‹ L'action françaiseChapitre 28 sur 189 · MARINE · texte numérisé non relu

MARINE

GABLES SOnS-MARlNS

Depuis vingt-cinq ans il est question d'ëtablir un réseau français de communications télégraphiques sous-marines. Son incontestable utilité était établie, son indéniable urgence était, démontrée. Le succès de nos opérations navales, la sécurité de nos colonies, de développement de notre commerce extérieur le réclamaient impérieusement. Le Parlement Ta reconnu, la presse l'a proclamé,le public en était convaincu. Mais, aujourd'hui, avec le système de Tirresponsabilité collective, avec le régime du gaspillage qui forment la base, et constituent le principe de notre organisation politique actuelle, nous en sommes toujours au même point.

Les événements de Fachoda et le conflit qui menaça d'éclater entre nous et TAngleterre ont, un moment, secoué la torpeur de nos faux honorables. La Chambre des Députés, dans la séance du 27 novembre 1899, votait un projet de résolution ayant pour objet d'inviter le Gouvernement à mettre à rétude cette importante question. Mais le ministère de la débâcle cher à Emile Zola avait bien d'autres soucis en tète ! 11 armait la calomnie, il inventait des complots. Il ne songeait guère à sauvegarder nos intérêts commerciaux, ni à organiser, nia renforcer la défense nationale. Bien au contraire, des idées diamétralement opposées tourmentaient ses veilles et agitaient ses nuits.

Sous la véhémence des protestations, nos ministres finirent toutefois, et malgré eux, par déposer

un projet de loi tendant à construire un réseau tëlé' graphique sous-marin . Mais combien ce projet était timide ! Sous prétexte de ménager les deniers publics, dont, comme vous savez, ils sont très économes, ils se bornaient à établir des communications directes entre quelques-unes de nos colonies, sans oser relier oelles-ci avec Ja métropole. Je dis oser^ parce que Lanessan, Millerand and G<* suaient de peur, et se demandaient avec angoisse ce qui leur adviendrait s'ils risquaient jamais une pareille tentative. Ils avaient, et ils ont trop le sentiment des' devoirs de la servilité pour secouer, fût-ce même humblement, le joug franc*maçon, et pour briser les chaînes dorées que les Juifs leur ont mises aux mains. Jamais, non plus, ils n'auraient consenti à offenser le Kaiser, ni h contrarier la Quéen.

Heureusement quelques députés, plus soucieux que l6urs collègues des destinées de la France, ont déposé une proposition de loi dans le but de porter remède à un état de choses si préjudiciable aux intérêts du pays. Et il faudra bien, cette fois, que le gouvernement prenne un parti conforme aux obligations que la situation lui crée. Il lui est interdit, il lui est impossible de se dérober, sous peine de commettre, au vu et au su de tous, une véritable forfaiture.

Nous avons une politique coloniale, nous avons une politique commerciale qui nous met en contact avec le monde entier, nous devons avoir aussi une politique pour l'établissement de nos communications télégraphiques sous-marines : la conséquence est nette et sMmpose d'elle-même. C'est grâce aux mailles serrées du tissii de ses câbles sous-marins, autant que par sa Hotte que l'Angleterre domine le monde. Rien ne se passe dans les deux hémisphères qu^elle ne le sache' avant toutes les autres puis-

sançes.Elle leur transmet, en choisissant son heure, ce qu'elle yeut, des renseignements qui lui parviennent et après en avoir tiré tout le parti possible pour elle d'abord. C'est ainsi que le Foreign-OfÛce agit à coup sûr, et que Tinfluence britannique est parvenue à devancer celle des nations rivales.

L'Allemagne n*entend pas lui laisser ce monopole et l'industrie des cÂbles sous-marins a reçu dans ce pays les plus grands encouragements officiels. Les États-Unis s'empressent de leur côté, avec une h&te fébrile, de relier télégraphiquementleur mé* tropoleet les colonies qu'ils viennent d'acquérir. Les préoccupations sont identiques chez les Allemands et les Américains, ils veulent s'affranchir de toute immixtion d'une puissance étrangère, soit dans les questions commerciales, soit dans les questions d'ordre diplomatique ou militaire. Et Ton serait souverainement criminel chez nous de se laisser distancer encore par ces deux peuples. Nous aurons bien assez de mal à rattraper l'Angleterre et à égaliser nos chances avec cette dernière seulement.

