OVBLQUES TRAITS MORAUX ET CIVIQUES
que loutce qu'elle conservait d'ancien, déclarera son esthétique. Le voici sans en retrancher un mot :
a Allégorie destinée à meubler le Palais de <c Justice. Petite pièce. — Minerve couvre la a France de son bouclier et lui présente le génie « de la Justice tenant d*une main Tépée et de « l'autre le niveau. Il foule aux pieds la Tyran- « nie et les ordres abolis.
M Moyenne pièce. — La France, inspirée et « dirigée par le génie de la Démocratie, reçoit <c des mains de Minerve le code des lois répu- « blicaines, basées sur les droits impres- « criptibles de l'homme, desquels la Nature « présente les tables. Le peuple français, repré- « sente par un jeune guerrier, applaudit aux « nouvelles lois et étouffe un loup qu'il a tertt rassé : emblème de la cruauté des conjurés et « des tyrans. Un génie tient le faisceau de o l'union et le drapeau national. L'Histoire « écrit sur les annales de la République les « époques glorieuses de la Révolution. La Yigi- « lance foule aux pieds la figure de l'Envie.
« Grande pièce. — Minerve, assise aux pieds « de la statue de la Loi, remet à Hercule, ema blême de la force du peuple, le décret qui a abolit les vices de Tancien gouvernement, re- « présenté par les Harpies. A Vaspect de la Loi, les « Vices prennent la fuite et les Vertus viennent les « remplacer. La Renommée publie la régéné- « ration de la France en proclamant les droits c de l'homme et la Constitution démocratie « que. »
N'oublions pas le dernier trait :
c< Partout la figure de Minerve indique la (S Convention nationale. »
Tout commentaire semblerait faible après un texte aussi remarquable. Au demeurant, chacun le lira comme il faut, et goûtera tout d'un coup dans cette rhétorique le mélange d'imbécillité plate et de furieuse sauvagerie qui se disperse par tout le reste de la pièce. Ce carnaval allégorique paraît être le suprême du genre. Pourtant les gens qui s*y connaissent trouveront qu*en moins de mots ce que voici le dépasse ; je l'ai réservé pour la fin, comme un comble de venimeuse niaiserie.
Venant aux tapisseries dont Coypel avait tiré ses agréables et innocents, sujets du Don Quichotte^ et premièrement à celui de Don Quichotte Servi par les Dames ^Yoici comment la Commission s'exprime :
a Le tableau, regardé comme ne représen- « tant rien d'immoral, et versant au contraire (( le ridicule sur l'ancienne chevalerie et sur les i< mœurs féodales, mérite d'être conservé. »
Louis Dimier.
«MMMMMMMMMMMMMMMMMMMMMMM»
« Un grand parti démocratique peut se for* mer sur cette devise : plus d'activité dans le gouvernement, plus de sécurité pour les institutions, plus de liberté, plus de fraternité et plus de justice. »
Voici, il me semble, une assez bonne formule de gouvernement. Elle n'est pas de moi. Mes* dames et Messieurs, et je le regrette, car je la trouve excellente. Elle n'est pas non plus de l'un des nôtres, d*un nationaliste, mais je n'ai pas besoin de vous dire que le nationalisme se rallie tout entier à ces principes manifestement empreints d'un si beau libéralisme et d'un si grand amour pour nos institutions républicaines.
Nous nous trouvons donc, — je m'en excuse auprès de nos gouvernants qui repoussent, je ne sais pourquoi, notre collaboration, — nous nous trouvons donc en parfaite communion d*idée avec eux, puisque c'est sur la bouche même du plus illustre de leurs membres, de M. Waldeck-Rousseau, que nous avons recueilli comme un précieux miel les paroles que nous venons de vous rapporter.
« Plus de sécurité pour les institutions, plus de liberté, plus de fraternité et plus de justice. » Ceci n'est pas du Jules Lemaître, ceci est du pur Waldeck. Vous vous en souvenez, Mesdames et
(1) Conférence faite le 22 février 1901, à la salle Charras, sous la présidence de M. François Coppée,
Messieurs, c'est par ces mots que le Président du Conseil a terminé son discours retentissant et impatiemment attendu du 30 octobre dernier.
Un étranger, ne connaissant la langue française que par les grammaires, les dictionnaires et les livres, conclurait certainement de Tidentité des principes de M. Waldeck-Rousseau avec les nôtres, à une grande sympathie entre le nationalisme et le cabinet actuel. Et il aurait raison, cet étranger, si, de notre temps, les mots avaient encore conservé leur sens littéral, et les hommes publics qui s'en servent leur sens moral.
