POUR U ÉGLISE
POUR UÉTAT.
La liberté a des limites : tel est le sujet de la thèse que M. Waldeck- Rousseau soutient devant le Parlement, à propos des congrégations religieuses. La maxime est vraie, personne n'en a douté jusqu'ici, même pas le tyran dreyfusard qui dirige aujourd'hui nos affaires publiques, et dont les actes, depuis qu'il est au pouvoir, sont cependant marqués du sceau de l'arbitraire.
La façon dont le président du copseil interprète l'aphorisme au point de vue gouvernemental n'a pas non plus le cachet de )a nouveauté. Ses congénères opportunistes, ainsi que ses alliés les radicaux de toutes nuances, ont, depuis un quart de siècle, partagé son sentiment sur la matière : liberté abusive pour les amis, liberté confisquée pour les adversaires. L'innovation est en ceci que M. Waldeck-Rousseau veut faire légaliser^ par avance, une interprétation malhonnête et criminelle du mot liberté.
Jusqu'à présent, sinon par pudeur (les individus de son espèce n'en sont pas doués), mais du moins par calcul et par prudence, les partisans de cette glose n'avaient osé jeter le masque, ni braver si publiquement Thonnêteté. Mais ne sont-ils pas aujourd'hui maîtres absous de la nation? Est-ce que la masse des honnêtes gens,en dehors de quelques protestations isolées, et dont les efforts sont rendus impuissants par
cet isolement même, est-ce que la masse des honnêtes gens essaie de réagir contre la léthargie dans laquelle elle est plongée ?
L'amalgame de coquins, juifs, francs-maçons, anglo-saxons, internationalistes, financiers de haut Tol, agents de TAllemagne et de TÂngleterre, ont donc pensé que le moment était venu de tirer profit, pour leurs menées ténébreuses, d'une situation si privilégiée. Non contents d'avoir accaparé les trois quarts de la fortune de la France, ils veulent maintenant étrangler ce pays auquel ils doivent tout. Ont-ils, à aucune autre époque, pullulé et pillé avec une tranquillité si parfaite et un cynisme si révoltant? La liberté a des limites ! Certes oui, et je vois bien que sous le régime actuel, si les voleurs ont la liberté de commettre leurs forfaits, les gens honnêtes n'ont pas la liberté de se défendre, ni même de se plaindre.
Ce résultat devrait leur suffire ; il n'en est rien. Les mécréants et les parpaillots de toute espèce n'ont point encore assouvi leurs appétits, ni leur haine du nom français.
Après avoir mis nos finances en coupe réglée; après s'être enrichis des dépouilles des malheureux naïfs qui, dans leur candeur, avaient foi dans l'honneur des gouvernants et croyaient en la protection des justes lois ; après avoir été, grâce à ces richesses mal acquises, en mesure d'acheter la conscience des juges ; après avoir ensuite, pour plus de sûreté et grâce à l'épuration de la magistrature, huche leurs affidés sur les sièges du prétoire et introduit leurs créatures dans les parquets ; après avoir, pour
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leurs fils, leurs petits-fils et leurs neveux, accaparé toutes les fonctions de nos administrations publiques; après avoir, par les Cornélius Her/, les von Reinach et toute la b^nde des cosmopolites, désorganisé la défense nationale, les voici qui exigent les biens des congrégations par voie de confiscation ! Et pour achever leur œuvre de corruption, de démoralisation, ils trouvent dans le ferment putride du parlementarisme la bêtise, la lâcheté et la complicité nécessaires.
