AVONS-NOUS UN GOUVERNEMENT
d'anarchie, et alors seulement le pays comprend, ce que Tordre administratif lui cachait jusque-là, qu'il n'a pas de gouvernement. Si, en effet, inquiet de voir la question rester sans solution, il jette un regard anxieux vers ce qu'il croyait être un gouvernement, c'est-à-dire un arbitre auquel nulle question importante pour la nation ne pent être étrangère, il voit Tarbilre se récaser, ou s'efforcer de cacher son impuissance en niant qu'il y ait une question, en s'écriant par exemple : « Il n'y a pas d'affaire Dreyfus ! »
Ceci, si ce n'était si dramatique, me rappellerait un vieux conte du moyen-âge, intitulé la Farce du cuvier, 'où l'on voit un mari qui s'est engagé envers sa femme, au moment où il s'est uni à elle, à exécuter ponctuellement toutes ses volontés, pourvu qu'elles fussent à l'avance consignées dans un « rolet », c'està-dire une sorte de charte dans les limites de laquelle il sera esclave, au delà de laquelle il ne sera soumis à aucune obligation. La femme a donc dressé un rolet le plus circonstancié possible, où tout est prévu ou semble l'être, — et ceci est bien une image de notre administration, — et le mari s'y conforme strictement. Or un jour voici qu'elle tombe dans un cuvier, et aussitôt de supplier : « Tirez-moi de là ! » Et le mari de répondre : « Cela n'est pas dans mon rolet. » — « Secourez-moi, je vous en prie! » Et le mari de relire tranquillement son rolet, et à chaque supplication de sa femme : « Cela n'est pas dans mon rolet. » — « Je me meurs ! » — <i Cela n'est pas dans mon rolet. » — « Ne m'ai-
mez-Yous plus? » — « Cela n est pas dans mon rolel, »
Ces mots : « Cela n'est pas dans mon rolet » ne sont point autres que les mots : a II n'y pas d'affaire Dreyfus. :» Comme cette femme, la France se croyait bien en sécurité pour avoir longuement circonstancié le rolet de son administration. Mais voici qu'elle n'avait pas prévu qu'elle tomberait dans le cuvier. Et alors elle comprend ce qu'il y avait de danger à s'affranchir de tout pouvoir marital, puisque c'était en même temps s'affranchir de la protection que doit le mûri en toutes circonstances,et non seulement en des circonstances déterminées; elle le comprend lorsqu'ayant appelé au secours, elle s'entend répondre: «Ce n'est pas dans mon rolet. — Il n'y a pas d'affaire Dreyfus. »
Ce cri, sous divers vocables, — ce sera par exemple demain : « 11 n'y a pas de question sociale », — nous sommes donc destinés à l'entendre chaque fois qu'une affaire sortira des limites du rolet, et qu'il n'y aura pas pour la résoudre un pouvoir marital , je veux dire un gouvernement. Ce qui, dans l'état actuel des choses, se présente chaque fois que la francmaçonnerie ne détient pas le pouvoir. Entendons bien que je ne veux pas avancer par là qui si les libéraux sont impuissants à résoudre les questions, c'est qu ils y sont inaptes comme étant moins hommes de gouvernement que les jacobins. Non ; ce que je veux seulement dire, c'est qu'ils sont impuissants parce qu'ils n'ont point entre les mains de gouvernement, tandis que les jacobins en ont un, la franc-maçon-
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