LETTRE AU DIRECTEUR
A Monsieur le Directeur de X Action française.
Monsieur,
Lecteur très attentif et très intéressé de Y Action française^ j'ai été ému de voir reprocher, dans votre dernier numéro, à certains disciples de M. Le Play, leur méconnaissance du rôle de TEtat et leur indifférence touchant les formes de gouvernement.
Il se peut que le petit groupe (très distingué, mais très restreint, d'autant plus distingué que restreint) de M. de Tourville et de la « Science sociale ^ ait arrêté sa nomenclature des phénomènes sociaux à la Commune ; mais, en ce faisant, il ne s*est assurément pas montré fidèle aux traditions de M. Le Play.
Ce grand observateur de la vie sociale, sur trois volumes composant sa Réforme sociale^ en a consacré, en effet, un entier au gouvernement. Et quiconque prendra la peine de lire ce volume pourra constater qu'aucun problème de la vie publique (souveraineté, bureaucratie, centralisation, droit de suffrage, affaires intérieures et extérieures, armée, flotte, colonies, fînan* ces,etc.) n'a été omis ou même atténué dans ce
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qu^il a d'essentiel. Comment oublier, par ailleurs, que M. Le Play a été un des premiers etdes plus hardis à attaquer dans tous ses ouvrages, spécialement dans son Organisation du travail^ les fausses notions de liberté, d'égalité, de démocratie et à critiquer le célèbre livre de Tocqueville consacré à leur apothéose? C'était bien, il semble, saisir dans sa racine le mal politique qui nous ronge et, pour employer une de vos expressions favorites, dissiper les nuées trompeuses qui obscurcissent notre horizon politique.
Il est vrai que Tapôtre de la réforme, désireux de réunir et de concilier toutes les bonnes fois et toutes les bonnes volontés, a adouci volontairement certaines données particulièrement irritantes des problèmes constitutionnels. Il est vrai également que, voyant le salut dans une lente refonte des idées fondamentales, il a détourné ses lecteurs de le chercher dans la conquête violente d'une meilleure forme de gouvernement. Mais il ne méconnaissait pas l'importance des formes de Gouvernement. Ecrivant sous l'Empire, il a loué l'Empire d'avoir rétabli la forme héréditaire conseillée à la fois par les « traditions séculaires de notre race et parla « pratique actuelle des grandes nations modè- € les » [Réforme sociale ^ch, lxvii, § xviii). Ecrivant après la chute de l'Empire, il a formulé le vœu de voir « les Français commencer leur réforme a en écartant une fois pour toutes les embaru ras inextricables qu'entrainentdans les condi- « tions spéciales où ils sont placés, les choix « périodiques du chef de TEtat. La monarchie « transmise par voie d'hérédité, selon l'ordre