CONFÉRENCE DC L*APPBL AO SOLDAT
rien, «t Tafflox dans 1« pays des store-keepers jnife, Teadeors de whisky pour les hommes, et d'aflbtiatix pour les femmes, a été le premier enmeaii introduit dans la place. Ainsi s*est élevée nne nonveile génération qni n'était pins les hommes de la gnerre de 1881, « les hommes de FAmajaba » .
Peut-être comprendra-t-on Tétat d'esprit actnel du peuple boer et aussi certaines contradictions apparentes de la campagne dernière. Leur résistance de plusieurs mois aux forces écrasantes d'une des plus grandes nations civilisées leur fera éternellement honneur. En effet, ce qni a dominé toute cette guerre est d*abord et surtout rénorme disproportion des forces. Ils n'ont jamais pu opposer plus de 40.000 hommes nux 200.000 Anghiis armés de centaines de canons, qui les ont attaqués de toutes parts. C'était, dès le début, une lutte sans espoir. Quand on a été avec les Boers sur une de ces positions belles sans dtMite, mais que les Anglais inondaient de projectiles, avant de les faire attaquer (quand ils Tosaient), à la nuit, par des milliers d'hommes, on sent tout le ridicule des «rittqœs enropéens, qui ont reproché aux Boers de no pasntlaqnerl Attaquer? Pour réussir une attaïque avec dos effectifs aussi dérisoires, le génie d'en Bonnparle oût été nécessaire, et encore 1 Dans la défensive ils sont supérieurs et aussi ^ÈJOB lewrs ««rprises, mais pour leur donnanlormn monvemont lactique quelconque, fl Aiut n'avoir jamais vn mn do ces fameux laagers boers, spoctacio confus ot pittoresque. Là, sur le flanc d'un coteau, sept ou hiril ooiitft homuftts
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généralement, des bœufs, des mules, des voitures et des chevaux, vivent dans un mélange admirable et complet. Pas de garde, aucune précaution de sûreté, apparente du moins. Mais ils ne seront jamais surpris, car pour lever le camp, quelques instants leur suffisent, troupes les plus mobiles qu'on vit jamais. Entre ces bons géants, jamais un coup, ni une dispute. Contraste violent avec le camp des volontaires européens, où les propos les moins diplomatiques s'échangent en toutes les langues. On y rencontre d'ailleurs tous les types de déracinés et les échantillons humains les plus variés, attirés là-bas par le double attrait de la guerre et de Tor, des aventures et de la fortune. Je me souviens du spectacle philosophique d'un trap«» piste défroqué et d'un ex*ami de la belle Otero, se contant avec quelque mélancolie leurs expériences, tous doux également désabusés du ciel et de la terre. Les Boers venaient regarder ces étrangers avec bienveillance et curiosité, un peu comme nous regardons les ours du Jardin des Plantes.
Le malheur de l'armée boer était d'être une démocratie armée, avec tous les défauts de cet état social. C'est ainsi que les commandants élus par leurs hommes étaient remplacés constamment. Le plus grand calme, mais aucune discipline, une anarchie phlegmatique. On obéit aux ordres des généraux, quand ils plaisent, et le jour de la bataille, la moitié des hommes est sur la ligne du feu, l'autre, derrière la crête, fait du café : toutes choses assez exaspérantes pour des nerfs européens*
CONFÉRENCE BiE L*APPEL AU SOLDAT 383