L'Allemagne et l'Angleterre, Tltalie et la Franc-Maçonnerie, Guillaume II et Edouard \1I, Victor-Emmanuel et Lemmi, c'est-à-dire tous les plus violents ennemis de la puissance française,se sont unis pour que la folie de nos politiciens atteigne au paroxysme: ils sont près du but. En ébranlant chez nous la foi catholique, et en jetant ainsi le trouble dansles sentiments religieux d'un grand nombre de nos concitoyens, ils sont parvenus à mettre le désaccord dans certaines familles, à créer un courant d'internationalisme favorable à l'ingérence et à la domination étrangère en France. Quoi qu'ils fassent, ils ne parviendront pas, j'en suis sûr, à lancer l'un contre l'autre le clergé séculier contre le clergé régulier, mais ils espèrent tarir les meilleures sources où s'alimente le denier de Saint-Pierre et obliger le Pape à tourner ses regards vers une autre puissance que la France. Du même coup, nos missionnaires en Orient et en Extrême-Orient seront supplantés par des rivaux étrangers.
Les Sociétés évangéliques, la Franc-Maçon-
nerie et rAlliance universelle israélite ont formé \di coalition de V indignité^ et elles ont rédigé des conclusions qu'elles font défendre à la tribune par leur avocat Waldeck. Le projet de loi sur les associations, on ne pouvait s'y méprendre, n'est qu'un vulgaire stratagème pour introduire une procédure contre les congrégations religieuses. Ce projet, plein de roueries et de chausse* trapes juridiques, avec, pour base, la confiscation érigée en un moyen légal pour s'approprier, disons le mot, pour voler le bien d'autri à bon compte, c'est la synthèse des actes qui caractérisent le régime oligo-anarchique que nous impose l'influence étrangère.
Le Gouvernement agite le spectre de la mainmorte ; il accuse les congrégations de posséder des immeubles valant un milliard, mais il oublie de remarquer que l'administration des contributions indirectes et celle de l'enregistrement ne sont pas d'accord. La première, en 1899, n'a taxé les congrégations que pour 489 millions. 11 est vrai que les fonctionnaires de Tenregislrement, avec une insigne mauvaise foi, attribuent aux congrégations des biens qui appartiennent à d'autres propriétaires. Elle néglige de dire que si les congrégations autorisées possèdent des immeubles estimés environ 400 millions de francs, ces propriétés n'ont été acquises qu'avec * l'autorisation et sous la garantie de l'Étal, et que ces biens sont légalement intangibles. Mais M. Waldeck-Rousseau lui-même a abandonné à la tribune ce chiffre fantastique du milliard : il se contente de la moitié !
Pour rattraper le terrain perdu par Waldeck,
son complice Brisson reprendle milliard, et, se basant sur une méthode empirique, il ose avancer que la richesse immobilière est à la richesse mobilière comme 1 est à 10 et il en conclut que les congrégations religieuses possèdent dix milliards. Il serait difficile d'être plus fourbe ou plus dément. Le pontife du Grand-Orient ne veut pas tenir compte que si la règle est relativement vraie pour les propriétaires laïques, elle est fausse pour les trois quarts des congrégations. Si quelques-unes d'entre elles sont prospères et s'enrichissent non par des prédications, ni par l'enseignement, mais en s'adonnant àdes industries rémunératrices, il en est d'autres — la majeure partie — ayant des immeubles qui coûtent et ne rapportent rien. L'entretien de ces derniers est assuré non par des revendus commerciaux ou autres, mais par les dons manuels et les aumônes que les congrégations reçoivent. La fortune de ces dernières est donc loin d'être consolidée. Chaque année, les ressources doivent être, au fur et à mesure de leur emploi, renouvelées non par des bénéfices certains, mais par des recettes tout à fait aléatoires. C'est une situation spéciale aux congrégations, car aucun propriétaire laïque ne pourrait posséder dans ces conditions. La méthode empirique qui s'applique à ceux-ci ne convient donc pas à celles-là, seule la mauvaise foi peut le prétendre.
Sans entrer dans l'examen de tous les articles du projet de loi, chose inutile d'ailleurs et qui dépasserait les limites de cette étude, qu'on scrute seulement toutes les arrière-pensées
contenues dans le lexle de l'article premier, et celles que renferme Tarticle 2.
