‹ L'action françaiseChapitre 75 sur 189 · UNE RÉPONSE A M. DE MAHY · texte numérisé non relu

UNE RÉPONSE A M. DE MAHY

Le Grand-Orient, il est vrai, oriente bien mieax la France ! Si tout va mal, c'est la faute aux régimes déchus. 11 me semble que le régime actuel n'a laissé sa part à personne...

La Terreur et César empêchent M. de Mahy de dormir. Il devrait ouvrir les yeux sur le jolicommencement de Terreur qui se pratique en ce moment et sur le césarisme anonyme et collectif qui sévit sous le nom de République.

Mais il est optimiste : On manque^ dit-il, de confiance dans le pays ! il n'y a qu'à aller carrément là, à la bonne franquette! Réactionnaires, que venez-vous faire dans cette idylle, avec votre coupe empoisonnéel — « Confiance! Confiance! » criait Girardin, le lendemain du 24 février. Le 31 mai et le 27 juin montrèrent bientôt combien la « confiance» en Tinstinct populaire était justifiée.

Eh quoi! V07i8 méprisez le suffrage universel, cette manifestation légale et légitime de la souverain neté nationale? — On ne le méprise pas, on le redoute! Il est si bien chambré par les Loges, et il nous donne sous leur direction un si louable Parlement! Voyez plutôt les dernières élections (Lot, Gard et Paris).

Le suffrage universel si cher à M. de Mahy nous a donné en 1848 une Assemblée qui n'a rien su organiser et n'a empêché ni les journées de Juin, ni Télection de Louis Bonaparte : elle a, par tous les moyens, favorisé cetfe élection (1).

(1) Par exemple en excluant à une forte majorité les princes d'Orléans des droits électifs, alors qu'elle accueillait trois ou quatre Bonaparte.

1871 fut, mais à quel prix! la seule vraiment louable manifestation du suffrage universel laissé libre. Quant aux élections qui suivirent le Seize-Mai, elles furent Toeuvre de Thiers et de Gambetta.

Mais où prend M. de Mahy que la guerre civile eût éclaté si les 363 n'eussent pas été renommés? C'est grandir à des proportions épiques ce groupe de factieux, de médiocres et d'impuissants qui ont préparé le régime actuel. Quant à M. le duc de Broglie, à qui Ton rendra quelque jour plus de justice, il n'eut que Je tort de ne point réussir. Il sentit avec un véritable sens politique l'absolue nécessité d'une résistance au mal quil prévoyait pour un avenir peu éloigné; il tenta un commencement de coup d'Ëtat (la dissolution de la Chambre) sans avoir les éléments qui lui eussent permis de le pousser aux dernières conséquences : une Chambre haute pour l'appuyer, un prétendant résolu que le ministre pût offrir au pays. Le comte de Chambord s'était lui-même exclu, le comte de Paris était lié par ses engagements envers l'aîné de sa Maison. M. le duc de Broglie, très loyalement, ne voulut pas faire l'Empire^ que soutenait M. de Fourtou, qu'eût accepté le maréchal. En politique, les talents et la bonne volonté ne suffisent pas : il faut être aidé par la fortune.

Hélas I M. de Mahy, peu soucieux de rhisloirC} ne l'est guère non plus des réalités actuelles. Assurer la liberté du vote lui parait ci très facile ».

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