La dernière afTaire à laquelle j'aieprispart au Transvaal, à Doukerboul,à 17 milles de Pretoria, les il et 12 juin 1900, est l'exemple le plus curieux que je puisse citer des qualités et des défauts du Boer au combat. Mon ami Charles de Cbarette et moi nous étions joints le second jour au commando de Standerton, qui tenait le centre gauche d'un immense demi-cert;le moibtagneux occupé par 2 à 3.000 Boers sous les ordres de Louis Botha contre 20 à 30.000 Anglais, un contre dix, proportion habituelle de cette guerre. A deux heures de Taprès-midi, Tennemi n'avait pas encore prononcé son attaque et nous le suivions avec nos lorgnettes défilant en colonnes profondes et hors de portée, pour nous tourner sur noire gauche. Tout d'un coup les Boers se lèvent en criant : « Nous sommes tournés!» et évacuent la position 1res forte, sans qu*un coup de fusil ait été tiré. Pour regagner Tabri de la seconde crèle, n(»us dûmes traverser au galop un défilé étroit sur lequel les Anglais commençaient à envoyer leurs obus & lyddite, qui, à cause de leur masse et de leur vitesse initiale faible, s'entendent venir de très loin : aussi ce sifflement grandissant produit-il une impression assez anxieuse de l'endroit ok cela va tomber, puis une explosion puissante; et un effet moral très grand sur des troupes en retraite. Mais à peine sommes-nous derrière la seconde crête, que voilà* le commando qui se rallie et se met à remonter sur cette seconde position bien inférieure à la première. ËnefTet^ an bout d'une heure d'attente, nous entendons siffler les premières balles; c'est une sensation
LACtWtl FBAMgknE
assez bîizarre qae ceàfe de eeUe loole de sifflements plus on moios sIridettU aoivaai que la telle passe ptas oa momsloia, et de ces écrasents sur ks rochecs doat le son n'est pas le , suivant qne le profjeotîle est ou non duménm ; c'est nne sessaiion à laquelle ne convient qn'otte senle éptihète, c^est celle « d*incoBlorlable ». On aorait pUisîr à être ailleurs, on reste natvrellenient parceqne de vie ax enseignements «elentts,nnesorled'iBst«ict ancien, vousonidonnérassuranee qoe ceinte :8e&dtpa8,que dans de pareilles droonstaBces on d«îi rester là où Ton est. Mais chez des hommes d'une cullore moindre, câiez des paysans boers, il faut reconnaître que cela est méritoire. Nous n'avions en effet pour nous convrir qne des rochers d'une saillie assez faîLle et pendant deux heures (il fallait tenir la position jusqu'au coucher du soleil) nous fûmes couverts d'un rideau de balles, tandis qve les shrapnells éclataient constam-* ment à la bantenr d'une corniche de salon. Les Boers qui avaient làcbé pied une h^ure avant, tinrent ce soir-là admirablement. A c6té de moi an jeune homme de 15 ans^ dans un mépris absolu du danger se tenait debout criant A chaque coup de fusil qu'il envoyait : « Skill, kerlsl » « Tirez, les gasl » Car là-bas les enfants et les vieillards ont donné de belles leçons de bravoure anx hommes d'âge moyen, plus sollicités de regarderenarrièreversleursfemmesetleurfamille.
A35 ou 40 ans, il semble que ce soit l'âge o^ on cnigne davantage la mort; c'étaient de ces Jnnnmes nsariés à qui le colonel de Villebois denmndait de monter avec lui à l'assaut de Kim-
CONFéRK.XCIS DK L'aPPRL M. SOLDAT 3M
berle]r,iliiff lui répondaient : « Ifons me soaihim pas des soldats, novs- sommes des pères de famtOe^, BOQS ne ^oirioas pe» nous exposar. • Làehe»? Ilsae le soot pas. Des héros? non pins.
Ses hasards heurem^lesaTanta^esprodégievoL du terrain ei l'i^ocapoeité professiomielle des oUcîers anglais leur ont été seeouraMes. Ib ont eu aussi des- cheiis- eourageiix, un de génîe^ je Tew dire De Wet. C'est une fi>gnre frappante qoe selle d» cet h0mme qui unit à toutes les. cpudités de la race boer^ 1« grand ressort qak Ini manque souvent, une énergie farouche. Û m tonjour» le shambock à la main, c'est-à-dire la connoie de cuir dont on se sert làrbas pour les chdvaox et quelquefois les nègres. Lui, paratt*il^ en encouragea souTeo t se» hommes.
