‹ L'action françaiseChapitre 27 sur 189 · CHANGÉ EN BÊTE · texte numérisé non relu

CHANGÉ EN BÊTE

Non content de les débaucher sur l'article de la langue et du style, Dreyfus ôte à de respectables universitaires ce degré d'intelligence et de sens commun auquel ils avaient jusqu'ici accoutumé les auditeurs et les lecteurs. Rien n'est navrant comme les observations ajoutées par M. Lavisse au Dialogue de Louis XIV et de Colbert. Une affreuse incompréhension s'y étale A chaque mot qu'il trace, M. Ernest Lavisse montre à quel point il est devenu indigne d'écrire l'histoire. Il transcrit, rapporte, disserte et ne pénétre pas des textes les plus évidents.

Veut-on un exemple? Louis XIV, après avoir étudié une affaire et senti que Colbert était seul capable de la régler, lui écrit : ^ Jeme remets « enivrement à vous et vous ordonne dé faire ce que c vous croyez gui sera le plus avantageux, » C'était une magnifique parole de roi. Et M. Lavisse la traduit aigrement ainsi :

— Je vous ordonne de faire ce que vous voudrez!

ACnOII rRAMQ. — T. IV. li

Louis XIY avait dit, très exactement, le contraire.

Le malheureux M. Lavisse reproche un peu plus loin à Louis XIY

— de n'avoir pas d'idées à lui.

Des idées à lui, Louis XIV, dans son bon temps, n*en eut jamais. Il n*eut que les idées des plus intelligents et des meilleurs de son royaume, ou plutôt, sans même les avoir au sens propre, il les accueillit, les mit d'accord , les réalisa. C'était un roi. C'était donc l'inverse parfait d'un spécialiste. Mais M. Lavisse a oublié jusqu'à la notion de la royauté. Il ne sait plus ce qu'est, proprement,un monarque. Des idées à eux, Bonaparte et Napoléon III en regorgèrent, les malheureux ou les misérables! Et aussi Louis XVI, sur la serrurerie I Et notre France a surpayé leurs menues compétences. Ce triple souvenir eût préservé H. Lavisse du faux goût des originaux, si l'Affaire n'avait changé en pures bétes quelques-uns de nos bons esprits.

LE CHœUR.

CORRESPONDAI^CE

Lettre de M. le Marquis de Moussag

Monsieur,

Vous savez et M. Caplain-Gorlambert sait que si je n'ai pas rétabli plus tôt ici le véritable sens et la véritable portée de ma pensée, sur lesquels votre distingué collaborateur s*était mépris, dans la lettre publique qu*îl m*avaît fait l'honneur de m'adresser par l'intermédiaire de Y Action Française (numéro du i"' octobre dernier), la responsabilité de ce long délai ne m'est pas imputable.

Il est trop tard pour fournir des explications détaillées sur les différents points que touche la lettre de M. Caplain-Cortambert — et cependant plusieurs sont bien intéressants! — mais il n'est jamais trop tard pour dissiper un malentendu, pour se disculper, pour disculper tout ou partie d'une erreur non commise et prêtée gratuitement. J'userai donc — mais très brièvement — du droit de réponse que vous m*avez loyalement et courtoisement reconnu.

Avant tout, je tiens à proclamer très haut qne je n'ai ni qualité^ ni prétention aucune pour parler au nom des royalistes. Ceci posé, je déclare qu'en employant l'expression : ti le roi ds droit sans Vêtre de fait », je parlais le langage d un loyaliste — que je suis : très fidèle, mais sans Bol titre, ni fonction politique ; — d'un roya-

liste convaincu de la persistance du droit héréditaire royal de la Maison de France ; droit non pas dÀmn^ dans le sens où d'habitude on entend ce mot, mais très humain, mais français, mais historique.

Je déclare aussi que je n'ai jamais eu Tintention ni même le désir d'imposer l'acceptation préalable de cette conviction aux « hommes de « bonne volonté, plus ou moins pénétrés de la « superstition abstraite des Droits de l'Homme, « sans avoir réfléchi aux absurdités qu'entraîne « l'application de ces droits aux hommes réels > — (je cite H. Gaplain) — mais disposés à examiner sans parti pris la question des bienfaits et des méfaits comparés de l'institution monarchique et de l'institution républicaine.

— En passant, qu'il me soit permis de faire remarquer qu'à mes yeux il n'existe aucune antinomie, ni théorique, ni pratique, mais harmonie, au contraire, entre la Monarchie et le respect de tous les droits ; tandis qu'en fait le régime républicain, surtout en France, a violé et viole beaucoup de droits et des plus sacrés, des plus nécessaires .

Je ferme la parenthèse et je m'empresse d'ajouter qu'il m'est tout à fait indifférent de désigner Mgr le duc d'Orléans par ce terme, qui est tout uniment la constatation d'un fait : U chef des royalistes^ même simple prétendant et pré" tendant exUé, plutôt que par celui-ci, qui formule une conviction royaliste : leroidedroit^ sans Vetre défait.

M. Gaplain a bien voulu m'écrîre dans une lettre particulière que la substitution de la pre-

mière de ces formules à la seconde « lève la plus grande difficullé théorique qui existe entre nous ».

Je suis donc heureux de prendre acte publiqoemeot ici de cet accord, dans la mesure où mon aimable interlocuteur Ta reconnu, et de constater que s'il y avait entre nous une apparence de dissidence, elle n'avait point de réalité.

Voilà l'essentiel de ce que tenait à dire dans VAeUon Française le royaliste obscur et sans mandai qui signe ces lignes.