Nous avons des possessions dans les Antilles, il est nécessaire que nous communiquions directement avec elles, sans passer par aucun territoire étranger, fût-ce même les États-Unis. Nous détenons, dans l'Amérique du Sud, de très importants débouchés, ii est indispensable que nos relations avec ces débouchés soient indépendantes. Nous possédons Madagascar et la Réunion dans l'océan Indien, c'est dire que de ce côté aussi il faut un réseau direct avec la métropole. Il en est de même encore dans l'Extrême-Orient où les intérêts français, en Indo-Chine et en Chine, sont des plus considérables. Enfin, dans le Levant, en Egypte, en Syrie, et dans les ports russes de la mer Noire, nos relations commerciales et politiques exigent de

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n'être point subordonnées ni mises à la discrétion d'une nation rivale et ennemie.

Ces principes et les conditions du problème étant posés, nous examinerons, dans un prochain article, les Toies et moyens d'y satisfaire.

{A suhre.) Robirt Bauxy.

BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE

Un Homme d'affaires, par Paul Bourget [Plon-Nouirit e% C'«, ëditears).

M. Pau^ Bottrget nous dit dans un passage de ce volume qa^en voyage il emporte toujoors les Jtfémoires de Gœlhe, les Pensées de Marc-Aurèle, un tome de Le Play, un de Balzac, on de Taiue, un de Stendhal. C'est, je pense, fauteur de la Réforme sociale qui est venu le dernier parmi ces maîtres à qui M. Bourget s'est attaché dèi sa jeunesse. Mais la marque de sa doctrine n'en est pas moins grande surTesprit de l'auteur iTOulre-Mer. Cest ainsi que le petit roman qui donne son titre à ce volume est une véritable « monographie p, comme ou les fait aux a Unions de la Paix sociale », et qui a pour objet la famille d'un de ces grands linanciers modernes qui ne doivent qu*à eux-mêmes leur élévation. C*est une véritable enquête sur une classe de la société qu'Un homme d'affaires, mais une enquête rendue dramatique par une intrigue fortement liée et par le jeu des passions. Trois autres récits : Dualité^ Un réveillony VOutragé, sont de fines études psychologiques traitées avec cet art tout original de la nouvelle qu'a créé M. Paul Bourget et auquel, malgré la mode changeante, il n'a jamais renoncé, et avec raison, depuis les Pastels jusqu'aux Voyageuses, aux Complications sentimentales et aux Drames de famille.

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LaGultnre des Idées, parRéMY de Gourmomt (Édition du Mercure de France),

Ce Tolume est composé d'essais . sur différentes questions d'esthétique, de littérature ou de psychologie et d'études sur les mœurs qui portent le titre significatif de « Paradoxes et Ironies ». Si variées soient-elles par Fobjet à quoi elles s'appliquent, ces pages sont fortement reliées par une philosophie, pure de toute superstition, affranchie des illusions métaphysiques, et que Ton peut appeler « apoUinienne. » C'est l'œuvre d'un Français délicat dont la subtilité répugne autant à la o nuit cimmérienne » qu'aux clartés un peu courtes et douteuses du « bon sens », Et nous devons nous contenter de marquer ici, sans nous y étendre davantage, la conformité de vues et de conclusions où se tiennent Tau* teur de la Culture des Idées et M. Jules de Gaultier, dont on connaît le beau livre intitulé De Kant à Nietzsche (i).