Mais il n'en est pas ainsi. Depuis de longues années déjà notre pays et son gouvernement ne parlent plus la même langue; depuis de longues années la France est coupée en deux, en deux parties bien inégales : l'une toute petite, la France politique, la France de la Franc-Maçonnerie socialiste-internationale, — ils sont vingt-cinq mille, gouvernement compris, — la France du Panama et des scandales retentissants, et Tautre, la France, la France tout court, sans épithète, la France des Français honnêtes, laborieux, économes, silencieux, pas le moins du monde révolutionnaires ni belliqueux, — quoi qu'on en dise, — mais très pacifiques au contraire, peut-être trop silencieux et trop pacifiques, car, tandis que ceux-ci restent muets et consternés devant Tinvasion montante du radicalisme et de Tanarchie, l'autre France, qui prend son mot d'ordre dans les loges, sœurs de Londres, de Hambourg et de Berlin, mène grand bruit par les aboyeurs à sa solde , et Ton est
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trop tenté de croire que la majorité se trouve du côté du tapage. ^
La France et son gouvernement ne parlent plus la même langue! Chose monstrueuse! Car ceci n'est pas une façon de dire, c'est une vérité qui n'est que trop certaine; et dans notre malheureux pays suborné par l'équipe malfaisante qui le mène, l'anarchie l'a inondé à ce point que les mots mêmes ont été détournés de leur sens séculaire et patronymique ; ils ont été torturés, défigurés par une secte menteuse et sournoise, qui n'eût jamais osé se montrer sous ses traits despotiques odieux à la France de 89 et de 48, qui donc avait besoin de ces mots pour s'imposer au peuple français, et qui, pour mieux le tromper, le réduire et l'asservir, devait prendre leur drapeau pour la guenille de son déguisement.
M. Waldeck-Kousseau connaît bien la valeur et la force des mots de liberté, de fraternité et de justice, il sait bien que c'est pour la grâce divine de ces trois sœurs, groupées autour de la loi, que les Français ont donné le meilleur de leur sang et combattu leurs meilleurs combats ; ces mots, il les emploie et il les fait sonner bien haut. Mais ils sonnent faux dans sa bouche comme de la fausse -monnaie. Que signifie donc, au sens de M. Waldeck-Rousseau, le mot de liberté j si ce n'est la liberté plus grande qu'il prend pour lui d'entraver de toutes les manières la liberté des citoyens? Que signifie dans sa bouche le mot defratemité; si ce n'est un supplément d'injustice dans son gouvernement, une partialité plus grande pour ceux de sa secte , un
asservissement plus élroit des juges, une domination pkis méprisante et plus méprisable, plus insolente et plus hautaine?
Ce que nous nous proposons donc de vous faire voir aujourd'hui, Messieurs, c*esl ce qui reste de notre misérable gouvernement quand on le dépouille de ses vains attributs, ce qui reste de ces hommes quand on leur arrache leur livrée; ce sont les ruines et les poussières qui s'accumulent derrière la scène où se joue la comédie que nous payons ; c'est, en un mot, le mensonge le plus effronté et le plus révoltant qui préside à tous les actes, qui dicte chaque parole des hommes au pouvoir, et fait du gouvernement de la France, à l'aurore du vingtième siècle, l'assemblée la plus honteuse, le réprime le plus gangrené, qui jamais ait étalé ses tares à la face du plus beau, du plus sain et du plus noble pays.
Cette démonstration est facile à faire ; il suffît de retenir les prémisses de notre discours: Plus de sécurité pour les institutions , plus de liberté^ plus de fraternité^ plus de justice, de nous en souvenir, et de rapprocher ces termes de tous les actes du gouvernement.
Pour ne pas abuser de votre patience. Mesdames et Messieurs, et ne pas dépasser les bornes d'une courte conférence, nous ne rechercherons paslesactes du gouvernement au-delà de l'année qui vient de finir.
Cesactes,qui pourraient servir à notre démons-
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tration, ils sont légion ; ils sont, pour ainsi dire, quotidiens. — Aussi nous bornerons-nous à prendre quelques échantillons... au tas.
Dans cette courte Revue, nous laisserons de côté tout de suite, si vous le voulez bien, les exemples que nous pourrions déjà appeler classiques parce qu'ils sont dans toutes les mémoires, qu'ils ont fait et font encore Tobjet de discussions passionnées et savantes dans le public et dans les journaux. Vous me dispenserez donc de vous parler des infamies de la Haute-Cour; vous me dispenserez de vous parler des infamies que se propose d'ériger en articles de lois M . Waldeck-Rousseau avec la collaboration ou, pour mieux dire, avec la complicité de sa majorité servile. Sur la liberté d'enseignement compromise et violée, lisez le rapport même fait par M. Aynard, le député du Rhône, au nom de la Commission d'enseignement chargée d'examiner le projet de loi relatif au stage scolaire; lisez Tallocution et la conférence qu'ont faites M. le comte d'Haussonville et M. Brunetière, en mars dernier, à l'hôtel des Sociétés savantes. — Sur le projet de loi relatif au contrat d'association, lisez l'article tout récent de M. Edmond Rousse, du 26 novembre dernier, el encore la conférence de Al. d'Haussonville du 10 janvier. Je ne vous parlerai pas de ces beaux discours et de ces beaux travaux. Les questions qu'ils touchent ont été traitées de main de maître ; il est donc inutile d'y revenir; mais je vous les signale et je vous y renvoie.
