QUELQUES TRAITS MORAUX ET CIVIQUES DE LA CENSURE
RÉ VOL UTIONNAIRE
Un livre que toat le monde devrait savoir par cœur — c'^M Histoire de la Société sotis la Révolu^ iion des frères de Goncourt que je veux dire — fournit de savoureuses remarques sur la posture que tinrent nos grands ancêtres à Tégard des personnes gênantes et inciviques qu*on nomme les Muses et les Beaux-Arts. Je conjure ceux de mes lecteurs qui ne Tauraient point lu d'y recourir, et de s'arrêter à la fameuse séance du jury des prix de Rome pour 1794.11 y a là-dedans des traits d'une comédie si incroyable, quoique prévue, qu'on ne peut en donner l'idée sans citer les originaux. Aussi n'en dirai-je rien de plus.
Les citations que l'on va lire y doivent servir de supplément.
Je crois bien faire de les produire ici, quoiqu'elles ne soient point inédites. Mais,enterrées qu'elles sont dans des revues spéciales (i), elles .' risqueraient de ne jamais se faire lire des philo- . sophes et sociologues faits pour les apprécier.Ce sont pourtant de beaux morceaux en leur genre, et qui peignent à souhait leur époque, autant
(1) Tontes ces citations sont cmprantées i la R$vue de VArt français, année 1897, pp. 349-389. J. Guiffrey : Les modèles des Gobelins devant le jury des Arts en sep^ tembre 1794.
qu'ils répondent de façon péremptoire à ces Olibrius qui de temps en temps s'élèvent des pénombres de Textréme gauche pour vanter Tintervention bienfaisante des sauvages d'abord dans les Ârls. Si Ton en croit certaine inscription gravée au frontispice de la galerie d^Apoilon au Louvre, la Convention devrait passer pour une sorte de mère des Arts et pour n'avoir été composée que de mécènes doublant autant de septembriseurs.il y parut aux autodafés de tableaux etd*ouvrages de toutgenre qui,sous le nom d'emblèmes féodaux, périrent dans cette époque imbécile. Ce fut le tragique de l'affaire; ce que je vais rapporter tient plus de la comédie.
Il est tiri d'un recensement fait en date du 30 messidor an II, soit 1794, des tapisseries que les Gobelins avaient en cours d'exécution et des modèles qu'ils conservaient. L'examen porte sur deux points : le mérite de l'art premièrement, et en second lieu, chose non moins importante, la conformité des sujets avec « les idées et les mœurs républicaines )>. Voici :
« Le Comité de Salut public de la Convention « nationale, après avoir entendu la Commission « d'agriculture et des arts,
« Arrête :
« Article premier. — Il sera incessamment u formé un jury d'artistes pour examiner les (( tableaux existants aux manufactures natio- « nales des Gobelins et de la Savonnerie et (( déterminer ceux qui, à raison de leur perfec- « tion, méritent d'être exécutés par les ouvriers (( de ces manufactures.
« Art. 2. — Seront exclus de l'exécution en