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M. DE PRESSENSÉ CONTRE LES MÉCRÉANTS

avec une énergie sympathique, ils défendent des sentimentsdontrensembleleurparait constituer a la raison ». Ce seraient nos meilleurs alliés si nous les amenions seulement à réfléchir sur leurs sentiments, à y découvrir ce qui peut être satisfait, à chercher les moyens. Je ne vois là que de grandes difflcultés.

11 est tout à fait impossible que M. de Pressensé devienne Jamais notre allié. C'est qu*il a réfléchi. Et sa réflexion lui a fait maudire la raison. Elle lui parait démoniaque, et destructive des révélations de la conscience morale (on ne peut nier qu'elle le soit, quand on considère ce que M. de Pressensé appelle sa conscience.) Cette conscience lui procure l'idée d'une certaine fin mystique de l'humanité : périsse le monde si cette fin est absurde! l'immoralité seule en peut oser l'examen.

Les rédacteurs de V Aurore exercent trop modérément l'esprit d*examen : M. de Pressensé le condamne. C'est une grande différence. Il y en a d'autres. L'esthétique de V Aurore, sur laquelle je ferais des réserves, n'est point celle du Temps : les mêmes symbolistes paraissent ici inintelligibles et là intéressants, les mêmes réalistes ici grossiers et là sincères; mais ce sont points de vue littéraires, sans acception de politique. M. de Pressensé est du Temps : il continue à ne point comprendre ou à juger répugnant; seule-* ment, dans ce qu'il n'entend point ou réprouve, il a parfois la joie de flairer quelque tendance morale, et c'est-à-dire dreyfusienne ; cette joie lui devient bientôt, quand il écrit à V Aurore, un équivalent de l'intelligence' ou de l'adhésion

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littéraire; mais il y a des symbolistes, et même des réalistes qui ne confessent point Dreyfus, et les spectateurs admirent des inégalités dans la critique de M. de Pressensé. La rhétorique enfin du Temps parait pompière à V Aurore : et M. de Pressensé eut vite découvert qu il devait modifier son langage. Gomment se donner de là désinvolture? Il se sentait nourri des bonnes lettres, il choisit pour ses sermons cet agrément que donne la finesse, il décida de les emplir de verve, d*esprit et de facilité. Il ne perdit point le ton prédicant, il devint familier et trivial, et peut-être 8*aperçut-il qu'il ennuyait tout le monde.

Que fait donc, dans ce journal assurément peu raisonnable, mais français, vigoureux et libre, ce médiocre intellectuel, cet impudique exhibitionniste de moralité? Il fait de Tapostolat, il hâte l'accomplissement des a hommes de la Bible et du Code ». M. de Pressensé « yie se fait point (t illusions sur la démocratie » : il sait fort bien que c^est une conception absurde, une chimère cornue. Son devoir lui parait cependant d'y croire, et il consent pour cela <l les plus grands sacrifices i>. Comme ce mysticisme ne conviendrait point à seâ collaborateurs, M. de Pressensé se garde de le leur exposer ; mais il s'efforce de flatter leur manie. A invoquer la raison, il sent bien qu'il se rend ridicule ; à railler du point de vue rationaliste des raisonnements irréprochables, il risque de paraître insensé ; à ne les railler qu'en évitant de les citer ou d'indiquer les références, il craint de passer pour un habile hypocrite. Sa vertu pour-

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