‹ L'action françaiseChapitre 154 sur 189 · M. DE PRESSENSÉ CONTRE LES MÉCRÉANTS · texte numérisé non relu

M. DE PRESSENSÉ CONTRE LES MÉCRÉANTS

une langue un peu plus française que celle des.,, (m).

Par malheur, nos décadents présentés en liberté, nos dilettantes lâchés en pleine action, nos esthètes devenus les champions des bonnes doctrines, n'ont pas que des défauts intellectuels. Ce serait déjà, à la longue, quelque chose qui donnerait sur les nerfs que de voir ces rapetasseurs de vieux neuf, ces sa* vetiers de réaction, se targuer de la hardiesse de leurs idées (n), le prendre de haut et traiter de Turc à More les hommes demeurés fîdèles à l'esprit et à la tradition de la France (o).

Si l'on commence par esquisser un sourire en voyant un de ces nains se planter devant Anatole France, hocher la tête et, d*un air entendu et supérieur, qualifier tout net de pauvre livre mal venu le dernier et l'un des plus exquis de ses chefsd'œuvre (p), et affecter de plaindre ce haut et char-

(m) Je coupe encore deux noms ; ils ne correspondent nullement aux développements qui précèdent, et l'on n'a donc qu'à en subslituer de cacographes dreyfusiens.

(n) c( Ils » ne se targuent, et jusqu'à dénégation do faits ou réfutaiion formelle, que de la justesse de leurs Tues et de la correction de leur logique. La hardiesse n'est un mérite que pour les esprits asservis. Et les esprits asservis sont ceux qui ne raisonnent point.

(o) M. de P. veut dire, évidemment, la tradition révolutionnaire. C*e8t en tout cas une tradition qu*il invoque. Notons une différence importante : M. de P., au nom d'une tradition, condamne l'exercice de la raison. Des nationalistes, au nom de la raison, établissent : 1* qu'un pays ne peut se passer de traditions ; 2^ qu'il y a des traditions nuisibles; 3* quelles sont ces traditions mauvaises; 40 qu'il vaut mieux que d'autres soient suivies; 5<» quelles sont ces bonnes traditions : et c'est encore à la raison qu'ils demandent les moyens de les préserver. Ce sont deux manières, pour des théoriciens, ide concevoir le tra ditionnalisme.

(p) (îe n'est l'avis d'aucun dreyfusien lettré.'

mant esprit, tombé sous rinfloence néfaste da dreyfusisme (9), on finit tout de même par s'irriter de ces inconvenances.

Je sais bien que ces messieurs, tout fiers de compter dans leurs rangs l'Académie presque en* tière, ont décrété que nul n'aurait de talent — pas plus que de patriotisme et de désintéressement — hors eux et leurs amis. C'est leur façon à eux d'agrandir le patrimoine de la France, et leur natù)' nalisme inUgral ne sera satisfait que le jour où il sera reconnu que M. Philippe d'Orléans a seul mandat pour noDs gouverner (r).

{q) Tous les lettrés plaignent ce hait et charmant esprit, et se plaignent plus que lui ; c'est quils l'aiment, comme ils l'aimaient, pour lui-même, et non pour leurs intérêts. Les uns appellent dreyfusisme^ les autres politique la cause de sa disgrâce. Elle ne lui a pas tout ôté ; souvent le mortifié prophète laisse briller encore Tintel* ligence divine. Les regrets se redoublent, et la colère contre ceux qui l'appelaient impie ou anathème, et qui le flagellent de leurs dévotions.

(r) Que signifient ces récriminations? « Ces messieurs d n'ont rien décrété du tout quant au talent et au patriotisme, et les faits seuls ont rendu des décrets. Pour le désintéressement, voilà une préoccupation bien basse. S'il suffît à M. de P. pour être content de soi de penser quHl ne s'est point vendu, au contraire de certains dreyfusiens, qui voudrait au pauvre homme chicaner ce facile plaisir? Enfin, le nationalisme intégral ayant pour programme l'établissement d'une monarchie a traditionnelle, héréditaire, antiparlementaire et décentralisée », si, pour des raisons qui ont été données, qui ont satisfait bien des gens, que personne jamais n'a réfutées, M. le duc d'Or* léans parait seul désigné pour établir une telle monarchie, on discerne mal où tend Tironie de M. de P. — Je supprime encore six lignes où l'on diffame fort inutilement plusieurs de nos amis qui n*étaient point en cause : il y aurait trop de distinctions à faire, et ce n'est pas le lieu.

