‹ L'action françaiseChapitre 160 sur 189 · PARTIE PÉRIODIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE PÉRIODIQUE

CORRICSP OXDANCE :

l'athlète ou le diadumknb de polyglètb

Xotre tJ'cellent collaborateur et ami M, Louis Dimier^ que le succès de son roman moderne La Souricière n éloigne pas des sources antiques^ adresse à noire ami Maurras V intéressante lettre suivante à propos de V Athlète ou du Diadumene de Polyclhte dont il avait traité dans ses récentes notes du Musée britannique (Action du P' mai^paye 702^ ligne ô] :

Valencieûnes, l*** mai 1901.

Mon cher ami, je vois dans vos jolies impressions de passage au Musée britannique que vous ignorez l'histoire du Diadumene de ^olyclète, découvert en Provence, ainsi que vous Tavez lu sur le socle, près de Vaison, département de Vauciuse. Quel dieu, méchant dites-vous, ou quel concours de destinées ont conduit jusque-là, sous le ciel gris, dans Tair humide, cet éphèbede notre san^? J'aurai plaisir à vous répondre, d*abord parce que vous paraissez souhaiter que quelqu'un le fasse, ensuite parce que l'histoire, à laquelle la politique fut mêlée, est curieuse et propre à se faire lire des lecteurs de V Action.

Cette statue fut trouvée par un M. Jacques, qui avait acquis en i862 remplacement du théâtre de Vaison et qui y pratiqua des fouilles. Un membre de la famille Haspail, Eugène Raspail, lié d'amitié

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avec lui, fut aussitôt aWsé de sa découverte, dont il lui vanta Timportance. Jacques, sur ces encouraf!;ements, attendit l'acheteur qui ne vint pas, et de guerre lasse céda enfin son antiquité à Eugène Haspail pour 700 francs. Celui-ci Tavait estimé 20.000, mais il ne pouvait la payer ce qu'elle valait et son ami souhaitait de s*en défaire. C'était en 1868. C'est alors que le môme Raspail écrivit aux Musées impériaux dans la personhe du surintendant des Beaux-Arts, qui était M. de Nieuwerkerque. La lettre qu'il rédigea ne spécifiait aucun prix. On répondit par retour du courrier :

c J'ai reçu et lu avec intérêt la lettre que vous m'avex fait l'honneur de m*écrire au sujet d^une statue dont vous me proposez l'acquisition. Je regrette de vous dire que, vu Tétatde mon budget, il m*est absolument impossible de donner suite à cette affaire.

a Recevez, monsieur », etc.

Eugène Raspail est resté convaincu que son nom dans la circonstance avait nui à sa proposition. 11 ne se découragea pas pourtant et, ayant fait tirer une photographie de la pièce, il l'envoya au même M. de Nieuwerkerque avec instance d'entrer en affaires. Ce qu'on lui répondit cette fois paraîtra plus fort que lapremière. Une photographie d'une telle pièce, c'était de quoi mettre en mouvement le dernier des antiquaires dignes de ce nom. Celui qui Tofifrait ne s'entendait point à en expliquer la valeur. Mais les gens au fait de ces matières y reconnaissaient aussitôt une réplique d'un prototype fameux connu par un petit bronze de la collection Jaime au cabinet des Médailles et supposé, d'après les témoignages des auteurs, un ouvrage de Polyclète. Voici la lettre des Musées impériaux expédiée six jours après:

«Je regrette vivement la peine que vous avez prise

de m'adresse r une seconde proposition au sujet de la statue dont une épreuve photographique était jointe à votre lettre. J'ai eu Thonneur de vous faire connaître la cause de mon impossibilité à faire l'acquisition de Tobjet dont il s'agit. Cette cause subsistant encore Je me vois obligé de réitérer mou refus.

« Recevez », etc.

Entre temps E. Kaspail avait écrit au directeur du Musée britannique. On lui avait répondu qu'on profiterait d'un prochain voyage en ^talie pour voir à Vaisoo la statue proposée. Au reçu de la seconde lettre de M. de Nieuwerkerqne, il envoya la photographie à Londres. Aussitôt lui fut répondu un mot qui se terminait ainsi :

« Veuillez être assez aimable pour me faire savoir par le retour du courrier, si vous serez chez tous la semaine prochaine. Je puis partir immédiatement après avoir reçu votre lettre. »

C*étaille31 juilleti869. Le Musée britannique paya 25.000 francs la plus belle réplique connue du Diadumène de Polyclète, et l'un des plus rares morceaux qu'on ait jamais trouvés en France. Le temps me manque pour tirer la morale. Il ne faudrait pas la restreindre à l'Empire, car elle s'applique à tous les temps. Je m'en remets à vous et à vos lecteurs.

Cordialement à vous.

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