Je ne vous parlerai pas non plus — et ce n'est pas l'envie qui m'en manque — des infamies,
pour ainsi dire, à jet continu, dont s*est rendu coupable le F. M.-. André, que l'on n'ose même plus appeler un ministre de la guerre. Je ne vous parlerai pas du décret inique et attentatoire à la sécurité même du pays par lequel ce soldat, de truelle, et non d'épée, a relevé de ses fonctions le général Delanne, chef d'élat-major général de l'armée, et motivé la démission du général Jamont, président du Conseil supérieur de la guerre. Je ne vous parlerai pas de la nouvelle organisation, ou désorganisation, deSaint- Cyr, des bourses, supprimées pour toute une catégorie d'élèves, enfin de la série de mesures insensées par lesquelles ce grand criminel a donné satisfaction à ceux qui l'avaient appelé à un poste d'honneur pour le déshonorer, et opérer le chambardement général préparé et ouvertement proclamé par notre Président de la République : c'est M. Joseph Reinach que je veux dire. Sous l'appareil compliqué d'une loi, il est facile, en effet, à un gouvernement de cacher le fond de sa pensée et de couvrir sous des apparences honnêtes, ou au moins discutables, d'intérêt général, de raison d'Etat ou de défense républicaine, les actes les plus condamnables et les plus détestables; dans ses décrets les plus entachés d'arbitraire et d'injustice, il est facile à unministre de prétexter les intérêts supérieurs et lointains du service, du pays ou du peuple; appuyées àpropos par la presse officielle à gage, ces mesures générales et pompeuses peuvent encore donner le change et tromper ceux qui tiennent à l'être sur les intentions véritables de leurs auteurs.
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Mais c'est lorsque nous perçons cette mince surface peinte en couleur gouvernementale, lorsque nous passons derrière le décor fait comme le manteau d*arlequin des théâtres, pour être vu de loin, c'est alors que nous découvrons les trucs, que nous voyons la machinerie, et que nous assistons à la manœuvre des ficelles.
Lorsque nous voyons, par exemple, les libres entreprises des anarchistes contre Tarmée, d'une part, et le ministre de la guerre, de Tautre, rester impassible devant de pareilles provocations, alors nous pouvons dire à M. André : « Nous vous prenons sur le fait dans votre inactivité coupable el volontaire; votre inactivité ici est une complicité, une complicité avec ceux qui veulent et qui réclament à grands cris la destruction des armées permanentes. Lors donc que vous déplacez de leurs hautes fonctions les généraux Delanne et Jamont, lors donc que vous réorganisez Saint-Cyr à coups de décrets, vous ne consolidez pas l'armée, comme vous le dites et comme vos journaux veulent nous le faire croire, vous ne la consolidez pas, mais vous Tébranlez, vous Ténervez, vous la ruinez sciemment, systématiquement, pour le plaisir et le triomphe des loges maçonniques. »
Lorsque nous voyons le tort immense que font à notre industrie, à notre commerce, les grèves multipliées sous ce dernier ministère, lorsque nous considérons la misère et la famine qu'elles entraînent, comme inévitable conséquence, chez les ouvriers, alors nous pouvons dire à M. Millerand :
« Non, vous n'êtes pas un ministre da commerce parce que vous présidez des banquets en buvant du Champagne, et parce que vous décorez des couturiers ; non, vous n'êtes pas un ami du peuple, comme vous le proclamez, toujours le verre en main, au banquet de Saint-Mandé, puisque vous excitez les ouvriers à la lutte contre ces patrons chez qui vous festoyez, quitte à Faire tirer sur le peuple par vos gendarmes quand il passe la mesure qu'il plaît à votre dilettantisme de lui accorder; non, vous n'êtes pas un ami du peuple, et vous le savez bien, mais voua avez besoin de la grève et de l'amertume, de la haine, entretenues au cœur de la population ouvrière, pour la plus grande commodité de votre vie bourgeoise, pour vous assurer la place où elles vous ont déjà poussé, et détourner le peuple de ceux qui viennent à lui les mains tendues.
Lorsque nous voyons enfin M. Waldeck-Rousseau présider froidement, cyniquement, au travail sourd de désagrégation et de corruption qui ébranle et compromet tous les jours un peu plus le crédit et la bonne renommée de la France, alors, Messieurs, il n'est véritablement plus permis, il n'est plus possible, même à un lecteur obstiné du Figaro ou du Temps, de prendre un instant au sérieux l'équivoque grossière par laquelle le Président du Conseil prétend nous imposer ses manèges et ses abus de pouvoir : LA DÉFENSE RÉPUBUCAiNE. Il uous est trop facllc de contrôler ses actes et d'en estimer la valeur, en les mettant en parallèle avec les mots alléchants et fallacieux de ses discours. Et alors nous pou-
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Tons lui dire : « Non, voas ne travaillez pas à la défense d'une République qui n'a plus de son régime que le nom et de ses institutions que la parodie, mais vous la faites sombrer dans Tanarchie, et la France avec elle ! »
Dans le pelit almanach que j'ai formé au jour le jour pour mon instruction personnelle, et à Toccasion, comme ce soir, pour Tédification du public, almanach dont le gouvernement fait tous les frais, je trouve, à la date du 22 mars 1900, un fait earactéristique : c*est la démission de M. Boulanger comme premier président de la Cour des Comptes. Cette démission n'a pas été remarquée ; peu de personnes s'en souviennent assurément, car elle n'a pas été sensationnelle, M. Boulanger ayant conservé les habitudes de tenue, de dignité^ de discrétion, traditionnelles autrefois dans le corps de la magistrature, et n'ayant point voulu de bruit autour de son nom. Mais ces qualités devenues si rares aujourd'hui n'en font que plus apprécier l'homme qui les avait gardées, et n'en donnent que plus de valeur et plus de poids à sa retraite volontaire. Elle prend bien ici tout son sens de dégoût profond, d'écœurement qu'un honnête homme éprouve devant certaines pratiques, de muette et définitive révolte contre une injure gratuite venant comme une punition d'avoir osé conserver intactes, au milieu de la corruption et de la servilité générales, sa liberté de conscience et son indépendance de magistrat.
