‹ L'action française (volume 2)Chapitre 89 sur 180 · DE M. ALBERT VANDAL · texte numérisé non relu

DE M. ALBERT VANDAL

Diplomatie française et diplomatie révolutionnaire.

Il ne aous est pas permis de ranger M. Albert Vandal au nombre de nos amis politiques, mais il nous a donné à plusieurs reprises des marques d^amitié personnelle qui nous ont été précieuses. Nous saisissons avec plaisir une occasion qui se présente d^approuvér Téminent historien.

M. Albert Vandal a publié, le 3 avril dernier, en tête du Gaulois^ une étude sur Thistoire des relations de notre France et de TAutnche (i). Comme on va le voir par le fragment qu'il nous pardonnera de reproduire sans le prévenir, M. Albert Vandal donne tout à fait raison à quelques-uns de nos goûts les plus prononcés et de nos dégoûts les plus vifs. Il collabore ainsi, sans le vouloir peut-être, mais uoQ sans le savoir, à la réhabilitation générale de I ancienne France, de son gouvernement, de ses traditions ou de ses mœurs politiques, même aux temps les plus décriés. Notre dernier numéro donnait, sur Louis XV, des notes pénétrantes de M. Richard Gosse. Lés conclusions Je M. Albert Vandal apportent aux fortes pensées de notre ami un appui qu'il n'attendait pas.

Laissons parler M. Vandal :

On ne dira Jamais assez quel mal tirent à la France, considérée dans ses intérêts extérieurs, les historiens et les polémistes de l'école révolutionnaire. Leur tort, leur égarement fut d'ap-

(I) A ppnpos de la brochure de M. Cheralame, VAle^ magne^ la France et la Question d'Aulrichp.

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porter, dans leur façon de concevoir et de traiter les questions internationales, des préoccupations de politique intérieure, l'esprit et les dogmes de leur parti. En haine de VAiUriche^ u/tramontaine^ ils vantèrent continuellemenl la Prusse protestante^ filk et élève du roi philosophe. Cette conception aveuglante les conduisit à ériger Tanachronisme en système. Parce que l*Autriche de Charles-Quint et de Ferdinand, dont les Ëtats formaient à eux seuls une coalition, avait pesé formidablement sur nos frontières, ils en conclurent que TAutriche restait en face de nous la rivale tradilionnelle, Tennemie de tous les temps, sur laquelle les coups devaient porter. C'est dans ce sens que nous avons appris Thistoire au collège, et c*est sous Tempire de cette hallucination que des générations ont vécu. Or, depuis le commencement du XVIII" siècle, TAutriche séparée de TËspague, contenue en Italie, contre-balancée en Allemagne, ne nous menaçait plus, et un accord avec cette puissance sur le retour, mais encore imposante, nous eût servi à réprimer de jeunes et dangereuses cupidités.

Au lendemain des traités d'Utreclit, après la liquidation de l'héritage espagnol, Torcy écrivait, avec une merveilleuse prescience de l'avenir, que la rivalité des maisons de Bourbon et de Habsbourg devait être reléguée désormais au nombre des faits historiques, que la situation profondément modifiéeappeJait des combinaisons nouvelles. Il est vrai que la royauté française ne comprit pas d'abord cette parole de prophète. En 1741, pendant la guerre de la suc-

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cession d'Autriche, Louis XV devança la faute de Napoléon III à la veille de Sadowa : se laissant prendre aux avances de Frédéric II qui savait à propos velouter sa main de fer, il aida la Prus»e à s*agrandir aux dépens de rAulriche; le maréchal de Noailles lui avait dit pourtant ce mot profond : c Sire, déôez-vous des Etats dont la fortune n^est pas faite. »

La royauté française eut toutefois (1) le mérite de reconnaître son erreur et elle essaya de la réparer, lorsqu'elle fit alliance avec Marie- Thérèse, en 1756, pour arrêter la Prusse et refréner les ambitions de son roi. Cet accord, con^ du sous le principal de Mme de Pompadour^ fut qualifié par Técoh révolutionnaire de politique d'aïcive. Il faut le dire cependant, les conseillers de la Fompadour, Bernis et Choiseul, avaient raison con^ tre Voltaire, contre les philosophes et les encyclopédistes, contre ces maîtres de V opinion qui organisaient une colossale réclame en faveur de Frédèik et de Ca-

(1) Nous avons souvent pris la peine de sp^ifier notre conception des erreurs royales. Le prince héréditaire n*est certainement pas infaillible. Mais, par position, par fonction, il est plus intéressé que personne à corriger ses fautes aussitôt qu'il les a découvertes, un acte contraire au bien national étant au* si un acte contraire à son bien propre. — Napoléon III, qui laissa se créer Tunité aile* manie après avoir créé l'unité italienne, avait agi en philosophe humanitaire, en lieuteuant de la Révolution européenne, en homme d'Etat romantique, non en prince, ni en Français. La faute de Louis XV était un accident, né d'une erreur matérielle ; la faute de Napoléon III, un système né de sa propre incapacité à régner. L'assimilation de deux faits aussi distincts est le seul point qui soit sujet à la critique dans cet admirable fragment de M. Albert Vandal. — Cii. M.

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therine II bouleversant V Europe au détriment de nos intérêts traditionnels. Les plus insignes représentants de Vesprit français se firent alors les grands ennemis de la puissance française.

Après 89, malgré Valmy, malgré le manifeste de Brunswick, les politiques de la révolution s'orientèrent constamment du côté de la Prusse. Le préjugé était tel que le jour où Bonaparte se fit décerner le pouvoir consulaire, il donna aux troupes de Paris, comme premier mot d'ordre, ces deux noms Frédéric II et Dugommier,

En 1815, au congrès de Vienne^ TaUeyrand eut le bon sens de revenir à la tradition quil avait recueillie des lèvres de Ghoiseul sous les ombrages de Chanteloup, La France était vaincue^ épuisée; il n'hésitn pas cependant à lier partie avec l' Autriche et l'Angleterre pour protéger la Saxe contre la voracité prussienne; il estimait que le meilleur moyen de se faire respecter quand on n'est pas le plus fort, c'est d'être le plus honnête. L'événement des Cent-Jours et les exigences de Vopinion ramenèrent presque aussitôt notre politique dans d'autres voies.

Chez Louis-Philippe, l'alliance autrichienne était la pensée de derrière la tête; les préjugés réciproques entre les deux pays la rendaient impossible. Laguerre de Crimée parut offrir l'occasion de la réaliser. Drouynde Lhuis, qui avait hérité de TaUeyrand la tradition reçue de Ghoiseul^ la tradition des sages opposée à la tradition d' erreur ^ voyait dans lesaffaires d'Orient un terrain de rapprochement avec l'Autriche et un moyen de fixer la France à une politique de conservation européenne. Après la paix de Paris, en 1856, 5* Napo-

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