UNE LETTRE DE M. DE MAHY
pays. Us ne connaissent pas le pays. Ils le méconnaissent, et c'est pourquoi, au lieu d'aller à lui carrément, à la bonne franquette, ils lui présentent la coupe empoisonnée qui égare la raison et le bftillon qui étouffe la voix. Le peuple, à son tour, moins aveugle que vous ne pensez, vous prend en suspicion. Quelle différence voulez-vous qu'il puisse faire entre les gens que vous lui dénoncez et vous- mômes, quand il vous voit tous, les uns et les autres, étaler les mêmes mœurs, tenir le même langage, pratiquer des procédés identiques, afficher le même mépris du suffrage universel, manifestation légale et légitime de la souveraineté nationale!
Peut-on contester que le suffrage universel, chaque fois qu'il a été en mesure d'exprimer librement sa volonté, ne l'ait fait avec discernement et sagesse? N'est-ce pas lui qui, dans les grandes crises de la seconde moitié du siècle écoulé, a sauvé le pays^ en 1848 et 1871, et après le 16 Mai, quand la guerre civile allait éclater? Et chaque fois qu'il a été opprimé ou faussé, la France n'en a-t-elle pas cruellement souffert? Ce qu'il faut, en conséquence, c*est de rendre normal et permanent le libre fonctionnement qui n'a été jusqu'à présent qu'exceptions accidentelles. La liberté du vote assurée (et rien n'est plus facile), c'en est fait de la ty-
rannie et de la corruption des meneurs électoraux.
Une réforme en ce sene a été proposée dans la précédente législature. Elle n'a pas abouti. Présentée à nouveau, elle est accueillie avec favevir et elle a toute chance d'aboutir cette fois. Pour peu que la presse nous apporte son concours, le succès est assuré.
C'est le commencement de tontj la condition siNEQUA NON, CETTE REFORME-LA.
La France n'a pas besoin de sauveur. Elle se sauvera elle-même. Ne le sentez -vous pas aux sûrs indices que nous donnent déjà les élections partielles? Â moins qu'une main sacrilège ne l'arrête par un coup de force, le mouvement de Topinion sera irrésistible. Toute la bande dreyfusarde, panamiste, cosmopolite, césarienne, réactionnaire, révolutionnaire, sera balayée. Une majorité républicaine à l'image du pays pourra alors entreprendre et appliquer les réformes et améliorations que voudra le pays, le peuple souverain.
De même que, du temps de Voltaire, Monsieur Tout-le-Monde avait plus d'esprit que Voltaire, de même aujourd'hui personne ne peut se flatter d'être plus sensé, plus honnête, plus intéressé au bien et plus capable de le réaliser que le pays... la France.
Mon cher monsieur Vaugeois, consenti-