Le gouvernement avait rejeté les décorations que M. le premier président avait proposées pour les membres de la Cour : voici l'injure. En effet, un pareil refus était sans exemple jusque-là. La dignité des magistrats proposés ne saurait être mise en doute. D'ailleurs, l'on sait de reste que la défense républicaine ne chicane guère sur ' l'honneur de ses légions, dont le casier judiciaire n'est pas toujours vierge.
Pourquoi cette injure à ce magistrat? A cela deux raisons : la première et la plus prochaine: ses votes au Sénat, vote contre la compétence de la Haute-Cour, vote contre la condamnation de Déroulède et de ses amis. Mais nous en trouvons une seconde plus lointaine.
Dans son discours prononcé le 28 avril 1899 devant la Cour des Comptes, M. Boulanger s'était élevé contre les abus financiers habituels au gouvernement. Il se plaignait de ce que, par le fait des pouvoirs législatifs, le contrôle de la Cour des Comptes était devenu illusoire. « La rapidité du règlement budgétaire, avait dit M. Boulanger, est Tunique moyen de prévenir le retour des abus qui sont périodiquement signalés dans nos déclarations générales et dans nos rapports publics. Or, la Chambre des députés vient seulement, il y a quelques semaines, de recevoir les rapports de ses commissions sur les exercices 1889 et 1890, pour lesquels la Cour a rendu ses déclarations il y a exactement huit années. Nous ne nous lasserons pas de reproduire nos doléances sur de pareils retards. Mettre huit ou neuf années entre la clôture d'un exercice et son règlement législatif, c'est trans-
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former ce règlement en une vaine formalité; à pareille distancedes faits accomplis, les responsabilités se sont évanouies. Entraînée par le courant des faits contemporains, Topinion publique, de laquelle tout relève dans un régime de démocratie, ne porte plus qu'une attention distraite sur des événements financiers, des erreurs ou des abus qui sont vieux de dix ans. Le vote de la loi de règlements s'opère au milieu de TindifTérence générale. »
Ces retards, ces abus, où les ministres et leur administration trouvent leur compte, puisqu'ils leur permettent de gaspiller, sans contrôle effectif, les deniers de TÉtat et l'argent des contribuables écrasés d'impôts, ces abus dénoncés en pleine Chambre des Comptes, voilà la seconde faute de M. Boulanger. Cet homme était véritablement incommode et dangereux sous un régime de dilapidation et du bon plaisir. Il fallait s'en débarrasser.
Cette retraite silencieuse et digne d'un homme de bien, d'un magistrat intègre, occupant l'un des postes les plus élevés et les plus ambitionnés de la magistrature en France, ne paraît-elle pas, Messieurs, prendre un sens très précis ? Et plus que les discours sonores et les protestations verbales, ne prouve-t-elle pas qu'un gouvernement de défense républicaine vit malaisément en bons termes avec les hommes trop scrupuleux?
Ne nous lassons donc pas de répéter avec M. Waldeck -Rousseau : Plt48 de sécurité pour les ins- Ututions^plus de liberté, plus de fraternité et plus de justice.
Dans la revue des petits faits significatifs que nous rencontrons au cours de cette année, je vous signalerai, Mesdames et Messieurs, la propagande anarchique très active qui se fait auprès des conscrits, des jeunes soldats, sous Toeil bienveillant de leur chef.
Déjà Tannée dernière, au moment du départ de ces jeunes gens pourle régiment, nous avions relevé et retenu Tordre du jour suivant, voté à la fin d'une réunion organisée par quelques députés et conseillers municipaux en Thonneur des conscrits socialistes-révolutionnaires:
« Les citoyennes et citoyens réunis le 15 novembre àlasall^ des Omnibus, ruedeBelleville,
« Après avoir entendu les orateurs,
« Déclarent être disposés à combattre par tous les moyens en leur pouvoir Todieux militarisme... ; réprouvent énergiquement cette école du vice et de Tabrutissement du peuple ; engagent les conscrits à se souvenir des principes communistes et égalitaires qui doivent renouveler le vieux monde...
(c A bas le militarisme I Plus d'armée ! les peuples sont frères. »
Cette année encore, cette petite fête de famille s*est tenue à la salle des Mille-Colonnes, le 4 novembre. Elle empruntait un éclat inaccoutumé à la présidence de M. Urbain Gohier, M. Gohier a prononcé un discours. Les propos qu'a pu tenir Tauteur de V Armée contre la Nation^ je vous les laisse à deviner. La réunion a pris fin par le vote d'un ordre du jour félicitant
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M. Urbain Gohier de sa campagne antimilitariste, et aux cris de : « A bas la caserne ! A bas les descendants de l'armée de Condé 1 Vive Tinternationale ! Vive la révolution sociale I »
Mais cette année, on peut marquer un progrès, grâce, sans doute, à la présence de M. André au ministère. Le mouvement s'est étendu à la province. Des réunions publiques antimilitaristes ont été organisées dans plusieurs déparlements. Par exemple, un journal de TAisne nous a appris qu'à Guise, le 30 septembre, une réunion spéciale a eu lieu pour faire «c l'éducation » des conscrits. Ils sont arrivés cent cinquante en chantant la Carmagnole^ et sont partis en entonnant V Internationale.
