la dessinent des Français raisonnables et décidés, les Franquetot a parleront bois », les paysans parleront blé, M. Loubet sera rendu au barreau de Montélimar et M. François Coppée à la littérature.

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