L'article premier n'était pas favorable aux congrégations, mais affectait de vouloir traiter toutes les associations, laïques ou religieuses, sur le même pied. L'amendement Groussier, modifié par le socialiste Fournière, et qui sert de complément à Tariicle premier, en change tout à fait la signification et la portée. L'amendement Groussier, devenu l'article 2, place pour ainsi dire les associations religieuses en dehors de la loi. Il les oblige à solliciter l'autorisation préalable, alors que les associations laïques en sont exemptes; il les condamne à la mort sans phrases puisqu'il les subordonné à l'arbitraire administratif.
Le gouvernement, dans son hypocrisie,80uhaitait qu'une semblable disposition vînt modifier Je texte de sonprojetde loi. Il n'avait pas proposé cette exception de défaveur afin de se donner une vague apparence d'impartialité : il comptait sur les sectaires de sa majorité pour lui rendre ce service.
Le président du conseil emploie la même manœuvre à l'égard de l'article 12. Il aura la main forcée en séance publique par les socialistes, qui obtiendront que le pouvoir exécutif ne puisse dissoudre, par simple décret, les associations laïques comprenant des Français et des étrangers; les associations religiauses seront exclues du bénéfice de cette précaution légale. Les francs-maçons et les internationalistes auront un double motif de se réjouir.
L'internationalisme, jouissant de tous les
privilèges, ne voit-il pas disparaître la loi de 1872 qui était une mesure défensive contre l'envahissement du cosmopolitisme ? M. Waldeck Rousseau a osé en effet, delà tribune, lancer ce défi au patriotisme, en déclarant que cette loi était virtuellement abrogée par la loi sur les associations.
Mais toute l'idée maîtresse, tout le priqcipe génial, tout le machiavélisme de la loi en discussion réside dans les dispositions draconiennes en même temps que partiales de l'article 2. On pourra ergoter, discuter, modifier plus ou moins les autres articles ou faire de l'obstruction systématique en multipliant les amendements, rien n'y fera, rien n'atténuera l'importance ni les conséquences de Tarlicle, dénommé par avance Tarlicle de la mort.
Jamais les principes fondamentaux du droit n'auront été plus indignement violés. C'est contre cet arbitraire, c'est contre la théorie des biens vacants, c'est contre la confiscation inscrite dorénavant dans notre Gode que nous protestons. N'épousant pas les haines des spoliateurs, j'entends d ici crier au cléricalisme; cela m'importe peu. Je n'ai pour règle de conduite que ce qui m'est dicté par ma conscience, les vociférations des énergumènes n'auront pas ledondem'émouvoir.
A Y Action française^ nous ne sommes pas des cléricaux : l'esprit français inspire notre pensée, les idées libérales dirigent nos travaux. Personnellement j'affirme ma foi catholique, mais la plupart de mes collaborateurs ne professent aucun culte.
Je suis le premier à m'élever contre les écarts auxquels les moines peuvent se laisser entraîner. Que Ton rencontre chez certains d'entre eux et dans les œuvres catholiques un regrettable égoïsme, je n'y contredis pas. L'atmosphère pestilentielle au milieu de laquelle nous vivons lésa beaucoup trop contaminés déjà.. On ne saurait nier que l'argent préoccupe quelques ordres monastiques bien plus que le service de Dieu. Vivant en dehors des soucis quotidiens de l'existence matérielle, ils ont une propension marquée à s'isoler encore davantage. A part les congrégations dont la mission unique est d'hospitaliser et de soigner des malades, des infirmes, des incurables,les autres ne compreanent pas la charité et se refusent à soulager, comme elles le méritent cependant, les infortunes qui accablent les classes moyennes. Certaines congrégations ne donnent rien, ou donnent peu et mal. C'est manquer aux prescriptions fondamentales de la religion que leurs prédicateurs enseignent. L'exemple est mauvais et l'acte est en opposition formelle avec la doctrine du Christ.
