DE CHARLES FOURIER
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La raison d'être de V Action française^ énoncée dès son titre, est de rassembler, dans un but de salut national, toutes les forces nationales d'origine. Des collaborateurs nous sont venus des points les plus opposés de l'horizon intellectuel. Sur les plus hautes questions qui préoccupent la conscience individuelle, des abîmes séparent cheas nous les meilleurs amis. 11 semble cependant qu'en politique l'accord est fait ; il semble que toute doctrine véritablement organique nous appartienne par quelque endroit. En voici une, abondante en chimères, féconde en vérités, qui, groupant autour d'une grande mémoire un petit nombre de disciples actifs et désintéressés, mérite d'être mieux connue.
Les fouriéristes ont célébré, il y a quelques jours, l'anniversaire de leur Maître. Depuis soixante-quatre ans, ils n'y ont jamais manqué. La bannière phalanstérienne aux couleurs de l'arc- en-ciel sur fond d'argent est, chaque 7 avril, déployée devant la petite tombe du cimetière Montmartre et, le soir, en un banquet que n'organise toujours pas « le grand Gastrosophe », des discours pieux sont prononcés.
Rien de plus touchant que ces commémorations. Elles paraissent fréquentes dans ce Paris qui se vante de son athéisme et ob vivent côte à côte toute les religions de l'humanité. Avec moins d'apparat et de décor iitur-
gique que les comtistes, les fils de Fourier se sont donc groupés en une « Ecole sociétaire ». Ils s*y révèlent, avec plus de prudence, les dignes hériliers du philosophe le plus organisateur qui fut jamais.
Il est vrai que Fourier part des mêmes principes que les dangereux optimistes du dix-huitième siècle : « La raison de Thomme est infaillible. . . Le mal, c'est l'ignorance... La raison humaine doit pouvoir comprendre tout ce qu'elle sent le désir et le besoin de comprendre... L'attraction est la loi générale. Ecrite au cœur de tous, elle révèle perpétuellement et unitairement la volonté de Dieu. Elle pousse chaque être dans sa voie; elle luiindique sa destinée. » Ainsi résume les axiomes fouriéristes Hippoiyte Renaud,Ie meilleur vulgarisateur de l'Ëcole.
A quoi bon, pour la centième fois, s'attarder à ces faux dogmes? La bonté originelle de l'homme conserve-t-elle beaucoup de croyants, en dehors même de la foi chrétienne, dans le siècle de Darwin et de Le Play? Les anarchistes seuls la peuvent défendre encore; et Ton verra que Fourier fut, à la lettre, le contraire d'un anarchiste. Sans donc nous embarrasser de contradictions fréquentes en un autodidacte, fatales en un système aussi vaste, il faut venir à ce qui nous unit. Le seul en-tête du journal, la Bènovaiion^ que dirige l'un des chefs de l'Ëcole, M. Âlhaiza, nous fournit déjà un terrain d'entente. Il inscrit au-dessous du titre ces propositions où se résume, semble-t-il, toute la doctrine •
« La série distribue les harmonies. »
LE nationalisme.de ch. fourier 727
« Les attractions sont proportionnelles aux destinées. »
a L'attraction vient de Dieu. »
[Charles Fourier,) « Programme humanitaire : Notre doctrine embrasse tous les rapports sociaux, industriels, civils, politiques, moraux et religieux. »
(F. Considérant,) <c Bases sociétaires : Capital, travail, talent. >»
{C. Fourier,) « Perfection du corps social : Harmonie par la Liberté, hiérarchie dans l'Égalité, responsabilité dans la Solidarité. >»
(Hipp. Destrem,) Certes, voilà un beau programme! Jenedis pas qu'il soit clair en toutes ses parties; peut-être aussi semble-t-il un peu vague ; mais, du point de vue qui nous intéresse en la crise actuelle, n'est-il pas curieux de remarquer que la dernière proposition pourrait être également signée des penseurs dont se réclament les nationalistes réfléchis? Parfois aussi éloignés d'entre eux, quant aux croyances métaphysiques, qu'ils le sont de Charles Fourier, mais réunis dans la même vérité sociale, tous, Maistre, Bonald, Taine, Renan, Auguste Comte, Le Play, Charler> Maurras, estimeraient le profond génie organique qui, d'une œuvre d'ailleurs confuse, dégagea un sens aussi net. Ces beaux mots d'Harmonie, de Hiérarchie, de Solidarité, comme ils paraissent vidas et prétentieux aux métèques du cosmopolitisme dirigeant! Mais à quelle profondeur ils descendent dans les consciences françaises, par tant de profondes
racines reliées aux générations du passé 1 Si, entre ces trois noms admirables, il faut marquer celui qui, pour être prononcé, exigeait le plus grand courage, n'est-ce point le nom de la Hiérarchie ? Fourier savait bien que là est la condition nécessaire de l'Organisation, c'est-à-dire de la Vie. Après un regard à cette Liberté dont, à vrai dire, nos Français ne se soucièrent jamais, il va droit à leur envieuse, à leur ignoble idole, il dit à TEgalité : u Tu te plieras à la Hiérarchie ou tu ne seras pas. » C'est, sous une autre forme, la grande parole de Thomas d'Aquin : <c Dieu n*a mis l'Egalité nulle part : il a placé l'Equité partout .»
Où n^éclate pas moins le sens politique, sagace et « averti » du réformateur, c'est dans l'analyse des vingt-quatre caractères de dégénères^ certes de la civilisation en troisième phase. U continue à parler son idiome ;mais nous Tentendons assez. Voici quelques-uns de ces caractères :
La centralisation politique qui ^ entr'autres mauvais effets, N attire tous les riches à Tagiolage et fait dédaigner l'agriculture » ;
Les progrès de la fiscalité, « système d'extorsion, anticipation, art de dévorer l'avenir » ;
Lsl chute des corps intermédiaires, a Ëtats provinciaux,corporations qui opposaient des barrières à l'omnipotence bureaucratique aujourd'hui sans limites »;
La spoliation dés communes, « vilainement compensée par les octrois qui fatiguent l'industrie, désaff'ectionnent le peuple des villes, provoquent à toutes les fraudes mercantiles, à tous les empoisonnements légaux »;
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