LE PLAY ET LEROY-BEAULIEU
On se détourne avec dégoût des préparatifs électoraux qui commencent pour le printemps de £902. Il arrive pourtant que tanl<>i par surprise et tantôt par faiblesse on soit mis au courant de ces vaines combinaisons. C'est un grand sujet de tristesse de voir tant d'énergies, d'intelligences et de généreux espoirs sacrifiés au suffrage universel. Du moins les dignes et pures doctrines n'étaient-elles point compromises dans ce sabbat où se confient encore d'honnêtes gens. On se flattait que tout, jusqu'à la fin, se passerait entre égaux et que les nationalistes et les conservateurs n'aventureraient pas dans les réunions publiques des principes raisonnables. Il parait cependant qu'un groupe d'hommes, qu'on imagine nourris des illusions de 1848 et hostiles au sens commun, ont entrepris de faire voler les Français pour ou contre Le Play et sur le programme de la Réforme sociale.
Un Comité de défense et de progrès social vient de se fonder, qui se réclame de la Société d'Economie sociale el de ces Unions de la paix fondées par Le Play où se. réunissent tout ce que nos provinces comptent d'hommes sérieux, de chefs d'industrie ou de grande culture, de véritables •< autorités » en un mot. Ce comité sera puremenf électoral. M. Henry Joly, dans le Journal des Débats a exposé son programme.il consiste vous qui connaissez la Réforme sociale^ lenezvous de trop rire) à « mettre en relief la nécessité de l'harmonie dans la liberté ».
Une creuse formule, une Nuée, comme l'on dil ici, voilà où l'on ;i réduit la doctrine de Le Play. Quelque invocation aux immortels principes, ceux quo le maître nommait, d'un mol qu'on ne saurait trop répéter, les faux chgmes^ couronnera sans doute ce programme. Ces Leplayens à Tusage des élections se jçardent, sur toutes choses, de souffler mot de la question politique. Ils ignorent volontairement la formule qui commence par: la Monarchie dans VEtat. Et contrairement à toute sagesse, ils veulent le bien avec les conditions du mal. Semblables à ce pauvre M. d'Estournelles de Constant et à sa ligue pour le relèvement national, où jamais on ne doit proposer une réforme de nature politique, ils donnent une extension singulière au système fameux du cautère et de la jambe de bois. Voilà Le Play sacré patron de la République « vraiment démocratique », de la République « de tous par tous I »
Ou pourrait nous accuser d'èlre trop vifs envers d«:;s gens qui, en cas de fortune éleclorale, rendraient peut-tHre au pays les services qu'ils promettent le moins. Mais sait-on qui l'on a mis à la tête de ce comité? Le libéralisme en personne;, tous \q^ faux dogmes incarnés: Tilluslre Leroy-Beaulieu, membre de plusieurs académies et le plus bel ornement de celle que précisément l'auteur de la Réforme avait coutume d'appeler l'tt Académie des Sciences immorales et impolitiques ».
Ces singuliers disciples de Le Play ne se contentent pas d'adultérer la doctrine de leur maître. Voilà qu'ils la veulent rendre ri^ible.
iV/. JEANNOLLE CONTRE