Les œuvres de bienfaisance et d'assistance chrétiennes demandent qu'on secoure son prochain avec tact, avec délicatesse, avec une réelle grandeur d'âme, autrement Ton risque de froisser et d'humilier celui qui sollicite et celui qui reçoit. C'est tomber alors dans les vices et dans les inconvenances de l'assistance publique officielle. La main gauche du catholique doit ignorer ce que donne la main droite, par respect pour Dieu lui-même. Les bonnes œuvres à tapage, celles que Ton inscrit sur une fiche, qui
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laissent une trace dans un dossier et qui sont précédées d'une enquête, ne sont pas dignes de s'appeler œuvres catholiques. Elles procèdent d'un sentiment de vanité ou d'intérêt, Tamour du prochain n'y est pour rien. Je me garderai donc de défendre des associations, soidisant charitables, qui pratiquent ce genre de bienfaisance mondaine : il en existe à Paris. Je ne défendrai pas davantage les quêtes que font les couvents chez les grands juifs, je dis plus : je les réprouve et je les condamne;eUes sont attentatoires à la pureté du dogme chrétien, elles sont toujours le résultat d'une suite de compromissions blâmables avec ceux qui mirent Jésus en croix. Ces compromissions-là produisent aujourd'hui leur fruit; la loi contre les congrégations religieuses n'aurait jamais été proposée si des religieuses et des prêtres catholiques n'avaient eux-mêmes aidé au développement de la puissance judéo-maçonnique, en favorisant les unions matrimoniales et les relations mondainesentre catholiques et juifs. Jamais une majorité ne se serait rencontrée à la Chambre pour spolieretanéanlirles congrégations. Ce spectacle démoralisant a jeté la perturbation dans l'esprit d'un grand nombre d'électeurs. Ceux-ci, serefusantjusqu'à présent à soutenir les doctrines socialistes , et déçus dans les espérances qu'ils avaient le droit de fonder sur les conservateurs, ne sont pas intervenus dans les scrutins.
Le nombre des abstentions dans les élections législatives s'élève à plus du tiers des électeurs inscrits. Le fait est conslaté depuis plus de quinze ans. Mais que sont les abstentionnistes? c'est ce
qu'on ne s^est pas demandé. Ils représentent les éléments modérés de la classe moyenne, de la classe qui souffre le plus, de celle à qui personne ne vient en aide dans les moments de détresse: le petit employé, le petit commerçant, la petite bourgeoisie. La société se transforme, les difficultés de la vie s'accroissent, et ces éléments modérés en subissent le contre-coup durement. Pour eux pas de progrès, sinon dans les abus dont ils supportent les conséquences et soldent tous les frais.
Dans leur infortune, ils comptaient sur l'Eglise et sur le Parlement: tout leur manque à la fois. De quelque côté qu'ils se tournent, ils n'aperçoivent aucun point d*appui. Dès qu'ils exposent leurs doléances, dès qu'ils sollicitent un concours financier, ils deviennent suspects, toutes les portes se ferment. Leurs actions méritoires se changent en griefs contre eux. Ils demandent de l'argent, on leur prodigue des conseils. A Tégoïsme féroce on joint l'ironie amère. Rebutés par les uns, dédaignés par les autres, des hommes dignes du plus vif intérêt ne peuvent s'empêcher de ressentir une impression de dégoût pour toute l'hypocrisie dont ils sont d'abord dupes et puis bientôt victimes. Pour cesser d'être dupes, ils s'abstiennent. C'est donc cette masse d'abstentionnistes qu'il s'agit de conquérir, car c'est elle qui seule, par son appoint, pourrait changer le sens de la consultation nationale.
