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M. DE PRESSBNSÉ CONTRE LES MÉCRÉANTS

tant le soutient ; et voilà ces ce grands sacrifices » que lui inspire la démocratie. Supportant mal que nous ignorions tout à fait son héroïsme, peut*il bien clairement le désigner sana le rendre inutile ? C'est ici le sublime de Tabnégation protestante : M. de Pressensé offrant ii la Démocratie sa quotidienne humiliation.

Ce sont des hypothèses. Elles me paraissent honorables. On peut aussi supposer que ce Pressensé n est qu'un sot. Mais il ne faut point choisir dans l'abstrait. Je reproduis avec quelques notes son article du 4 mai dernier. Je pense qu'il ne s'intitule « Les Pédants » que pour les raisons que j'ai dites. M. de Pressensé ne se croit point pédant lorsqu'il analyse soigneusement, non sans compétence, sinon sans préjugés, la situation politique des Etats voisins, qu'il a étudiée. Mais il juge sacrilège d'appliquer à la démocratie française, qui est ou serait de convenance morale et révélée, la même soigneuse analyse. Ne voyant point que l'analyse des « pédants » soit fausse, et ne pouvant donc le montrer ; écrivant en un lieu où la méthode d'autorité, quand elle se révèle toute nue, n'est point en faveur et s'appelle cléricalisme, quels sarcasmes pouvait-il bien fulminer contre des critiques impies? Celui du titre ne sent pas trop l'obscurantisme ; mais on volt ce qu'il a de topique ; d'autres ensuite ne feront pas estimer davantage l'ingéniosité du vitupérateur«

Voici ce monument singulier :

Gonnaisse£-vous quelque chose de plus insuppbr^ table, de plus ridicule, de plus grotesque même, que les airs de supériorité que se donnent un cer-

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tain nombre de pédants enivrés des éloges da inonde des salons et de Taristocratie des grands bars (a)?

Ces gaillards-là, sur ma parole (6), sont à pouffer de rire. Ils sont sortis, au cours d'une crise récente, des coins et recoins obscurs od ils végétaient : les grandes secousses amènent comme cela à la lumière des oiseaux de nuit, des rats d'égout, des oies du Gapitole, toute une population spectrale qui écarquille les yeux, se gonQe, fait la roue et se mire dans toutes les flaques (c).

Quelques grands hommes de brasserie, du clan de ces jeunes éternels qui donnent toujours beaucoup d'espérances et ne les tiennent jamais, esthètes de Tavant-dernier bateau, dilettantes de Tavortetement, ratés de naissance, ont pris la balle au Jl)ond et l'occasion aux cheveux. Ils ont renié leurs belles théories sur Tart impassible, sur rinfëriorité de l'action, sur la fainéantise idéaliste (d). Ils se

(a) Le dernier mot, selon la terminologie dreyfusienne, parait indiquer que ces pédants sont des nationalistes. Mais il y a peut-être des salons dreyfusiens, des démocrates infatués, et qui vont au café.

(6) Je ne soulignerai point les affectations, les vulgarités, les fautes contre le goût ; nos lecteurs n'en seront déjà que trop rebutés.

(c) Ces métaphores ne se soucient point de la cohérence, ni du détail exact et caractéristique ; si elles n'étaient en somme dépréciatives, et si M. de Pressensé n'en était l'auteur, on verrait de bien étranges méprises.

{d) Voilà de la dureté chez un homme arrivé, et qui avoue avoir tenu toutes les espérances qu'il donnait. Il y a aussi de la familiarité dans la langue, ot des élégances à bon compte. Mais à quels jeunes gens chevelus le signalement correspond-il? On en connaît de plusieurs écoles politiques. N'y a-t-ii point de ces renégats chez M. de Pressensé? Mais on y sait aussi des idéalistes en exercice.

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sont rués sur les talons des recruteurs des bandes nationalistes, ils ont pris du service, avecies meneurs de viande et les garçons d'échaudoir, sous Guérin, Dubuc et Philippe d'Orléans (e).

