PARTIE PÉRIODIQUE
la réalilé. Et peu de jeunes gens seront tentés de le prendre pour modèle, puisque ce grand conquérant est condamné, par la multitude de ses expériences, à ignorer les véritables délices du cœur.
On peut se plaindre que M. François de Curel porte au théâtre de trop hautes ambitions intellectuelles. 11 demande peut-être un effort d*attention excessif à des gens qui n'usent du théâtre que pour leur divertissement. On ne peut pas lui reprocher, cependant, d'être inférieur à ses ambitions, ni de se désintéresser des plus graves inquiétudes de son temps.
Dans la Fille Sauvage^ son imagination s'est aventurée hardiment hors du domaine de la réalité matérielle. Mais s'il ne s'est pas égaré, hors de la vérité, dans le domaine des idées, on ne court pas grand risque à le suivre dans ses explorations, à travers le possible. Et il n'y a pas à bouder contre son plaisir, si l'étendue des idées qu'il fait embrasser est un peu hors des communes proportions.
Puisqu'on fait crédit de tant d'invraisemblances aux vaudevilles, s'ils font rire, on peut bien lui faire crédit des étapes trop rapides entre la sauvagerie primitive de son héroïne et l'extrême civilisation qu'elle acquiert, en échange du haut enseignement qui en résulte. Et on ne
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risque rien de jouir, jusqu'à Tenthousiasoie, des fortes idées qu'il expose, par le moyen de sa fiction dramatique.
Or c'est tout le problème de la pensée d'aujourd'hui, c'est toute la crise de nos croyances, que M. de Curel a voulu traiter, dans la Filk Sauvage. Et, étant admise l'hypothèse que sa petite reine des bois, affranchie de sa barbarie et des impulsions de sa bestialité par la sage discipline du couvent et les pratiques bienfaisantes de la piété catholique, puis privée de la foi, mais exaltée par Tadmiration des chefs-d'œuvre de la pensée humaine, et enfin insuffisamment pourvue d'idées supérieures pour se préserver contre le réveil des instincts primitifs, que la foi religieuse ne contient plus, l'œuvre de M. de Curel nous offre assez bien le tableau raccourci de l'état actuel de la conscience humaine. Bien que M. de Curel se défende de conclure, puisqu'il s'en tient aux simples constatations, par prudence et loyauté scientifiques, il ne nous oblige pas moins à des déterminations personnelles sur les faits qu'il vient de nous soumettre. Et il ne se peut guère que, de l'expérience dont il nous a rendus témoins, nous nous opposions à l'idée que l'homme, discipliné par le catholicisme, s'il s'en affranchit, sans avoir acquis une culture supérieure, redevient en proie aux instincts cruels de la barbarie, sous la forme d'une anarchie consciente et désespérée.
Seul un être d'élite et de très haute culture, comme l'explorateur Paul Moncei, qui s'est fait l'éducateur de la Fille Sauvage^ trouve en sa