Mais par une sorte d'aveuglement incompréhensible, tandis qu'ils délaissent la classe moyenne, les congrégations, les œuvres catholiques et les conservateurs affectent de ne se
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préoccuper que de la classe ouvrière. Il n'est pas jusqu'au Pape qui, dans sa dernière encyclique sur la DÉMOCRATIE CBRÉTiENNE, ne s'égarc sur ce point. Est-ce que les ouvriers sont les plus malheureux de nos concitoyens? Nullement. Pourquoi dès lors se passionner si exclusivement de leur sort ? (Test que les ouvriers sont à craindre pour leur violence, c'est qu'ils se groupent et s'agitent; c'est que nous sommes en République et qu'il faut flatter le peuple. On pense se l'attacher et parvenir ainsi à renverser l'ordre de choses actuel. Quelle erreur!
Est-ce que le quatrième état se contentera désormais des avantages promis par la classe aisée? Est-ce que l'ouvrier ne recevra pas d'autres promesses et ne verra pas luire d'autres espérances du côté des socialistes? Les catholiques et les conservateurs perdront leur temps à vouloir réaliser cette utopie. Les théories socialistes, quoique fausses et décevantes, ont fait trop de chemin; propagées officiellement aujourd'hui,elles auront raison de toutes les théories opposées, il est vrai que les congrégations et les œuvres catholiques se seront donné la satisfaction de faire la bienfaisance à prix réduit, la charité à quarante sous.
Leurs illusions, par contre, les ont menés progressivement jusqu'aux scandales de la loi sur les associations. Au moins voient-ils clair maintenant, et distinguent-ils que leur politique malencontreuse, aussi bien que leur égoïsme, les a précipités dans les pièges des francs-maçons, jeté^ dans les fers des Juifs et mis la France dans
les mains de l'étranger? Non, leur aberration continue.
Et n'est-ce pas un phénomène singulier que les socialistes, les radicaux, les opportunistes et les conservateurs, ralliés ou non à la République, soient, à part quelques rares exceptions, les défenseurs attitrés de ceux qui engendrent tout le mal ? Ce qu'il y a de douloureux à constater, ce qui achève de déprimer la conscience publique, ce qui permet d'aflirmer que le relèvement de la France ne s'obtiendra jamais par des élections, c'est qu'aujourd'hui encore, malgré les enseignements de l'heure présente, la vieille aristocratie française et des prêtres catholiques soutiennent et fréquentent les Juifs. Des écrivains, des conférenciers, des orateurs qui se proclament bien pensants, par une de ces contradictions qui stupéfient la raison, s'efforcent dedéfendre les congrégations etles œuvres catholiques, en même temps qu'ils veulent protéger la race d'Israël. Pour quels motifs? Relations de famille ? Questions d'intérêt? Ainsi donc Dieu est sacrifié aux affaires, l'État est livré aux cosmopolites, l'Église est vendue pour les trente deniers de Judas !
Mais s'il y a des fautes commises contre le dogme, cela ne regarde pas le Gouvernement. C'est une question d'ordre intérieur dans laquelle il n'a pas à intervenir. Ni la liturgie, ni la théologie, ni la surveillance de l'emploi des fonds charitables des congrégations ne rentrent dans ses attributions. C'est à l'autorité ecclésiastique seule qu'incombe le soin et le devoir de sévir et de réformer. Et il est manifeste que la loi sur les
associations n*a pour objet que de saper la religion catholique elle-même. On attaque aujourd'hui le clergé régulier, pour abolir le Concordat et attaquer demain le clergé séculier.
Que peut-on cependant reprocher à celui-ci qui, pauvre même dans les grandes villes sauf dans quelques paroisses privilégiées, remplit dignement et silencieusement les fonctions de son sacerdoce? Autant que ses ressources le lui permettent, il répartit de son mieux les secours entre les fidèles frappés par l'infortune. Placé au milieu de ses paroissiens, il les connaît et les juge suivantleur mérite respectif et suivant leurs besoins. Il faut voir ce clergé de près pour en apprécier tout le mérite. Nul doute cependant qu'il ne soit menacé lui-même avant peu si les congrégations succombent. Quand la haine est déchaînée, et quand l'arbitraire peut s'abriter derrière la loi, quand la force n'est plus la sanction de la loi, mais quand la loi se met à la remorque de la force pour légaliser tous ses forfaits et lui décerner un certificat de moralité, tout est à craindre.
