PARTIE PÉRIODIQUE
Il n*est pas nécessaire qu'une œuvre dramatique, comme toute œuvre d'arl, soit hors de discussion, ni exempte des résistances du public, pour être supérieure. Tout au contraire, le signe habituel de sa force peut être, précisément, ces résistances qu'elle éprouve ^des intelligences moyennes, et les objections que lui opposent les esprits cultivés. Et c'est cette espèce de bonne fortune qui arrive au Marquis de Priola, à la Fille Sauvage^ au Luxe des Autres, les trois œuvres dramatiques du moment qui sollicitent le plus la curiosité publique. Il n'en est pas des œuvres d'art comme des honnêtes femmes, dont on dit que le mérite le plus éclatant est de ne jamais faire parler d'elles* On parle partout et non sans passion des comédies de M. Lavedan, de M. de Gurel, de MM. Paul Bourget et Henri Amie. Cette discussion passionnée, qu'elles provoquent, est une présomption de leur mérite.
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Les gens de goût ne se sont pas laissé détourner des beautés du Marquis de Priola par les chicanes de la critique. Pour nous, qui avons eu tant de plaisir à savourer la finesse d'esprit, la malice, Thumeur narquoise et Pacuité d'observation de M. Henri Lavedan, à travers ses œuvres antérieures, nous avouons avoir éprouvé une surprise agréable de la puissance de conception où il a atteint, tout d'un coup. Le Pririce élAurec^ les Deux Noblesses^ même cette Catherine un peu exagérée dans son honnêteté, nous avaient avertis que M. Henri Lavedan s'intéressait à autre chose qu'aux frivolités et aux raffinements de la vie mondaine. Le Marquis de Priola témoigne, définitivement, de son aptitude à traiter les grands sujets.
Son invincible conquérant d'amour a rappelé le Don Juan de Molière à tous ceux qui se piquent de souvenirs classiques. Et la comparaison allait de soi, puisque les deux personnages font profession de subjuguer toutes les femmes. Le Marquis de Priola cependant diffère sensiblement du grand libertin de Molière. Il est bien de la fin du xix« siècle. Il a senti l'amer néant des abus de la sensualité, qui est le secret martyre de tous les voluptueux professionnels de son temps. Et c'est une autre sorte de jouissance que les délires de la luxure qui stimule sa chasse infatigable d'homme de proie.
Un orgueil frénétique est à la racine de toutes les émotions, de toutes les exaspérations de sa