Tout barbouillés de mauvaise métaphysique, adeptes prétentieux et sots d*une doctrine qui se croit le dernier mot de la science et qui n'est que le premier mot d'un enfantin éclectisme^ ils mettent à toute sauce des morceaux mal compris de Taine, du Taine aigri, inquiet, dévoyé des Origines de la France contemporaine, grand chercheur de tares, grand amateur d'anecdotes, très sujet à l'illusion du microscope et aux erreurs de Tinédit (^).

(e) Voilà de la précision. C'est de la précision dans le sophisme, si « ils >> ne désigne point toutes les personnes, et les personnes seulement, dont il était question plus haut. — Et qu'est-ce, chez un démocrate, que ce mépris des meneurs de viande et des garçons d'échaudoir? insolence de cuistre?

(/) Ne seraient- « ils » donc point nationalistes ? On ne sait plus de qui 11 s'agit. Les premières lignes désignent bien, un peu grossement, les derniers adhérents raisonneurs du spiritualisme ; mais ils n'ont point coutume de se nourrir de Taine. On apprend pourtant que ces pédants ont soin de mal comprendre la pensée de Taine, telle qu'on la trouve dans les Origines y c'est-à-dire dévoyée ; c'est probablement que s'ils la comprenaient bien, leur système en serait troublé : heureuse incompréhension, qui les maintient sans doute dans la tradition du premier Taine, telle que la conçoit M. de Pressensé ! M. de Prèssensé ne se souvient plus do l'Intelligencey ni de ces pages des Philosophes français sur l'analyse au xviii« siècle ou sur le point de vue scientifique opposé au littéraire ou à Toratoire ; et il se rappelle seulement certaines conclusions nébuleuses ; de ce Taine à peu prés spiritualiste, il conclut hardiment à un Taine démocrate, et il loue ses amis de ne (c mettre à toutes sauces », du Taine 'positiviste, que des morceaux mal compris : on pense aussitôt à M. Gaston Deschamps. Mais pourquoi diable trai< ter ses amis de pédants, de ratés et de sots?

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Pour renouveler un peu leurs effets, ils ont imaginé — oh! les puissants esprits I oh l Us initiateurs féconds 1 — de greffer de la théologie sur du matérialisme, de la scolastique sur du naturalisme, de marier Darwin avec Joseph de Maistre, Bonald avec Auguste Comte. Ils vous démonb*ent doctement, par a plus 6, que la royauté est une vérité d'ordre scientifique, que la République n^est pas seulement un monstre dévorant, Tabomination de la désolation, mais encore une bêtise, un solécisme, quelque chose qui choque infiniment la haute raison et rintelligence raffinée de nos mandarins, et qu'enfin Tévolutionnisme darwinien a, sans le vouloir, sans même s'en douter, établi pour les grands esprits la légitimité et la nécessité du pouvoir personnel et héréditaire (g),

{g) Ce ne sont décidément point ses amis que M. de P. traite de pédants. La science prétendue qu'il nommait tout à l'heure n'était pas celle de Vacherot, ni réclectiame enfantin celui de Victor Cousin, Ces expressions méprisantes étaient pour caractériser les seuls esprits positifii de ce temps (qui se déclareront tels tant qu'on ne les aura point directement et pas à pas réfutés). Il suffit k beaucoup de journalistes de livrer telles quelles aux préjugés de leurs lecteurs des conclusions qui les scandalisent, sans en donner aussi les raisons. Ce n'est point la bonne foi ni Fesprit d'examen que M. de P. trouverait à louer chez eux : c'est leur fidélité aux convictions anciennes, fidélité volontairement aveugle, et principe de fanatisme. Selon leurs procédés, mais avec la pesanteur maniérée qui lui appartient, M. de P. bouffonne sur des objets de raisonnement, s'extasie sur des noms rapprochés qui n*éTeillent ches ses lecteurs ou lui que des superstitions de Oaudissarts. La deuxième phrase citée est aussi admirable pour le psychologue que révoltante pour Thomme de goût. Elle implique une ignorance totale, ou bien un ab4«âssement parfait, Tlncapacité de saisir une liaison logique ai le sens même des mots que l'on prononce ; pourtant, malgré le mode ironique et les expressions grossies, elle ne défi-»

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