On peut dire que c'est peut-être le plus forft chef die bandés- qui ait jamais existé. Voici le récit d'un de ses coups de maître Ja surprise de Sanna's Pcst que les Anglais appellent des Waterworks. Après la prise de Bloemfontein, avec 3.000 hommes, le colonel Broadwood gardait les onsvrages des sonnées alimentant la ville. Aiferti, De Wet se- mit en mouvement el h» 25 mars 1908^ à i heures do matin, après une* maivhe d6 nuit exécutée daa» un silence qvs* seuls les Boer» peuvent observer, il attaqua les Anglais, qui n'avaient même pas d'avaatpostes, de trois côtés à la fois. Le camp anglais était^ dans une vallée à 500 mètres d'une rivière. Les Boers occupaient deux lignes de collines ia commandant. Leur troisième parti était descendu dans 1(8 lit de* La rivière, les chevaux cachés au fond, les tireurs à genoux au bord«
Le convoi anglais cherchanl le premier à s*échapper, reçu au nord par les balles, reflua au sud sur la rivière. Criblé de projectiles au bout d*un instant, il commença à tourner sur lui-même comme un animal blessé. Une charge de cavaliers anglais arrêtée par la rivière, les Boers cueillaient simplement les cavaliers en leur criant : a Hands'up !i> a Les mains en Tair! » comme ils arrivaient sar eux. Enfin Tartillerie anglaise ayant cherché courageusementà sauver la situation en se mettant en batterie à 1.000 mètres, au bout d'une demi-heure tous les chevaux et les servants étaient démolis, de sept pièces sur douze. L'ennemi perdit ce jour-là 300 morts et blessés, 500 prisonniers, 7 canons, tout son convoi. Les Boers eurent trois hommes tués.
Cette guerre aurait pourtant pu être évitée.
Par malheur, au lieu d'indulgence patiente, les Boers n'ont jamais trouvé que rigorisme, main de fer et cœur fermé : j'ai nommé l'esprit anglais. Un hasard m'a fait trouver, dans une maison pillée du Natal, un almanach anglais "Whitaker de 1892, d'où je traduis fidèlement Thistorique suivant de la nation boer. Que penseraient les jingoës actuels de ce récit impartial?
« En 1840, un certain nombre de fermiers « dutch, mécontents du gouvernement du Cap, « quittèrent la colonie et allèrent s'établir dans
CONFÉRENCK DE l'aPPEL AU SOLDAT 387
tt le Natal, où le gouyernement anglais intervint a aussitôt en annexant la colonie. La plupart a des Boers, plutôt que de se soumettre, fuirent « de nouveau la domination anglaise et, travera sant le Drakenberg et la rivière du Vaal, y « fondèrent la République sud-africaine qui fut, « en 1854, reconnue par le gouvernement bri- (( tannique : Etat libre et indépendant. Le « nouvel Etat eut de nombreuses difficultés u avec les tribus cafres qui l'entouraient, d*où « résultèrent de nombreuses guerres jusqu'en c 1876. En 1876, le gouvernement anglais inter- « tnni encore comme il le prétendait en faveur des « noirsyei annexa le pays. Cependant les Boers « avaient, dans Finlervalle, augmenté de nombre « et étaient résolus, cette fois, à n'être pas encore a injustement citasses de leur pays^ et après trois 0 ans de préparatifs, la guerre éclata le 16 dé- X cembre 1880. Le résultat fut que partout où « Boers et Anglais se rencontrèrent^ ces derniers^ « quoique numériquement supérieurs^ furent nettec ment battus par les Boers. La paix fut faite en « 1881. »
Quoique que je ne pense pas que cette notice reparaisse dans Talmanacb Whitaker de Tan prochain, cette histoire du peuple boer par leurs pires ennemis restera pour moi définitive. La dernière guerre est le couronnement d'une longue série d'injustices. Aussi serait-il à la fois puéril et trop long d'entrer dans une discussion des fameux a griefs des uitlanders », soidisant causes du conflit. Ils se résument tous dans la formule : « Nous gagnons 25 francs par jour, nous voulons en gagner 50. » Voilà la
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aoble origine d'une Uilte oâi âOO.OOO soldats et 400 caftoos oBt bal tu 40.000 paysans et où, coBime l'a très biem dit un Français (i)» « à l'aabe des tempe nouveaux, un des plus gnuads peuples civilis^a a détruit, par ialétét^ uae nationalité ».
Dans ttft l^Yre du R. P. Coleneo, évéfue du Natal, oa Ut ceci : • La guerre zulu^ honteuse « pour nos avoMS, ignominieuse pour notre <( milisatioft et désbonorante pour notre bon (( renom, n*était pas nécessaire et partait ligus* « tifiée. C'est h dése^rer du bien final, de- voir « de telles satumalee de crimes et uBe telle « apothéose de ta force en ce bas monde. »
Ecrites en 1817, à propos de la guerre des Zulus, ces lignes s'appliquent exactement à. la situation actuelle. Plus loin on lit : « Sans doute (paroles du roi des Zulus, Ketschwayo) les Boers valent mieux que les Anglais, car Panda mon prédécesseur a été installé roi par les Boers, et est mort roi : taadîs que moi , Ketschwayo, j'ai été couronné par les Anglais, et alors que je n*ai régné que peu d'années, voilà que mon pays m'est enlevé, et moi, si je suis pris, je serai tué ou tran^iporté dans un autre pays. » Et il ajoute ces nobles paroles : « Je peux ôtre vaincu, mais la mort sera plus facile à supporter puisque je n'aurai pas été l'agresseur. »
Les Anglais ont été pour les noirs aussi durs qu'en pareille circonstance les autres nations civilisées ont couiuo»e de l'être. Pourtant, depuis que gr&ce aux Boers le Transvaal est
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(1) M. Branetiéfo.