Ce serait donc un désastre pour notre malheureux pays si, grâce aux passions des sectaires, l'étranger, avant d'envahir notre territoire comme il s'y prépare, parvenait à faire naître au préalable une guerrô religieuse en France. Les manifestations et les applaudissements qui ont accueilli Guillaume à Londres constituent un symptôme significatif.
Il suffit d'ouvrir les yeux pour le voir; II suffit d'ouvrir les oreilles pour l'entendre...
Robert Bailly.
AFFICHEURS ET DÈSAFFICHEURS
TnnnnrnnnrMMum
Nous avoDS depuis quelques jours une Revue morale : sans même en couper les feuillets, tout homme de sens comprendra que le premier devoir n'est pas de la lire, mais d'en rire. H n'y a pas au monde un objet plus plaisant que ces entreprises soudaines de moralité nationale.
Le propre de ces moralistes et, au juste, leur ridicule c'est de ne rien entendre à ce que sont les mœurs. Les mœurs sont des effets. Elles naissent d'un immense plexus de causes aussi lointaines que profondes et puissantes que variées Des esprits réfléchis, préoccupés de la réforme intellectuelle et morale, songeront à traiter ces causes. Par exemple, ils rétabliront et réformeront l'éducation religieuse. Ils reconstitueront la famille brisée par les lois consulaires et impériales. Us ranimeront de leur mieux la vie locale, pour arrêter le développement des grands centres, toujours malsains. Ils encourageront toute politique rurale. Ils travailleront à réduire la fièvre démocratique, à rendre à chaque classe le sentiment du quant à soi et, en quelque sorte, le patriotisme professionnel. En établissant une raison dans TElat, si cette raison n'est point trop changeante, peu à peu, par quelques actes d'autorité maintenus et continués, surtout par des exemples tombés de haut, l'on aura quelque chance de rendre au courant général des mœurs publiques les éléments de la vigueur qui leur fait défaut.
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Les raoralisles de profession ont, il est vrai le soin d'écarter de toute leur force les hautes questions de ce genre.Pas de politique, surtoutllls ne savent pas que la question morale est une question sociale et que la question sociale se ramène elle-même à une question politique Parce que la politique enveloppe tout et qu'un très grand nombre de bonnes gens s'obstine à vouloir Fignorer, tous les actes les mieux intentionnés et les plus droits se trouvent empoisonnés, à leur source même, de cette erreur : le plus heureux qui puisse arriver est que Tautorilé, la fortune et l'éloquence se dépensent en vain; mais il arrive pis, il arrive qu'elles se dépensent souvent contre Jeur objet quand elles se trouvent à la disposition d'un rhéteur ou d'un charlatan.
Je suis allé, voici cinq ans, regarder les affiches pieuses qu'avait placardées dans Paris une congrégation de dévots moralistes. On les appelait les «Compagnons de la vie nouvelle» Ils annonçaient partout qu'ils voulaient restituer aux hommes de notre race le sentiment, la religion de la pure beauté. Ce programme m'avait bien disposé pour eux. C'était un programme excellent. Toutefois, lorsque j'aperçus, boulevard des Italiens, leurs affiches neuves,un trouble secret me saisit. Tout d'abord j'éprouvai qu'elles ne me rendaient pas meilleur. Elles excitaient môme en moi le sentiment d'une obscure tristesse, c'est-à-dire la pire d'entre toutes les pas sions. Autant une douleur aiguë et pénétrante est un bon tonique de l'âme, autant la diffuse atmosphère d'une idée triste encotonne, endort
▲CnOlf FRARÇ. — T. IV. ; g.)
