‹ L'action françaiseChapitre 6 sur 189 · FRAUDES POUR INTRODUIRE L*INSTANCE DE REVISION · texte numérisé non relu

FRAUDES POUR INTRODUIRE L*INSTANCE DE REVISION

C'est le chapitre de l'histoire dreyfusienne qui reste encore assez obscur. Avant même qu'Alfred Dreyfus fût condamné, on connaît que MM. Waldeck-Rousseau et Joseph Reinach avaient fait des démarches à l'Elysée pour obtenir qu'il fût jugé dans des conditions insolites. A peine condamné et dégradé, l'on fut prévenu d'un complot ourdi pour le faire évader. Dès la fin de janvier 1895, feu le docteur Gilbert, du Havre, allié de M. Gabriel Monod, Helvète de naissance et huguenot de culte, chuchotait au président Félix Faure les premières paroles de revision. Le 1*' juillet 1895, M. Picquart était placé à la tète du service des renseignements et, depuis cette date jusqu'à l'intervention de M. Scheurer-Kestner, au 14 juillet 1897, les tentatives du même genre se renouvelèrent en quelque sorte de jour en jour.

Mais le droit absolu de reviser n'appartenait qu'au ministre de la justice, saisi d'un fait nouveau de nature à établir l'innocence du condamné. M. Scheurer-Kestner, sans produire aucun fait de ce genre, faisait à l'automne 1897 sa dernière démarche personnelle auprès du ministère Méline. Le Conseil, ayant eu la bonté

d'en délibérer, repoussa la requête, faute d'avoir le plus léger motif d'y faire accueil. Premier revers. On y fit face en dénonçant Eslerhazy. Celuici, enquêté et jugé, était acquitté. Le soir de cet acquittement, qui, pour beaucoup, devait tout clore, un jeune dreyfusien me confiait en souriant que « c4Îa n'était pas finir*. En effet, cela commençait. M. Zola publiait son f accuse. Le jury de la Seine le condamnait à un an de prison. Il insistait et le jury de Seine-et-Oise Tobligeait à quitter la France. M. Picquart, mis en réforme, était ensuite incarcéré.

Que se passa-til au juste à ce moment-là? Quel fut le rôle de M. Brisson? M. Brisson estil intervenu, comme on le raconte, auprès de M. Cavaignac, afin d'obliger celui-ci à se servir, dans son discours du 7 juillet 1898, de Tapocryphe forgé par Henry ? M.Godefroy Cavaignac a-t-il été déterminé de la sorte à une enquête sur ce document et à toutes les fautes politiques qui en sont sorties?... Il est tout au moins difficile d'admettre que les événements de la fin août 1898 aient été absolument spontanés. Les dreyfusiens avaient besoin d'un scandale qui eût enfin l'apparence d'un « fait nouveau ».Tout se passa comme s'ils l'eussent fabriqué de leur industrie.

De cet éclat date leur première fortune. La découverte de l'apocryphe et la démission de M. Godefroy Cavaignac éloignèrent quelques obstacles. Non tous. S'il y eut un Garde des sceaux pour accueillir l'instance de Mme Dreyfus, il se trouva également au ministère de la Justice une commission consultative qui, d'à-

bord par 3 voix contre 3, puis par 4 voix contre 2, refusa de découvrir à l*acte de Henry le caractère d'un fait nouveau de nature à établir l'innocence de Drevfus. Cet avis négatif causa parmi les dreyfusiens une telle stupeur que le , garde des sceaux, M. Sarrien, jusque-là leur docile et audacieux instrument, résista et fit le timide. Il n'osa prendre sur lui de passer outre à l'avis de sa commission. Cet homme courageux pria ses collègues du cabinet Brisson de s'associer à son acte, de manière à ce que personne n'en répondît seul. Ils y consentirent. Le conseil des ministres donna au ministre de la Justice l'ordre que venait de mendier celui-ci. Ainsi couvert, M. Sarrien saisit la Cour suprême de la demande de Madame Dreyfus.

M. Sarrien invoquait deux moyens de revision : 1^ ce qu'il nommait le faux Henry ; 2*^ ce quMl appelait la contradiction entre deux séries d'expertises au procès Dreyfus et au procès Esterhazy. Il convient de dire tout de suite une chose : Tun et l'autre moyen fut abandonné par la Cour. Dans son arrêt de revision (3 juin 1899) la Cour ne statua ni sur le prétendu faux de Henry ni sur la con tradiction prêtée aux experts. . .

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