‹ L'action françaiseChapitre 111 sur 189 · FRÉDÉRIC NIETZSCHE · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC NIETZSCHE

Je croyais l'idée de ce mythe si purement conforme aux sentiments u socialistes » et « archistes » de notre race qu'on ne la pût nourrir ailleurs. Mais voici, me dit-on, qu'elle est professée en Allemagne par un étrange écrivain de race slave appelé Nietzsche (1).

C'est à peine si j'ai feuilleté ce qu'on nous a donné de Nietzsche. Et il me souvient cependant d'avoir noté dans son « Cas Wagner », publié en

(1) Ecrites trois ans après les Serviteurs, en 4894, ces lignes procèdent d'une idée assez fausse de la philosophie de Nietzsche. Incohérent, tumultueux, confus, l'illustre romantique allemand, qui a d'ailleurs aidé tant de jeunes Français à sortir du germanisme et du romantisme, est loin de concevoir le monde, comme on Ta fait ici, sur le type d'une immense réciprocité de services, M. Pierre Lasserre en fait la juste observation dans son fragment « De la Hiérarchie » paru le 15 mars dernier dans y Action française. Page 465 de cette analyse profonde, on voit que, pour ce Nietzsche, encore barbare et tout pétri de judéo-germanisme, a un peuple, une race... ne sont » que la matière gâchée par la nature en travail de trois )) ou auatre grands hommes ». La conception classique exposée par M. Lasserre, plus vraie, est aussi plus humaine. Oui, les grands hommes, oui, les maîtres sont des chefs-d'œuvres auxquels l'humanité entière a concouru : mais ils ne seraient point des maîtres véritables si le fait seul de leur essence, de leur présence, ne rendait généreusement à la nature et au genre humain ce que celui-ci et celle-là dépensèrent pour les susciter I {Note de 1901.)

1888, mais traduit chez nous seulement en 1893, de curieuses rencontres sur la philosophie de l'art avec les thèses esthétiques qu*il m*est arrivé de soutenir en 1891 au moment de la fondation de Técole romane, de concert avec mes amis MM. Jean Moréas, Raymond de là Tailhède, Ernest Raynaud et Maurice du Plessys.

J'avais écrit les Serviteurs à Tautomne de 1891, et ils parurent dans la Revue bleue du 30 avril suivant. — Est-il possible, me dit-on, que vous ne connaissiez pas Nietzsche? — Mais c'était la première fois que j'entendais ce nom. Ce Nietzsche est un Sarmate ingénieux, éloquent et assez subtil. Quoique d'esprit bizarre, il n*apu lire sans profit notre Platon. Cependant l'effroyable désordre de sa pensée finit par le conduire à un anarchisme orgueilleux. Sa naissance l'y destinait. Fidèle à cette barbarie, il est même devenu fou. J'ai tenté, au contraire, les triomphes de la rsiison.

S'il me fallait invoquer ici d'autres modèles que ceux que j'ai reçus de mes maîtres français ou grecs et latins, je me référerais à ces lignes si belles de l'auteur du Colloque entre Monos et Unu: « En dépit de la voix haute et salutaire » des lois de gradation qui pénètrent si vive- 3» ment toutes choses sur la terre et dans le ciel, » des efforts insensés furent faits pour établir » une démocratie universelle....»

Charles Maurras.

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