312 L'aCTIOII F^ASIÇàSSÊ
diaiinue. Et ces affiches étaient tristes. Elles me donnèrent l'envie de dénigrer. Tout en admirant les sujets (c'était V Enfance de sainte Oeneviève)ei tout en songeant à Puvis dont elles reproduisaient le rêve divin, je me demandais si les bons moralistes n'eussent pas mieux servi l'intérêt du grand art et la sol idegloiredeM.de Chavannes en organisant au même point dumême boulevard des départs d'omnibus pour la place du Panthéon.. Les bonnes copies ont du bon, les originaux valent mieux, et les originaux de l'Enfance de sain le Geneviève sont apposés dans le. monument de Souftlot.
J'en étais là de mes tristessesquand, le lendemain, je pus lire en d'autres journaux qu'il ne s'agissait point du tout de développer le goût du public, mais son sens moral.
— A la bonne heure! dis-je,elje me mis à regarder la question de ce point de vue.
M. Desjardins s était donc aperçu que les images sont des forces de persuasion et d'action : par un instinct d'imitation naturel à l'humaine espèce, ce que nous voyons devant nous, nous éprouvons le besoin de le répéter en nousmême. Gela passe dans nos idées et plus tard dans noire conduite. Ainsi, par exemple (nous vivions sous la présidence de M. Félix Faurej, quand une grande affiche, flattée d'une vive couleur, expose à nos regards un bel homme, d'un âge mûr et pourtant vert encore, ferme et haut, campé d'aplomb sur ses guêtres blanches et ceint du grand cordon de la Légion d'honneur, si cet avantageux personnage tient à la main un petit verre d'une liqueur brillante et dorée,
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s'il rit à Télixir, si r<^lixir lui rit, s'il y goûte du coin de Tœil, nous sentocs aussitôt le désir d'i* miter le buveur très illustre, à condition que nous ayons quelque penchaut pour ces sortes d'alcool. Il s'y joint même Tidée confuse que la boisson nous proiilera. Buvons-eji , noussermis tous fartHy dit la légende, et ce calembourg présidentiel n'avait pas besoin d'être écrit, se trouvant implicitement contenu dans le trait et dans la couleur.
Telle est la force des symboles sur les esprits humains. Mais il faut qu'ils soient bien choisis, d'ordre pratique, et à leur place. Il faut aussi qu'ils correspondeut à la secrète inclination de ceux auxquels on le propose. Les anecdotes de la vie de sainte Geneviève devaient tenir un langage plutôt obscur et incertain à ce monde de coulissiers, de gens de théâtre, de cercle, qui allaient et venaient devant la palissade désormais historique à laquelle M. Desjardins placardait son cri de vertu. Les passants parisiens sont de grands profanes. Et c'est le plus sacré, le plus mystique des sujets. J'ose même penser que la méditation de la vie et des attitudes de la pastoure de Nanterre ne fut pas le mobile de la conversion de M. Paul Desjardins quand il quitta le siècle et la vie littéraire pour l'apostolat protestant. «Je ne le vois pas en prière contre un tronc d'arbre, ni à genoux et les mains jointes au milieu d'un carré de petits moutons.
Sans doute il y a dans les panneaux de Puvis d'autres personnages que la patronne de Paris. J'en connais un très beau : c'est une jeune femme qui s'accroupit pour traire les vaches.
GeUe femme, seloD l'évangile de l'affichage, eslelle là pour nous prêcher d'aller et de faire de môme ? Et faut-il mettre le derrière sur le sol et, pour être moral, presser avec méthode le pis d'une bonne laitière? Je m'avouais que la besogne passait mes moyens. Si la moralité se paie ce prix, j'en désespère. Mais peut-être que l'admirable trayeuse de Puvis ne donne pas ce conseil. En ce cas, que fait-elle? Que me voulaiton avec elle? Et quel était son rôle dans cet affichage dévot?
Ce rôle est nul, me répondait-on : les personnages de Puvis ne prêchent point. — Mais en ce cas il ne servaient aucunement l'action morale et Ton avait faii autour d'eux beaucoup de bruit pour rien.
