AVONS-NOUS UN GOUVEHNEMENT
raisons particulièi^s, mais non la raison sociale; c'est-à-dire qu'ils expriment ce qu*il y a dans la nation d'essentiellement changeant et éphémère, mais non ce qu'il y a de permanent, ce qui seulement pourrait donner naissance à quelque pensée dirigeante.
Est-ce à dire, puisque nous vivons sous le régime du suffrage universel, que nécessairement il n'y ait pas en France de gouvernement ? Non point; car il se peut trouver,en dehors dece que donne le suffrage uni versel^ quelque corps non élu qui, par les caractères qu'il présente, ait figure de gouvernement.Et,en effet, il se trouve un telcorps.'c'est la franc-maçonnerie. Groupant ses membres autour de principes spirituels et moraux, elle n'est point, comme ce qui sort du suffrage universel, l'expression de choses éphémères et changeantes, mais elle est l'expression d'une idée qui se prolonge à travers les générations; et par cela même elle est capable de cette patience dont parle Balzac, et qu'il faut pour créer; elle est capable de gouverner. Seulement il se trouve que ce qu'elle poursuit n'est point une création, mais une destruction, l'idée sur laquelle elle est constituée étant la négation de toutes les traditions de la France. De sorte que ce qui seul,sous le régime du suffrage universel, est actuellement en état de donner à la France un gouvernement, n'est en état de lui donner qu'un gouvernement antinational.
Pourtant, objectera-t-on, si véritablement la franc-maçonnerie est actuellement seulecapable de gouverner, comment se fait-il alors que lorsqu'elle ne réussit pas à accaparer le pouvoir, et
que c*est par exemple Méline qui le détient. — et ici nous prenons Méline comme type de ce qu'on est convenu d'appeler la République honnête, — pourtant tout se maintient dans Tordre, comme si la RépubKqtte honnête était un gouvernement? Il estvrai;mais c'est qu'il ne faut pas oublier que pour distribuer Tordre au jour le jour il y a l'administration. Lorsque la France n*est plus gouvernée, mais qu'elle est seulement administrée, cela ne se manifeste donc point par une explosion d'anarchie: il s'ensuit seulement une lente, par là même peut-être insensible, mais continue décadence. L'administration est, en effet, une machiiie trop massive, d'un rouage trop compliqué, pour se prêter facilement aux multiples transformations que demande tout progrès. Chaque partie du mécanisme ne fonctionne parfaitement qu'à la condition qu'on ne lui demande chaque jour que le même travail, ou que si Ton y change quelque chose, ce ne soit qu'avec une lenteur et des précautions infinies ; lenteur et précautions qui font qu'un pays qui n'est actionné que par son administration reste quasi immobile au milieu des autres nations qui marchent, ce qui pour lui revient à déchoir.
Cependant, malgré la merveilleuse complication de la machine à distribuer Tordre et à résoudre les questions qu'est l'administration, tout n'a pu être prévu au moment où elle a été construite, et malgré la multiplicité de ses rouages, son action n'embrasse qu'un champ délimité, car lorsqu'une affaire se présente qui n*avait pas été prévue, la machine se montre impuissante. Alors seulement c'est l'explosion