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paciGé» le9 Aagtai» affichent un grand ameitr dies Cafh»s et une grande indignation des sévé* rites qu'aoïraient poar eu les Boers : aussi flattent-Us les noirs, ce qui a permis aux aina^ teiirs dUronie de voir les Basutos applaudir les troupes anglaises à leur entrée dans Bioem*' fontein, en eliantant : « Les Bretons ne seront jamais des esclaves I etc. »
L'histoire de l'Angleterre dans rAiriqoe du Sud n'a quie cent ans de date, mais e'est une hiistoÂre de saag et de larmes. Le sang qu'elle y a fait verser n'a d'égal que eelui qu'elle y a r^andu elle-miéme. Les cimetières vont s'y faire plus nombreux encore.
C'est que le capitalisme intematioiiala tr<Mivé dans le soldait anglais un instrument merveilleux. On cite en effet les empereurs romains qui se donnaient le spectacle des entretueries. On peut se demander si de leurs cabinets de la Cité, Mrs Eckstein, Beite et Robinson, etc., n'éprouvent pas légitimeokent, à lancer l'un contre l'autre deux peuples protestants, des sensatiieas d'autocrates. Les mots changent, maie les choses restent et avec des leviers plus pniesants les. passions continuent. La race juive aurait pu trouver dans l'analogie de son sort et de celui, des Boers errants des motifs, sinon de pitié, au moins de modération. Au contraire, le vampire JAÛf a été des premiers à s'abattre sur le pays: sa tête est ^ Johannisburg, avec les
gros capitalistes juifs de Hambourg et de Londres; son corps aussi avec les 25.000 juifs polonais teneurs de ces bars clandestins et de ces kaffir-stores, destinés à faire rendre aux noirs d*une main ce qu'ils reçoivent de Tautre; ses membres sont étendus sur tout le pays, avec les innombrables traders et prospecteurs dont rinfîltration a corrompu les campagnes. Les Boers avaient senti le péril et tenté de le conjurer, mais il est certain que Tavènement des Anglais annoncera définitivement Tinauguration de Tère juive au Transvaal.
C'est pour cela et pour ces gens-là que le soldat anglais a combattu. C*est que dans les veines du shop-keeper anglo-saxon, à Tappel du clairon, le vieux sang des pirates palpite encore et répond. Dans la dernière guerre, officiers et soldats se sont fait tuer comme, des héros pour des boutiquiap. Il y a en effet dans ces hommes du héros et ou commerçant. Cela a reparu diverses fois pendant la guerre. Le iO juin 1900, le général Louis Botha, commandanten chef des armées fédérales, reçut à son camp de Vandermerve, près de Pretoria, une lettre signée du secrétaire du commandant en chef anglais, où on lui proposait une pension de 10.000 livres à vie s'il déposait les armes. Il faut espérer (quoique cela semble difficile) que lord Roberts de Kandahar, grand-croix du Bain, etc., n'a pas trempé dans cette petite et vilaine intrigue destinée à humilier un vaincu qui répondit aussitôt a que c'était la plus grave insulte qu'il eût re- « çue de sa vie et que tant qu'il aurait 200 « hommes avec lui, il combattrait jusqu'au
rr^^w
CONFÉRENCE DE L'aPPEL AU SOLDAT 391
« bout ». Je puis affirmer le fait dont je fus témoin. Pourtant c'est le même lord Roberts qui, visitant à Jacobsdal un hôpital où il y avait des Boers, leur serre la main et dit ensuite aux infirmiers : « Soignez-les bien... vous savez, ils croyaient faire leur devoir! They thought they were doing right. » Tant Torgueil national touche parfois à Tinconscience chez ces modernes Romains mâtiné» de Carthaginois.