Un certain génie qu'a M. de Gourmontpour mêler l'humour À la dialectique rend ses études extrêmement piquantes. A la rigueur des raisonnements se mêle la variété d'une érudition savoureuse. Les essais sur la Morale dé V Amour, la Dissociation des Idées, la Création subconsciente, Mallarmé et Vidée de

décadence, etc forment ainsi la lecture la plus

agréable et touchent en passant à un grand nombre de questions. Une opinion sur le protestant

(1) On se 8ouTlent qae M. Lucien Moreau loutint ici même contre la Coopération de» Idées une polémique an sujet de ce dernier livre. Or l'organe de M. Deberme n'a pas plos indiqué de numéro daos la bibliothèque publique de ea coopération pour la Culture des Idées qu'il n'avait fait pour De Kant à Nietzsche, Ce sont des « livres dangereux » aux yeux des éducateurs de la démocratie.

tisme, exprimée avec force, nous a particulièrement retenu: c'est celle d'une intelligence dégagée et d'un artiste qui condamne dans la Réforme l'esprit de régression et la fureur icouoclas tique. « Le protestantisme, écrit M. de Gourmont, forme le parti réactionnaire dans Thistoire de la philosophie... Tout pays où le christianisme s'est enté sur la barbarie a une tendance au protestantisme... La France ne peut garder son originalité qu'en demeurant catholique... Mais elle ne peut pas plus devenir protestante qu'elle ne peut devenir anglaise ou turque. C'est là un état de fait invincible et ironique contre lequel se buteront éternellement les convertisseurs... » M. de Gourmont indique d'un trait juste le caractère particulier de l'icouoclastie de la Réforme inspirée par ce verset du Deutéronome : c Tu ne feras point d'images taillées. » L'idéal protestant en architecture, dit-il, « est tout pareil à IHdéai démocratique : c'est le groupe scolaire, et ni l'une ni l'autre de ces inspirations n'est capable de produire un bâtiment égal en beauté à la grange qù, au xm* siècle, les Cisterciens de Lisseweghe serraient leurs moissons. »

Au grand procès qui s'instruit en ce moment contre le Protestantisme, M. Rémy de Gourmont apporte sa contribution d'esthéticien et de libre philosophe. Car, n'en déplaise aux docteurs de Genève, ce témoin à la charge de Calvin n'est pas plus que tant d'autres un « clérical ». Et je leur livre cette pensée qu'il a écrite à leur intention : «Railler la superstition religieuse ou la maudire, c'est avouer que l'on fait partie d'une secte, an moins secrète. » Appliquez-vous cette maxime, 6 modernes Needham !

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La Faiseuse de gloire,* par Paul Brulat (VUle-

retle, éditeur).

C'est un homme rempli de bonnes intentions que M. Paul Brulat, mais c'est un auteur bien larmoyant. Il est en outre dévoré de la fureur autobiographique. A travers des gémissements et des confessions, il fait le procès de la presse contemporaine qu'il appelle, par une ironique métaphore, la Faiseuse de gloire. M. Paul Brulat désire que la « vertu » régénère le journalisme. Prétention louable, mais vaine. Il s'écrie ayec douleur : Combien la liberté de la presse est dangereuse dans un régime de suffrage universel! Mais, par principe, il défend et la liberté de la presse et le suffrage universel et ne propose que de c< moraliser » l'une et l'autre. Quant à la partie satirique du livre, elle est médiocrement amusante et ne vaut pas les récents Souvenirs de M. Talmeyr, ni surtout l'admirable série de portraits de journalistes qu'a tracés Veuillot dans les Libres Penseurs (1). Et quand nous aurons dit que M. Paul Brulat pastiche continûment la manière de M. Zola (ceci est surtout sensible à la page 9, où est décrit le lancement d'un grand journal) et tombe assez souvent dans la façon de M. Montégut, quelles louanges pourrons-nous lui faire qui ne soient de la catégorie morale? Voilà donc qui est convenu : M. Paul Brulat est un honnête homme. Nous estimons la pureté de sa conscience. Nous sommes touchés doses insignes vertus.

Jacqubs Bainvillb.

(1) En outre^ M. Brulat nous inflige un récit à sa façon *^ qui n*68t pas la bonne — de l'affaire Dreyfus.

ACnOM FRANC. — T. IV» IS

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