Le parti internationaliste dépense beaucoup pour sa propagande. Il fait imprimer des brochures antimilitaires qui sont remises à tous les conscrits. Il recommande, à ceux qui sont affilia, de répandre la bonne doctrine dans les chambrées, d'exciter à l'indiscipline, à la haine des officiers.
Ne semble-t-il pas que l'œil inquisiteur de M. André, qui sait si bien voir quels journaux sont placés par les officiers sur la table des mess, pourrait aussi bien s'ouvrir sur les brochures et les journaux qui sont pris entre les mains des soldats?
Mais comment le ferait-il, puisque la secte qui l'a placé à la tète de l'armée, et sans laquelle il serait resté dans les bas grades, puisque laF.-M.*. internationale et antimilitaire ne lui a confié son poste que pour c chambarder > l'armée, et puisque le gouvernement actuel tremble
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devant Y Aurore, ainsi que nous le prouverons tout à rheure, — VAurore, dont M. Urbain Gohier est le principal collaborateur et le plus vaillant champion?
A quoi bon, donc, perdre son temps à reprendre, article par article, les décrets d*organisation de M. André, et toutes tes décisions extravagantes et odieuses par lesquelles il a pour ainsi dire quotidiennement signalé son passage au ministère, décisions et décrets pris censément pour le plus grand bien de Tarmée? A quoi bon, puisque nous savons de reste, ce que pense M. Urbain Gohier, ce qu*est Y Aurore^ ce que veut la Franc-Maçonnerie, et puisque nous savons que M. André est le porte-fanion de ces hommes, de cette presse et de cette bande?
Et quel plus instructif, mais plus douloureux rapprochement pouvons-nous faire, pour juger la conduite de ce traître, que de comparer les deux articles de journaux qui ont paru presqae simultanément dans la presse étrangère, à la fin du mois de décembre ?
L'un est celui de la Novoié-Vrémia^ le journal russe, qui a mis M. André si fort en colère. Voici quelques passages les plus saillants de cet article :
Le général André, nourri de la conception
philosophique qui montre Farmée comme un fléau, est, à proprement parler, un anti-militariste au mi' nistère de la guerre.
Dès le début, le général André, en introduisant des amis de Picquart k i'élat-major général, sans s'occuper de leur valeur professionnelle, a
montré comment il comprenait le choix des offl* ciers supérieurs; la démission du chef d'ëtat-major général Delanne et celle du généralissime Jamoht suivirent ces premières manifestations.
Vespionnage et la délation sont mis à la mode.
La formation de deux partis qui divisent l'armée et qui suppriment sa cohésion est encouragée officiellement.
Jusqu'à ces derniers temps Vannée française a été et fut considérée par les plus puissantes armées eufopéennes comme une égale, comme un organisme tout à fait sérieux^ formé selon toutes les règles de la science militaire, possédant avec un excellent armement un admirable esprit et une parfaite discipline. Durant Va/faire Dreyfus elle a montré sa force morale en res^ tant tout à fait impartiale dans cette lutte; la grande siLBNCiBasE continuait à travailler avec tranquillité pour son œuvre et restait témoin impassible des agitations politiques.
A partir d'aujourd'hui, elle parait changer de voie et de destination : elle parait devenir une ai*mée politique^ faible pour les ennemis extérieurs, à la fois tyrannique et vexatoire pour son propre pays,
Ij*aatre article est celui d'un journal anglais, le Times, bien connu pour ses sentiments gallo* phobes, et qui est à peu près pour lesPrançais ce qu*est le Temps pour les nationalistes.
Le Times couvre de fleurs le général André, et, passant en revue les mêmes scandales, jugés comme nous venons de le voir par l'organe d'une nation amie et alliée, il félicite hautement notre ministre de la guerre de tout ce qu'il a fait dans toutes ces circonstances : « Mais la plus grande chose qu'il ait faite (dit le rédacteui* dti Timès)^ pour assurer la haute disci-
pline, a été, sans doute, rafflrmatioQ de Taatorite du gouvernement dans Ja révolte — vous entendez bien, dans la révolte — du général Jamont, généralissime de l'armée française, et du général Delanne, chef du grand état-major. Ces deux messieurs ont dû sentir, si haute que fût leur position, que Tarmée n'était pas leur propriété, et leur mise à la raison a certainement fait beaucoup de bien. »
Nous savons de quelle manière s'est emporté M. André contre l'article de ISiNovâié Vrémia. Les éloges du Times ont dû ramener la sérénité dans son cœur.