Sans doute un jour viendra où le colosse anglais mourra d'indigestion, mais ce jour est encore loin : il a encore bon pied, bon œil et bon jugement. Pendant que l'Europe se réjouit des « sacrifices énormes » qu'a dO^consentir la Grande-Bretagne, celle-ci s'en frotte joyeusement les mains, sûre de retrouver ici au centuple la valeur de sa mise.
Les Anglais que les Boers appellent pittoresquement c Rooies »,les <( Cous rouges », après une guerre qui sera loin d*<^tre pour eux un Iriom • phe militaire, vont faire uiin conquête territoriale qui sera pour eux un triomphe économique. Je voudrais y insister.
Peu dépeuples (de ceux que pareils aux Boers le destin a durement frappés) laisseront dans l'histoire un souvenir aussi vif, des leçons aussi héroïques, un exemple aussi durable. Aucun non plus n'a perdu en même temps que la liberté une aussi merveilleuse patrie.
39â l'aCTIOXI PRANÇàlSBL
Le Traosvaal coftsUtufi saoft doute le pays lie plus riche du moiideyàVlieiirfr présente,, ou pré* sefttani du moios le piia6.de ressource» dans soa SQusi-sol et sa suvface. Eui deàocs^ des uullianfe de JohaonÂsburg, Les richesses aigrieoles et. minières ia tout le pays sont infinies. « Kour smioPy quand nous peoçons un puits jfons aToir de l'eau, nous^ trouvaufi- du ehavbo», et q«umd nous ouvrons une earriôre pour avoir de la pierre, nous trouvons de Tor. » Les Anglais, qui connaissent depuis longtemps TAfrique, ont eu la chance de faire comprendre à leur gouvernement Timmensité des avantages de la conquête à faire. Cela parTinlermédiaire de Gecil Rhodes, « on unprincipled mao », un homme sans scrupuies, comme ils i'avouenli ouK-na^mes. Maisil y a longtemps que Gordoa a dit que c'étaient « ses aventuriecs qui avaieut.fait la grandeur de l'Angleterre »..
Alors ce seront des milliards et des milliards) qui, par un système de trusts et de compounds (dont l'Angleterre n*a pas voulu chez elle, mais> qui fleurit dans sescolonies),vont être oanalieés bient6tsurLondr6s«L'initiativeindividueUeeuFQ* péenne va. voir se fermer devant elle un de ses plus féconds champs d'eutrepri«es% Et le jour est proche où. TEurope apercevra Tirréparable faute par elle commise, en n'intervenant pas pacifiquement, quand il était temps encore. Il sera trop tard, et les Français, les- AUemaods, les Eusses et les Américains se trouveront une fois de plus dans la position de gens qui ont prêté de l'argent à 5 JK pour fonder une entreprise qui rapporte à d'autres 100 % •
CONFÉREirCE DE L'aPPZL AtJ SOLDAT 393
Malheureusement la France n*a cure de ces vétilles. Ud de mes amis m'écrivait qu'il avait la sensation que les événements de l'Afrique du Sud intéressaient beaucoup moins nos compa- Inole» qoe les neuvelleset faits divers.Les Français à t'étrang)^ ont, eirx, la sensation que nos nrtérèts ne préeccvpeiit guère »es ministres.
M. Delcassé tm veut plus < faire de sentiment ». Il ne comprend pias on ne veut pas oomprendre qu'il ne «'egit guère «n l'espèce des Boers, pour lesquefls novs ne ponervons en effet le^er plus ehevaleresquement Fétendard q»e notts ne loferions k>ules les fois q«'îl se commet une injustice quoique part; mais qu^ii s'agit d*UBe « injustice éconooiique d, et d'une des plus grandes jamais perpétrées :raccaparement par une puissance du plus riche ckamp de travail du monde. Bst-^ce là du'8entHnent?Le danger pour Madagascar que présagie la prise possible par TAtigleterre 4e Loui^enço-Marquez, dès qu'elle aura pris le Trawvaml, est très sérieux. Le colonel anglais HallefiOB, encoura* géant, dans une des dernières revues, son pays à e*emparer au plus tét de Madagascar, ajoute : « L'habitude q«^ la France 4e nous voir prendre ses cokmtes lui rendra la chose plus facile à supporter. » €e danger-là, est-ce encore du sentiment? Mais nos ministres tiennent surtout à la paix du monde, c'est4i-dire à leur pri^pre trasquillilé.
