UNE LETTRE DE M. DE MAUY
nime réprobation du pays exprimée dans les cahiers des Etats généraux, restauré par les esprits les plus dévoyés, le système de la terreur a perdu la Révolution française. Aussi dangereux pour les plus habiles h le manier que pour leurs victimes, il a fait tomber sous le même couteau la tête de Robespierre après celle de Danton. Il a fauché tant d'hommes d'Ëtat, de militaires, de savants, de philosophes, d'artistes, de poètes, de simples et obscurs citoyens et jusqu'à des femmes et des enfants, que la France en est restée amoindrie. Il a créé le vide qui fit avorter la Révolution, et qui, laissant le pouvoir de Bonaparte sans contrepoids, sans encadrement^ sans limites, sans base, privé de tout libre soutien, devait, en dépit de ce prodigieux génie, engloutir dans une irréparable catastrophe la fortune de la France absorbée par celle de l'Empereur.
Je ne vois pas trop à quel César nos adversaires destinent la succession de la République. J'ai entendu dire que la nature produit à peine un Napoléon P' tous les deux ou trois mille ans. Un Napoléon III serait moins malaisé à rencontrer, et Ton assure même qu'il y en a un tout prêt. En ôtes-vous
• là vraiment? Pouvez-vous espérer quoi que ce soit de bon de l'emploi de ces mêmes moyens» profondément immoraux, trop souvent essayés, chaque fois suivis des plus désastreux effets?
Assez, assez, de ces expériences-là!
« Sortons de ces cavernes... Que faut-il pour nous sauver? Un peu de sincérité... Sincérité! sincérité! seul salut des générations futures. »
J'aime à rappeler cette parole d'un républicain qui fut le type accompli de la probité politique et dont la clairvoyance géniale fortifiée par une science approfondie de l'histoire était encore avivée par un patriotisme toujours en éveil (1). Que de fois je l'ai entendu nous dire : ce Mais laissez donc ces petites habiletés, ces finesses. Pourquoi la méfiance envers le pays? Faites donc, tout simplement, ce que la France attend de vous, ce que vous avez tous promis et promettez sans cesse, ce qui est dans tous les programmes électoraux, l'application sincère et franche d'un régime de liberté. »
Hélas! l'obstacle est que la plupart de nos dirigeants manquent de confiance dans le
(i) Edgar Quinbt. — Si je l'osais, je solliciterais des lecteurs de ÏAclion française qu'ils Teuiilent bien se reporter à un article de la Nouvelle Revue du 15 août 1900 où j'ai reproduit quelques pages vraiment prophétiques de ce grand patriote.