Si nous voulons faire une petite incursion du côté de M. Millerand, le grand ministre socialiste, nous reviendrons encore plus vite édifiés de nos découvertes. Bien entendu, nous n'irons pas, suivant la méthode que nous avons adoptée, nous n'irons pas l'écouter à la fin des banquets où il fréquente. On a beau être ministre, et ministre socialiste-collectiviste, on n'en reste pas moins homme, et, à la fin d'un bon repas, qui ne coûte rien, au Champagne, la vie paraît meilleure, Tàme socialiste s'épanouit, individuellement, et trouve tout naturel d'étendre à la collectivité l'intime satisfaction dont la pléthore gastrique l'envahit. Quand on a bien dîné, on croit volontiers que les autres n'ont plus faim. Alors, comme on dit, « on voit tout en rose », et le discours que l'on prononce, tout parfumé de truffes et sucré de friandises, se
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ressent d'un optimisme évidemment exagéré qui peut se résumer à peu près par ces mots : « Tout va bien. »
Mais si nous prétons Toreille, nous entendrons un autre son qui vient à nous sur les brumes lointaines du Nord. Dans ces pays tristes et froids, malgré les assurances de M. Millerand, il reste quelques citoyens — rares sans doute, mais il en reste — qui se plaignent de la rareté des vivres. Et comme ces pauvres gens ne connaissent pas Tart des formes oratoires, et qu'ils n'ont pas si bien dfné que M. Millerand, ils s'impatientent un peu et ne mâchent pas au ministre collectiviste ce qu'ils pensent de lui. Voici l'ordre du jour voté au Congrès socialiste du Nord, qui s'est tenu cet été, au mois d'août, à Caudry, sous la présidence de M. Jules Guesde. Nous nous ferions scrupule d'y retrancher un seul mot:,c Considérant que le ministère dit de défense républicaine a été marqué, depuis sa constitution jusqu'à ce jour, par les événements les plus contraires aux intérêts du prolétariat et de la République; considérant que, sous aucun ministère, jamais les conûits entre patrons et ou\Tiers n'avaient été aussi nombreux ; que jamais les travailleurs n'avaient été aussi trompés, condamnés, sabrés, fusillés, massacrés ; que jamais la guerre à la classe ouvrière n'avait été aussi implacable que sous le ministère Waldeck*Rousseau- Millerand..., déclare que tous ses membres, sans exception, depuis l'ancien socialiste Millerand jusqu'à l'avocat des panamistes Waldeck-Rousseau,ont droit aux malédictions du prolétariat tout entier. »
On ne saurait mieux dire, ou, du moins, on ne saurait énoncer une vérité plus grosse, plus évidente. Les socialistes du Nord , qui sont plus loin du maître, de M. Millerand, qui ne peuvent ni le voir, ni l'entendre, et ne sauraient être étourdis par ses grandes phrases, éblouis par ses beaux gestes, trompés par son éloquence verbeuse et vide, les socialistes du Nord font comme nous: ils regardent aux actes de M. Millerand, ils ne le croient pas sur parole, et ils ont raison, car ils s'aperçoivent, comme nous, que l'on se moque d'eux ; que le socialisme de M. Millerand est un moyen de parvenir et que, dans son intérêt personnel et par un égoYsme monstrueux, il est a^i ministère du commerce comme M. André est au ministère de la guerre, et que, de même que nous avons à la Guerre un anti-militariste, de même nous avons au Commerce un ennemi du commerce, un ennemi de Tindustrie, un eAnemi du prolétariat, de l'ouvrier.
En effet, dans l'état actuel de la société, en France comme dans tous les pays étrangers, le régime collectiviste ne fonctionne pas encore ; c'est le régime capitaliste qui le remplace. Que M. Millerand le déplore ou non, là n'est pas la question. Il faut que M. Millerand en prenne son parti : il est un ministre à étiquette socialiste, c'est possible, mais en réalité il n'est que le ministre bourgeois et repu d'une société capitaliste. Or, comme il n'appartient pas à M. Millerand de changer ce régime, le premier de son devoir est de favoriser, par tous les moyens possibles, les bonnes relations entre patrons et
ouvriers, puisque c'est de cette entente cordiale que dépend l'essor de Tindustrie dans un pays quel qu'irsoit, que dépend, en conséquence, en même temps que la prospérité générale de la nation, celle des patrons et le salaire rémunérateur des ouvriers. Si donc, au contraire, et au rebours de la raison, M. Millerand exaspère les relations entre ouvriers et patrons, s'il favorise les conflits, sMl les envenime, s*il les multiplie, s'il les prolonge, les socialistes du Nord ont raison de le vouer aux malédictions du prolétariat tout entier; ajoutons, nous, de tom Us Fran* çais^ car, en agissant de la sorte, il trahit son devoir le plus impérieux, de la même manière que son collègue de la Guerre est traître à la patrie.
M. Millerand trahit son devoir en faisant briller comme un miroir à alouettes, devant les crédules et les naïfs, des promesses qu'il sait bien ne pouvoir jamais se réaliser. Car en attendant que le règne de M. Millerand n'arrive, — ce que je n'aurai pas la cruauté de souhaiter aux socialistes, — voici ce qui se passe :
Je ne parlerai pas des conséquences désastreuses et immédiates, bien connues de tous, qu'entraînent ces grèves perpétuelles ; elles ont doublé de janvier à juin 1900, par rapport aux mêmes mois de l'année 1899, soit 480 au lieu de 266, et la série continue. Je ne parlerai pas de la misère dont elles sont la conséquence, des violences qu'elles entraînent, de la liberté du travail qu'elles entravent, forçant à chômer, parla tyrannie des syndicats, les ouvriers réfractaires. Tous ces désordres, pour lamentables qu'ils
soient, ne sont que momentanés. Mais un plus gros danger est là, qui guette nos ouvriers grévistes sous la tutelle bienveillante de' M. Mille* rand. L'étranger, nos bons amis les Anglais, applaudissent à ces grèves, ils les'voient se prolonger et s'étendre avec une évidente satisfaction. Ils font plus : ils les encouragent avec la même sollicitude que notre propre ministre du commerce, et ils ne craignent pas d'ouvrir les cordons de leur bourse pour leur envoyer des secours en argent. Lors des dernières grèves de Calais, les tullistes de Notlingham ont envoyé d'importants subsides aux tullistes français.