Je vous remercie, Monsieur, de me l'avoir permis et je vous prie d'agréer l'assurance de mes sentiments les plus distingués.

M^* DE HOUSSAG.

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Lettre de M. le Comte de Brug

Cher Monsieur,

Dans votre loyale et courageuse réponse au Conseil supérieur de Tlnstruction publique, (réuni pour vous révoquer) ,vous nous faites entrevoir le danger des formules des « Droits de THomme », dont quiconque peut avoir la prétention de tirer une morale et une politique selon ses goûts et au mieux de ses intérêts.

— Eh bien, ces « Droits de THomme » qui, depuis un siècle, n'ont guère servi que de par<ivent aux politiciens de métier, pécheurs en eau trouble, ne serait-il pas temps de soufQer un peu dessus, pour lef« « dépoussiérer n, ou de les remplacer par quelque chose de plus neuf et de plus solide?

Au lieu de tant s*aveugler avec les <( Droits de THomme », que ne parle-t*on davantage des « Devoirs du Français »? — Si je ne fais pas mienne Texpression exacte dont se sert M. Copin-Âlbancelli, dans son dernier article A* A bas Us Tyrans! lorsqu'il s'interroge sur Tutilité d'une ligue des « Devoirs de Thomme et du citoyen », ce n'est pas que j'y trouve à redire, mais parce que, en ces temps de cosmopolitisme à outrance, le mot de Français me semble être le drapeau qui, sur le champ de bataille, indique aux combattants où Ton doit courir se faire tuer, pour sauver au moins l'honneur.

— Il > a cent dix ans, Mirabeau pouvait vraiment croire ce qu'il disait lorsqu'il s'écriait, au milieu de l'Assemblée Constituante: « Le Droit

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est le Sonverain da monde » ; mais nous qui avons TU TUnion Générale, le Panama, l'affaire Dreyfus, nous ne pouvons plus écouter sans hausser les épaules Ténumération pompeuse des Q Droits de l'Homme ». Toutes les formules des « Droits de l'Homme i, empoisonnées parle souffle sectaire de nos Jacobins plus ou moins circoncis du Grand-Orient, équivalent, à Theure actuelle, au Droit du plus fort!

a C'est mon droit! » crie le gamin auquel on veut tirer les oreilles parce qu'il s'amuse à jeter des épluchures d'orange au milieu du trottoir, avec l'espérance de voir glisser dessus quelque promeneur inattentif. . .

« C'est mon droit ! » déclame sentencieusement l'intellectuel qui travaille au chambardement de la France entière, pour sauver la réputation fortement avariée d*un fils adoptif de cette même France...

Incontestablement ce polisson et cet intellectuel sont dans leur « droit » strict; il n'y a pas, en effet, de formule des « Droits de l'Homme », de texte de loi, qui interdisent aux enfants de manger une orange dans la rue, et aux intellectuels de conquérir les palmes académiques en décernant à un traître celles du martyre.

Mais, par le fait même qu'on a des Droits, on a aussi des Devoirs, et plus on a des Droits^plus on a de Devoirs; or ces Devoirs, on ne les trouve pas écrits dans le Code,mais dans sa conscience.

Cette conscience, c'est le réQexe de la véritable âme Française que la secte Judéo-Maçonnique voudrait tant atrophier en étouffant

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toutes ses formes d'expansion, idéales et tangibles, patriotiques et religieuses.

— Les financiers ont le « droit » de placer au nopi de leurs femmes les bénéfices, plus ou moins licites, de leurs coups de Bourse, afin de pouvoir, à l'heure de la débâcle, vivre douillettement au premier étage de Timmeuble sous les combles duquel grelotte peut-être un de leurs créanciers... Un ouvrier syndiqué a le « droit » de ruiner le commerce d'une ville, l'industrie d'une région, en fomentant la grève, parce que la tète d'un contre-maître lui déplatt... Que ne prenons-nous aussi un « droit », celui de remplir tous nos « devoirs » et de les rappeler aux autres?

C'est protégés par des textes que tons les régimes ont coîhmis leurs plus néfastes injustices : Texécution du duc d'Enghien, celle du maréchal Ney, la revision du procès Dreyfus sont là pour nous le prouver 1

C'est avec des formules aussi creuses et ronflantes que celles des « Droits de l'Homme y» qu'on a fabriqué l'Individualisme, ce mal rongeur de toute société. (Le collectivisme ofBciel n'est qu'une forme déguisée de cet Individualisme.) Parce qu'on a appris à l'école et proclamé dans la rue que : v tous les hommes naissent égaux», on s*est vite persuadé qu'on ne devait rien à ses semblables.

Tristement égaux, le cul-de-jatte qui vient au monde, septième ou huitième enfant, dans une famille d'artisans, et le fils unique et bien constitué d'un millionnaire !

A l'àme de ce deshérité, comme à celle de ce

riche, que l'on donne, comme seule pâture, Ténumération de leurs « droits », et vingt ans plus tard nous aurons un anarchiste et un jouisseur de plus ; mais ni l'un ni Tautre ne seront coupables. S'il y a des coupables, c'est la société actuelle, c'est nous tous, qui laissons passer des générations entières sans leur crier qu'un homme, qu'un Français, vraiment digne de ce nom, a beaucoup plus de « Devoirs » que de « Droits ».

Peut-être un jour je me permettrai de vous demander l'hospitalité pour quelques pages sur les « Droits b et les « Devoirs » du Français (du moins comme je les comprends).

Croyez, je vous prie, cher Monsieur, à Tassurance de mes sentiments les meilleurs.

Comte de Bruc.

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