‹ L'action françaiseChapitre 135 sur 189 · A VONS-NOUS UN GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

A VONS-NOUS UN GOUVERNEMENT

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Il D'y a de gouvernement que là où il y a longue pensée. Gomme dit Balzac, en efTet, « la patience est ce qui chez Thomme ressemble le plus au procédé que la nature emploie dans ses créations ». Or ce qui dans la vie d'un homme est représenté par une minute est représenté par des années dans la vie d'une nation. C'est donc, quand il s'agit d'une nation, une longue patience qu'il faut pour créer. C'est donc, pour guider une nation dans le moindre de ses efforts créateurs, une longue pensée dirigeante qu'il faut, plus longue que la durée de pouvoir de n'importe quels gouvernants.

Or toute pensée implique une succession et une durée : succession de phénomènes, durée de l'esprit qui relie entre eux ces phénomènes. La longue pensée que doit être un gouvernement n'est donc possible que si, pendant que les phénomènes humains, ministres et hommes d'Etat, se succèdent, quelque chose, comme Tesprit dans Thomme, se continue pour mettre entre eux le lien nécessaire.

Cette condition de la pensée, durée dans la succession, se retrouve assez nettement et dans une dynastie, et également dans un corps héré-

ditaire comme est une aristocratie. Or nous n'avons actuellement au pouvoir ni aristocratie, ni dynastie/ et c'est pour cela que cette question se présente tout naturellement : « Avons-nous un gouvernement? »

Et tout d'abord considérons ce que nous donne le suffrage universel. Dans une nation, certes, il semble bien, qu'alors que les générations disparaissent et se remplacent, quelque chose, tout en se transformant et en se modelant au cours des siècles, persiste; quelque chosequi fait par exemple que la France d'aujourd'hui, quoique bien diiTérente de la France des siècles passés, se sent pourtant encore la même France ; quelque chose qu'on peut qualifier d'âme du pays, de conscience nationale. Si cette conscience nationale on pouvait pour ainsi dire la capter et la matérialiser pour en faire le principe dirigeant du pays, manifestement on assurerait ainsi la condition de durée dans la succession — durée de cette conscience dans la succession des générations — que veut toute pensée. Ce qui veut dire que si le suffrage universel nous donnait l'expression delà conscience nationale, il nous donnerait par là même un gouvernement. Mais — et c'est là un fait que je tiens seulement à constater sans en rechercher ici le pourquoi, et qui me semble difficile à contester — de môme que le physiologiste penché sur le corps humain interroge en vain chaque atome pour trouver l'àme, c'est en vain que penchés sur les urnes nous cherchons à recueillir l'àme de la nation. Les atomes humains interrogés nous donnent la somme des

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