‹ L'action françaiseChapitre 36 sur 189 · UNE LETTRE DE M. DE MAUY · texte numérisé non relu

UNE LETTRE DE M. DE MAUY

sentez pas assez gouverné ! Il vous faut encore plus d'arbitraire et un tyran inévitablement créateur de tout ce monde corrompu!

Vous vouiez, disiez-vous l'an passé, « préparer et remuer le terrain d'où peut germer l'action nécessaire, les âmes vaillantes de nos concitoyens ». A la bonne heure! Mais est-ce là ce que vous faites ? Et d'ailleurs y croyezvous aux âmes vaillantes? Non, puisque vous trouvez mauvais que vos concitoyens, ces gouvernés, ces irresponsables, comme vous les appelez, ces profanes, portent leur attention sur l'intérêt public, apanage réservé aux seuls gouvernants. A quel genre d'action, dès lors, ravalez- vous les âmes vaillantes ? A se laisser voler leurs droits, leurs libertés, tout ce quifaitla dignité de l'homme, et à sanctionner moutonnièrement le rapt.

Ce que j'aurais souhaité, mon cher ami, ce qui me parait avoir été la raison d'être de la Ligue de la Patrie et de Y Action française, ce qui lui a donné une popularité anticipée, la grande et instinctive espérance que Ton avait mise en elle, le crédit illimité qui lui était fait, ce que le public en attendait, bref, ce qui est plus que jamais nécessaire, c'est de fortifier les âmes de nos concitoyens, de coordonner leurs volontés, pour les déterminer à se ressaisir, à secouer le joug des cosmopolites, et exercer enfin notre fonction

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de membres du peuple souverain. Là est tout l'espoir, toute la possibilité du salut. Là seulement.

Au lieu de l'avenir, vous vous êtes orienté vers le passé. Je ne nie pas qu'il n'ait eu ses gloires, noble partie de notre patrimoine national. Mais les régimes déchus ont-ils été exempts de faiblesses, de corruptions, de hontes et de revers? La situation oii nous nous débattons n'est-elle pas en grande partie leur œuvre ?

Ce qui me désole le plus, c'est de vous voir leur demander le mortel système de gouvernement par la terreur, pour lequel vous me paraissez avoir un certain faible. Il excelle, je l'avoue, à façonner les âmes pour la servitude, il les prépare à subir la férule du maître, de n'importe quel mattre, mais il les prépare aussi à se tourner contre lui. Il engendre la lâcheté et l'hypocrisie, ces vices infâmes, précurseurs de la trahison. Il s'accompagne de toutes les corruptions. Il flétrit les caractères, les abaisse et les mûrit pour passer des Panamas aux Dreyfusismes. Dans tout le cours de l'histoire il s'est signalé par les pires attentats.

Détestable instrument de règne, que l'ancien régime abandonnait, objet de Tuna-

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