394 l'action prauçaisb
Que deviendra le peuple boer? L'Angleterre a-t-elle fait là une belle conquête ou s'est-elle attachée au flanc une nouvelle Irlande? Je pense que la conquête sera définitive, que la plasti* cité d'une part, Tinexpérience de Tautre du peuple boer, seront des obstacles à une révolte future : que la séduction d'une civilisation avancée sur un peuple jeune aidera puissamment l'Angleterre; que le jour enfin est loin,o(i dans 20 ans ou dans 50, grâce à sa vertu prolifique, la race deutch deviendra peut-être numériquement assez forte pour regagner pacifiquement son indépendance.
La dure assimilation s'exercera sur un peuple qui a de longues habitudes de résignation et de souffrance; sans doute aussi, il faut l'espérer, il recevra l'administration intelligente et libérale que l'Angleterre a la glorieuse coutume d'accorder à ses colonies. Les Boers imiteront leurs frères arrikanders, qui eux se sont bien soumis... Trouveront-ils dans cette abdication des avantages matériels, propres à les aider à oublier le passé? Gela est encore probable.
J'entends les Français s'indigner et réclamer de loin la continuation de la lutte, comme aux courses les spectateurs, à l'abri, demandent la mort du taureau. Soyons moins bruyants. Le sort des Boers ressemble fort à celui d'un autre peuple, nos fils du passé et nos frères encore, les Franco- Canadiens. Abandonnés jadis parla
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CONFÉRENCE DE l'aPPEL AU SOLDAT J395
France, comme les Boers le sont aujourd'hui par l'Europe, ils ont trouvé sous la règle anglaise, à défaut de leur ancienne et orageuse patrie, la paix durable et la prospérité.
Messieurs, ces noies ont été écrites en septembre 1900. Depuis, les Boers ont donné au monde le plus bel exemple de ce que peut produire une résolution farouche, alliée à une exaspération froide. LesAnglais, commettant en effet la plus grande faute qu'on puisse commettre, une faute politique, au lieu de proclamer au lendemain de la prise de Pretoria une amnistie complète, voulurent écraser par la force les derniers rebelles. Ils donnèrent Tordre de bri\ler les fermes et créèrent les fameux camps de concentration. Ils ne pouvaient rendre à la cause boer de plus grand service. Il faut se souvenir qu'un Boer n'est pas un Français, avec un état civil, des attaches, toute une mentalité. Un Boer est un nomade à peine arrêté. Sa ferme est tout pour lui, son bien, sa vie et celle de sa famille, l'héritage paternel, en un mot toute sa patrie. Qu'on la brûle, qu'on disperse sa famille, on fera de cet homme paisible un c outlaw », un « hors la loi », un désespéré, et un désespéré calme, comme sont ces gens, c'est-à-dire le plus dangereux des adversaires.
Quand je quittai le Transvaal, il y a un an ei
3d6 L'AcnoR riuiiÇiifSB
demi, j'entendis encore tous ces hommes me dire qu'ils étaient fatigués de la guerre, qu'ils voulaient rentrer chez eux, retrouver leurs femmes et leurs enfants. Trois mois plus tard, ils reprenaient la lutte avec Ténergie du désespoir. Ainsi les Anglais avaient vérifié une fois de plus le vieux mot romain : c Ubi solitudinem faciunt, pacem ajypellant. » Où ils ont fait la solitude, ils sont étonnés aujourd'hui de ne pouvoir proclamer que c'est la paix. C'est au contraire, et plus que jamais : la guerre !
La force finalement triomphera sans doute. Avec la destruction de ce petit peuple, se consommera bientôt la grande injustice sud-africaine. Sur les causes de la guerre, les griefs des deux partis, l'issue même de la lutte, les opinions peuvent différer. Sur un seu! point, tous peuvent tomber d'accord : c'est l'admiration du malheur, c'est un respect profond pour l'étonnante, l'inouïe, la prodigieuse infortune du peuple boer.
DU Breuil de Saint-Germain.
{Suite)
Pourquoi et comment aux termes de ses périginations M. de Montesquiou se trouvet-il transporté en pleine monarchie comme en un pa^s de rére ? C'est ce qu'il aurait été bien embarrasse de nous dire.
{Journal des Débats.)
QUEL EST l'ordre ? L'hOHHE, LA SOCIÉTÉ ;
OU : LA SOCIÉTÉ, l'homme.