Ces procédés vraiment fraternels font pleurer d'attendrissement M. Millerand. M. Naquet, dans la Petite République^ déclare admirable l'attitude du prolétariat universel, et il oppose sa conduite généreuse et sublime à l'égoïsme, à Tétroitesse des idées nationalistes : « Le socialisme efface les haines de peuple à peuple, s'écrie-t-il, solidarise tous les travailleurs » , etc. . . (air connu).
Cependant les patrons, eux aussi, ont reçu des offres avantageuses des mêmes Anglais; ceux-ci ne leur proposaient rien moins que de venir s'installer dans les régions de la Grande- Bretagne où l'industrie des dentelles et des tulles est déjà prospère, afin de la rendre plus prospère encore. Ces patrons, je dois le dire, infestés du mauvais esprit auquel fait la guerre notre gouvernement tout entier , ont refusé de l'étranger ces secours , parce que c'était la ruine complète et définitive de leurs ouvriers et de l'une des branches de l'industrie
nationale. Mais lorsque les patrons, eux aussi, seront une fois imbus des bons principes de la défense républicaine, ils accepteront — et les ouvriers se débrouilleront comme ils le pour* ront. Il est probable que M. Millerand leur fera des rentes sur sa cassette particulière — à moins qu'il ne se contente d'un discours bien nourri sur Tabstinence.
Il ressort donc avec toute évidence de ce cas particulier un fait qui se renouvellera en toute circonstance analogue, c'est que les tuliistes de Nottingham, en envoyant de l'argent à leurs frères de Calais, n'avaient pas du tout un but désintéressé, et pour mobile leur grand amour international, mais bien tout simplement leur bonégoïsme de braves Anglais roublards et pratiques.
Les tuliistes de Nottingham ont envoyé des secours aux tuliistes de Calais parce que la grève de Calais donnait un surcroît de travail aux fabriques de Nottingham et augmentait ainsi leurs profils. Tant mieux s'ils étaient arrivés à provoquer la ruine totale de l'industrie calaisienne.
Voilà la vérité toute nue. Elle est évidente, elle crève les yeux.
Enfin, Mesdames et Messieurs, si l'on en arrive au monstre lui-même, au Président du Conseil, à l'inventeur de la défense républicaine, défense pour laquelle suffit, jusqu'à ce jour, son fusil de chasse, et les armes pareilles de MM. Reinach et de Rothschild, si Ton en arrive
à cette àme .damnée de la Franc-Maçonnerie israélite et internationale, nous ne savons quel sentiment nous domine, du dédain ou du dégoût, car de toute sa personne émane à chaque instant , comme un musc , la preuve de son hypocrisie, de sa duplicité, de sa félonie. L'on dirait que le mensonge, je dis le plus grossier et le plus impudent, est la fonction naturelle de cet homme, fidèle en cela, il faut bien le dire, à Texemple donné par le chef nominal du gouvernement.
RappeIez*vous les termes du discours que M. Loubet a prononcé au fameux et ridicule banquet des maires.
Permettez-moi de vous citer quelques-unes de ses paroles qui réconforteront vos cœurs de bons citoyens. M. Loubet a parlé, aux applaudissements de 22.000 maires et de tous les Français, de c l'œuvre d'apaisement ». « Cet anniversaire, a-t-il dit encore, est la fétc du patriotisme autant que la fête de la liberté. » Et pour fmir : « Nous voulons la France libre, forte et glorieuse, unie au dedans sous le régne de la Loi et du Droit, respectée au dehors pour son génie, pour la puissance de ses armes, pour son amour sincère de la paix. »
Voilà, Messieurs, encore un véritable programme nationaliste. Décidément le gouvernement nous coupe tous nos efifeis. — Par malheur, cinq jours après celte déclaration , un mouvement préfectoral paraissait à VOfflcieî^ le 28 septembre, et un journal, pas du tout nationaliste, et dont le Temps , lui-même, n'oserait pas suspecter les convictions et les anciennes
attaches républicaines, le grave Journal des Dé-bats, pouvait en dire ceci : « Dans l'ensemble le mouvement préfectoral est ce qu'il pouvait et ce qu'il devait être, étant donné le gouvernement qui le faisait. C'est une manifestation de parti et une œuvre de secte. Nous voilà déjà loin du discours de M. Loubet. M. le Président de la République parlait de concorde et d'apaisement ; rien de mieux ; mais nul ne dira que le décret qu'on lui a fait signer provienne de la même inspiration que son langage du 22 septembre. Il en est la contre-partie. »
De même le discours de M. Waldeck-Rousseau du 30 octobre, et l'on se demande lequel de ces deux compères se moque le mieux et le plus du monde, et le monde, c'est ici la France.