M. DËI FRESSENSÉ CÛNTHE L^S MÉCRÉANTS 80}

J'ignore si,daQ9 le doux pays qu'on nous prépare, la vanité bavarde, le complaisapt étalage da paoi seront la marque de la supériorité vraie. En tput cas, il est des choses auxquelles il faut renoncer. Il serait trop difAcile de faire comprendre à ces pédants tout pleins de suffisance que, pour refuser

de s'agenouiller devant (s) le duc d*Orléans, il

n'est pas tiécessaire de croire à Tinfaillibilité du peuple. Pour certains e8prit£(,on ne peut servir une cause qu'à plat ventre; ils ne sauraient apprécier les motifs pour lesquels, tout en ne se faisant pas d'illusions sur la démocratie, sans attendre puérilement le bonheur universel du coup de baguette magique d'une révolution sociale, on croit pourtant devoir défendre, au prix inême des plus grands sacrifices, la cause de la République et devoir travailler de toutes ses forces à l'avènement du socialisme.

Laissons cela. Il est des natures qui sont faites, non pour s'entendre, mais pour ne jamais s'accorder — pas même sur la définition de leurs diver* gences [t).

{9) Dernière suppression, de deux lignes. C'est maintenant M. le duc d'Orléans à qai Ton applique des injures gratuites, qui ne sauraient ici faire argument, et preuve encore bien moins. Klles montrent seulement que M. de P., quand il prend la peine de produire des épithétes, ne comprend rien à la valeur de l'institution monarchique ; ce n'est point un génie surhumain qu'on suppose transmis par l'hérédité,c'est le sentiment naturel d'une identité entre l'intérêt national et l'intérêt de la famille régnante, sentiment que dirige chez l'héritier présomptif un apprentissage approprié. M. Ch. Maurras a fait cent fois cette démonstration, en ajoutant qu'il peut y avoir de mauvais rois, et ce que cela signifie. Mais « s'agenouiller u fait une métaphore efficace, sans dout%.

(/] On serait obligé à M. de P. d'éclaircir plusieurs points de ce développement :

Ce qae nous sommes en droit d'exiger, c'est que du moins nos adversaires ne se licencient pas à enrôler de force dans leurs rangs, par un sacrilège posthume, les libres esprits dont le souffle bienfaisant est sur nous. Il est indécent db mettre Renan

EN OPPOSITION NON SEULEMENT AVEC CEUX Qm SE SONT MONTRÉS SES DIGNES HÉRITIERS EX MAINTENANT INTACT SON MâUTAGE INTELLECTUEL ET MORAL, MAIS CONTRE LUI- M^.UE {u).

lo A-t-il essayé de « faire comprendre », k qui que ce soit, à quoi il est on n*est pas a nécessaire de croiro » pour s'accorder avec la nature d*un démocrate? ou bien cette « suffisance » qu'il reproche aux pédants ne seraitelle que le besoin de comprendre et le refus de se rendre semblables aux simples d'esprit, l'orgueil en un mot su!*- Tant les théologiens professionnels?

2* Qu'est-ce que « servir une cause à plat ventre d? Je n'ai jamais conçu M. de P. dans cette attitude : une cause mystique et Tidéai même le plus absurde n'exigent de leurs dévots rien de semblable ; il suffit bien que ces dévots soient des fanatiques et détestent tout examen.

30 M. de P. voit-il, en fait, des inconvénients àB*avouer ouvertement un mystique, un ennemi de la raison? Que dirait-on, chez les libre-penseurs, de « motifs » avoués purement sentimentaux, d'un « devoir » qui refuse de donner ses raisons? Et qu'est-ce que cette prédestination finale des bons et des méchants,sinon une ruse commode pour 80 dispenser de discuter?

(u) Voilà un passage qui n'aura pas laissé d'intriguer plusieurs lecteurs de ï Aurore, si la forme extérieure de mots déjà connus ne suffit à tous. Il contient pourtant la clef, comme la seule raison d'être, de tout l'arlide de M. de P. Quelle indécence y a-t-il à relever les contradictions d'un écrivain, à. en marquer les causes probables, à établir, entre deux opinions qui se détruisent, laquelle couTenait mieux à la personnalité de l'écrivain, laquelle nous choisissons nous-mêmes comme plus conforme à la raison ? Invraisemblable fétichisme de M. de Pressensé ! Son église oonnait donc des Pérès infaillibles? La peur du sacrilège et le respect du souffle bienfaisant, ce sont de pieux scrupules. Mais comment interpréter les œuvres

Page 1