PARTIE PÉRIODIQUE
vie mondaine, l'a rivé aux besognes absorbantes du journalisme lucratif. Ilsoutient.allégrement, son labeur de forçat. Le bonheur de sa femme, de sa fille, qu'il projette de marier prochainement à un jeune cousin, lui donne assez de joie pour qu'il fasse bon marché de l'espèce d'avortement de son talent.
Cependant Mme Le Prilleux h d'autres projets pour sa fille. Elle prépare son mariage avec le jeune Faucherot, petit snob millionnaire, dont la maman, enrichie dans le commerce, s'applique à s'introduire dans le grand monde, malgré son défaut d'éducation première, auquel vainement elle s'étudiera à remédier. Et comme la jeune fille résiste, parce qu'elle aime son cousin et qu'elle préfère la vie simple aux fastidieuses agitations de la vie mondaine, Mme Le Prilleux la rend docile à ses vues, en lui apprenant de quelles dettes énormes il y a moyen de libérer le ménage, sans que son père puisse s'en douter.
La jeune fille s'immolera donc à la douceur et à la tranquillité de son père. Mais celui-ci découvre la cause de la détermination de son enfant. Sans une parole de blâme pour sa femme, il refuse le sacrifice de son enfant. Il vendra son patrimoine, où il espérait se retirer, pour payer ses dettes. Et sa fille se marier aselon son cœur.
Tous les personnages de ce drame intime sollicitent nos sympathies. Mme Le Prilleux même, malgré son imprévoyance, est si honnête, si vraiment éprise de son mari, qu'on ne saurait la condamner. Et celte grotesque Mme Fau-
cherot est si bonne femme ! Mais Reine surtout, la jeune fille, est charmante. Tendresse, réserve, fierté, profondeur de sentiments, énergiedans le malheur, douce soumission à la destinée, jugement droit et sain, elle a tous les nobles dons de la jeune fille et toutes ses grâceî^. M. Paul Bourget, avec sa délicatesse de cœur habituelle, lui a prodigué tous les charmes, afin qu'elle fût Tenchanteresse qui offre, en elle seule, le trésor de toutes les joies.
Ainsi s'applique-t-il, par une conception si séduisante de la jeune fille, à rendre aux Français le goût de la famille, qu'il tient pour la condition essentielle de notre renaissance nationale. Et sans professer un ennuyeux humanitarisme, on le sent préoccupé d'employer son tendre et ferme talent à rappeler aux hommes obstinément les véritables lois de leur bonheur.
Félicien Pascal.