Mais je prévois ce qui me sera probablement répondu : avant la société il y a Thomme ; avant de penser à la société, nous devons penser à l'homme.
Voilà, en effet, la- grande découverte en poli^ tique des temps modernes. « Avant de penser à la société, penser à l'homme. » Telle est la for* mule. Et ce qu'on appelle la marche, le progrès des idées, n'est rien autre que cette formule déroulant ses conséquences. Et les idées se trouvent être plus ou moins en progrès, plus ou moins « avancées », selon qu'on s'attache plus ou moins étroitement à cette formule, c'est-àdire selon qu'en pensant à l'homme, on oublie plus ou moins la société.
a L'homme, dit Spinoza, est quelque chose en soi, alors que TËtat ne doit son existence qu'à l'action concertée de la collectivité. De même que les parties sont avant le tout, ainsi Tindividu est avant TËtat. 9 Voira la formule commentée et justifiée. Par un sophisme, il est vrai.
AonoM raAKç. — t. ti. 27
Mais c'est sur un tel sophisme que repose la Révolution, et tout ce qui en découle.
Comment? un sophisme ! s'exclamera-t-on.
Prélendriez-vous quMl n'est point juste de dire que les parties soient avant le tout?
il est juste de le dire, mais seulement si vous parlez d'un ouvrage fait de main d*homme. Il est clair que pour faire un « tout », l'homme doit travailler d'abord à chaque partie de ce tout. Le statuaire ne peut faire une statue qu'en sculptant successivement chaque partie de la statue. Le menuisier commence par façonner les diverses parties d'une chaise, et il ne forme le tout, la chaise, qu'en réunissant ensuite ces diverses parties. Si donc la société est l'ouvrage de l'homme, évidemment la société ne pourra être formée qu'ainsi : l'homme s'inquiétera tout d'abord des parties, les hommes. Les réunissant ensuite if formera le touL, la société. De sorte que Tordre se trouvera être celui-ci : le créateur ou la cause, l'homme; le moyen, les hommes; l'effet, la société. L'homme par le moyen des hommes réunis fait la société. Conclusion : la partie est avant le tout, l'homme est avant la société.
Mais la nature ne procède pas ainsi. Or l'homme et la société ne sont pas l'ouvrage de l*homme, mais l'ouvrage de la nature. Aussi l'ordre se trouve-t-il renversé, et si nous reprenons la classification de cause, moyen, effet nous dirons : cause, la nature ; moyen, la société ; effet, l'homme. La nature parle moyen de la [société fait l'homme. Conclusion: le tout est avant la partie, la société est avant l'homme (1).
(1) ISi nous prenons le commeucement du genre humain.
Comment Thomme est-il, en effet, produit ? Par Tunion de l'homme et de la femme. Et par « produit » je n'entends pas seulement conçu, mais encore engendré, nourri et élevé. Depuis le moment de la conception, en effet, Jusqu'à un certain âge Tenfant, pour vivre, doit être nourri par la mère. L'enfant, pour vivre, a donc besoin que la mère lui soit conservée. La mère de son côté, pour être conservée à Fenfant, a besoin de la protection de l'homme. L'homme conserve donc la mère ; la mère conserve l'enfant.
La famille, voilà donc ce qui produit l'homme. Or la famille c'est une société, société embryonnaire, il est vrai, mais déjà société.
Mais la famille a elle-même besoin d'être conservée. Isolées, les familles offriraient peu de défense, et tendraient à disparaître. Réunies elles prennent de la force en se prêtant un mutuel appui.
Réunies les familles forment ce qu'on appelle véritablement la société.
Donc sans société point de conservation de familles; sans familles point de production d'hommes. Plus succinctement : sans société point de familles; sans familles point d'hommes. Conclusion : sans société point d'hommes. Impossibilité donc de dire : Homme! sans dire tout d'abord : Société !
Remarquons que « sans société point d'hom-
comment expliquer que le tout, la société, qui est composée de parties, d'hommes, puisse être avant la partie ? Ceci est le mystère de la création. Si on pouvait l'expliquer, il ne serait point un mystère.
mes » doit se traduire : « sans société point de production d'hommes. » Ce qui empêche qu'on retourne la chose pour dire : « sans hommes point de société. » Car « sans hommes point de production de société » est faux, l'homme n'étant pas celui qui a produit » la société, la société étant produite, ou si vous voulez, nécessitée, par la nature. Certes la société « suppose » l'homme pour la composer. Mais l'homme « suppose » la société pour lej^roduire. Et c'est là une différence capitale.