On me répliquait, il est vrai, qu'il règne dans V Enfance de sainte Geneviève une douce atmosphère de paix rustique et d'enchantement religieux qui peut donner le goût d'un genre d'existence plus uni et plus simple que celui que nous menons tous. A qui donnera-t-on ce goût? Quelques âmes tines et déjà converties y seront sensibles ; mais, si la passion ou l'intérêt les presse, pour combien de temps? Quelque concession qui soit faite aux moralistes, il resle qu'à ce formidable chaos de sottise, de corruption, d'indiscipline et d'anarchie qui compose la civilisation moderne, ils croient opposer un correctif véritable en faisant afficher quinze cents paysages idéalistes! La disproportion de ce moyen avec cette fin me resta le sujet d'une éternelle et bien lamentable gaieté.
Après huit jours de réflexion, le grand me-
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neardes « Compagnons de la vie nouvelle » finît lui-même par éprouver la saveur saugrenue de son affichage. Il déclara lui-même à un rédacteur du Figaro qu'on avait répandu des bruits inexacts et qu'il ne songeait point à guérir le mal moderne avec ses affiches. Non. Mais il tenait un remède supérieur. Ce n'était pas avec quinze cents images, c'était avec deux cents apôtres déterminés, hommes de nerf, hommes d'action, qu'il convertirait en altruisme l'égoïsme des foules, en charitables concessions leur lutte pour la vie, et qu'enfin il complanterait de bosquets arcadiens tout le champ de la dure bataille parisienne. (< Déjà, déclarait-il, on nous écoute... I)
Oui, nous vous écoutions !
Je ne trouvais à comparer, comme apôtres, à ces « Compagnons de la rie nouvelle » que les membres de la confrérie de M. Bérenger contre la licence des rues : également parfaits dans leurs intentions, également inflitigables et inutiles.
Ces derniers, à la vérité n'affichaient point, ils désaf fichaient ; mais ils désaflicbaient en vain. Ce qu'ils arrachèrent d'un mur repoussa sur le champ et sous une autre forme, souvent plus indécente eu^'ore, au mur voisin. Pourtant, ils ne se lassent pas. Ils continuent leur vertueuse et désespérante fonction. Et c'est ce dont la Revue morale, leur organe, les glorifie en son premier numéro. Nous avons, disent-ils, intenté tant de procès, obtenu tant de condamnatiQus, vaincu et fait disparaître tant de journaux, tant de pièces de théâtre. — Et les pauvres gens, se frottant les mains, s'imaginent avoir bien
amélioré nos mœurs publiques 1 Ils en ont seulement effacé quelques signes, les plus voyants et les moins dangereux peut-être. Les puissances qu'ils ont réussi à voiler n'en opèrent que mieux dans Tombre. Le père La Pudeur a beau lerriGer, comme on Ten loue, directeurs de théâtres, marchandes de Journaux : il ne s'en prend au mal, lorsque mal il y a, qu'après que tout le mal est fait, et ses victoires ne sont obtenues que sur des morts.
Ce qu'il fait, ce qu'on fait à la pauvre /?eviie morale ei ce que font les « Compagnons de la vie nouvelle *, afficheurs ou désafficheurs, se peut résumer assez bien dans un exemple.
Voici un ictérique. Sa peau jaune trahil le mal dont il estaflligé. Mais les deux thérapeutes qui sont debout de part et d'autre du chevet prennent l'indice de ce mal, cette coloration du teint, pour le mal lui-même. C'est pourquoi le plus vieux (c'est M. Bérenger) ordonne à ses aides de racler aussi vivement que possible la couche bilieuse qui injecte la peau ; un peu moins radical, non moins chimérique, son jeune confrère (c'est M. Desjardins) propose de prescrire une application de blanc de céruse.
Puisque tout est possible, il se peut que le malade ne meure pas ; mais je doute que ces traitements le guérissent.
Charles Maurras.