Ce qui fait qu'on a tendance à placer l'homme avant la société, c'est que seul Thomme importe. Mais nous disons aussi : seul l'homme importe. Et 'évidemment la société n'a aucune importance en elle-même. Evidemment elle ne prend son importance que de l'homme, elle n'est importante que parce qu'elle produit, c'est-à-dire crée et conserve, l'homme . Evidemment l'homme est le seul but à viser, le seul but à atteindre. Simplement qu'on n'oublie pas que pour atteindre ce but il n'est qu'un chemin : famille, société.
On Ta oublié et on a prétendu atteindre rhomme directement. En pensée il vous semble facile, en eflFet, de l'atteindre ainsi. Vous imaginez Robinson Crusoé dans son fie déserte, et vous dites : je vois un homme, je vois r « Homme », et pourtant je ne vois pas de société. C'est que vous regardez bien mai. S'il n'y avait pas de société vous ne pourriez contempler Robinson Crusoé, 1' c Homme », comme vous dites, car, sans société, l'Homme n'aurait pas été créé, n'existerait pas. Sans société vous
ne pourriez le contempler longtemps, car l'Homme en mourant, mourrait tout entier.
Imaginer un homme en dehors de la société^ c'est donc imaginer une chose inexistante, et qui même supposée existante serait très éphémère, et destinée à disparaître à bref délai de la surface de la terre.
C'est pourtant sur cette chose inexistante — un homme abstrait de la société — que la Révolution a raisonné; que l'on continue à raisonner depuis. Quoi d'étonnant qu'on raisonne à côté.
H résulte de ce qui précède que bien qu*on distingue d'ordinaire en politique de nombreux partis différents, il n'y en a et ne peut y en avoir que deux. Il n'y a, en effet, et ne peut y avoir que ceux qui disent : « La nature fait l'homme par le moyen de la société », et ceux qui disent : « La nature fait la société par le moyen de l'homme. » Ou prenant le moyen comme cause seconde, ceux qui disent : « La société fait l'homme », et ceux qui disent : « L'homme fait la société. » Ou abrégeant encore, ceux qui disent : « La société », et ceux qui disent : « L'homme. » — Bref il y a et ne peut y avoir que des conservateurs ou des anarchistes. A présent et depuis longtemps il n'y a guère que des anarchistes. (Qui ne parle, en effet, de 1' « Homme », des « Droits de l'Homme » ?)
On a coutume, il est vrai, d'employer ce mot d' « anarchiste » dans un sens plus restreint. Parmi ceux, en effet, qui disent : « l'Homme »,
on ne qualifie ordinairement d'anarchistes que ceux qui de cette affirmation tirent une explication du Bien et du Mal. Cette explication leur est fournie par Rousseau. Rousseau dit : « La nature a fait Thomme heureux et bon, la société le déprave et le fait misérable. » On le voit, l'explication est simple, La nature, c'est le Bkn. « Elle a fait l'homme heureux et bon. » La société, c'est le Mal. « Elle déprave l'homme et le fait misérable. » D'où les conséquences logiques : retour au Bien, à la nature; destruction du Mal, de la société.
Une fois cette explication donnée, comment ne pas applaudir à ce tableau vivant. Il est tiré d'une tragédie que l'on jouait quelque temps avant La Révolution. Un sauvage commence par y débiter en vers tout ce que VEmile et U Con-irai social renferment sur les rois, sur la liberté, sur les droits, sur l'inégalité des conditions. « Ce vertueux sauvage sauve ensuite le fils du roi sur lequel un grand prêtre levait le poignard, puis, désignant tour à tour le grand prêtre et lui-même, il s'écrie :
Voilà Thomme cÎTil, voici lliomme sauvage.
Sur ce vers, applaudissements, grand succès, tellement que la pièce est demandée à Versailles et jouée devant la cour. »
11 n'y a plus de théâtre de la cour. Mais nous avons un théâtre national. Et dans quelque temps, à rOdéon, nous pourrons aller applaudir « Résurrection ».
Parmi ceux qui disent : « THomme », les uns
donc détruisent la Société volontairement, consciemment. Les autres ne la détruisent qu'involontairement. Mais pourquoi réserver le mot d' « anarchistes » aux premiers seuls?