« Plus de liberté, plies de fraternité et plus dejusiice », disait le Président du Conseil, le 30 octobre, et le 8 novembre, c'est-à-dire une semaine après, il envoyait sa circulaire aux préfets : « Je n'ai pas à insister, disait-il, sur ce que le gouvernement est en droit d'attendre de tous les fonctionnaires. L'exemple de rattachement aux institutions qu*ils ont le mandat de servir est le premier de leurs devoirs. La conformité de leur conduite avec les principes dont s'inspire le gouvernement en sera le meilleur témoignage. S'ils venaient à s'en écarter, vous devriez eu informer le ministre compétent en même temps que moi-même... »
Et vous sentez ici la menace qui grince des dents, en même temps que s'insinue l'invite à l'inquisition et à la délation. — Plm de liberté^ plus de fraternité/ — Et sur quels principes de
gouvernement les infortunés fonctionnaires, prisonniers de M. Waldeck, guideront-ils leur conduite, puisque nous Tenons de nous efforcer, depuis une heure, de prouver que le gouvernement n*en a aucun à leur proposer, si ce n'est la ruse, la fourberie, le mensonge? Pour être vrai, M. Waldeck-Rousseau aurait dû dire ceci :
« Il n'y a pas de principes de gouvernement. Tous les fonctionnaires doivent suivre ces principes. »
Voilà, cependant, en dernier ressort, à quels actes de folie pure, d'incohérence et d'aberration mentale en sont arrivés ceux qui sont à la tète du pays, je ne dirai pas de son gouvernement, mais de ce quelque chose qui n'a plus de nom dans aucune langue.
Aussi bien, le courage fait défaut pour aller plus loin, pour descendre plus bas, dans l'examen que nous nous sommes proposé de faire jdevant vous A quoi bon allonger encore la liste des impostures, soulever encore une fois la poussière de récents scandales déjà oubliés, comme celui de l'affaire Philipp ? A quoi bon montrer la justice de M. Waldeck-Uousseau interrompant son cours — ce qui ne s'était jamais vu — pour attendre le bon plaisir d'une loi d'amnistie préparée vous savez comment et pour qui, la justice se comportant, vous vous rappelez aussi de quelle manière, à la Cour d'assises du Gard, dans la récente affaire de Vaucroze. A quoi bon montrer en toute occasion, au cours de cette année, le gouvernement marchant la main dans la main avec les anar-
chistes, non pas seulement ceux des journaux, mais ceux qui déambulent dans les rues, les torches à la main, pour le crime et l'incendie? 11 arrive un point dans la démence ou dans la scélératesse des hommes 0(1 Ton ne peut même plus discuter avec eux. Tout ce que Ton peut faire, c'est de constater leur indignité et leur malice, de la rendre aussi évidente qu'il est possible à tous les yeux, et d'assurer par là leur prochaine confusion et leur perte.
Leur perte est prochaine et certaine, et c'est par ce mot d'espérance que je veux finir ; leur perte est certaine, il n'en faut pas douter, car leur faiblesse est extrême. Les hommes de ce soi-disant gouvernement de soi-disant défense républicaine ne se maintiennent au pouvoir que par une corruption constante de tous les éléments sains du pays, et par un miracle d'équilibre, véritable défi au sens commun. Ils n^ont, pour les soutenir dans leur œuvre criminelle, que ceux qu'ils ont gorgés déplaces, de bureaux de tabac, de sinécures de toute sorte, et à qui ils payent leur dette. Le nombre de ces gens est considérable, sans doute, si l'on pense à l'argent ainsi gaspillé, mais il est infime si on le compare aux trente-huit millions de Français. Le gouvernement n'a donc pas pour lui le parti nationaliste, qui grandit chaque jour en dehors de lui et contre lui. Chose plus incroyable, il n'a même pas pour lui le parti opposé, celui qu'il
n'a cessé de Qatter depuis le commencement de la trop fameuse Affaire, et qui Ta amené à ce point d'ignominie où nous le voyons.
Vous savez, Mesdames et Messieurs, que V Aurore est l'organe par excellence qui représente les opinions de ce parti ; c'est dans les colonnes de ce journal que, sous la plume de M. de Pressensé et de M. Urbain Gohier, la liberté, la justice et les droits de l'homme, accommodés à la sauce de la défense républi*-^ caine, sont chaque jour revendiqués et trahis. Or, permettez-moi de vous citer quelques passages d'un article sur le Président de la République, publié par M. Urbain Gohier dans ï Aurore du 7 juillet dernier. Je vous prie de m'excuserpour les mots trop malsonnanls, mais quand on cite de l'Urbain Gohier, il faut se résoudre à écorcher un peu sa langue et les oreilles de ses auditeurs.
« Quand on a désigné l'avocat de Montélimar, dit M. Gohier, pour la présidence de la République, on lui a imposé des devoirs déterminés. On croyait trouver dans la médiocrité de sa carrière et de ses facultés une sorte de garantie démocratique...
« Accusé de cochonneries, trai,té publiquement de cochon et de panamiste, couvert d'injures à Castres, à Reims, à Saumur, b&tonné à Auteuil, arrosé d'urine à Monlélimar, il s'est humilié honteusement devant ses insuUeurs. Il est manifeste que les clérico-nalionalistes de l'Elysée ont circonvenu le pauvre homme de Montélimar...
« Nommé pour faire notre besogne, il faut
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que le président Loubet marche franchement avec nous ou qu'il saute. S'il est nécessaire, pour le convaincre, de publier des Loubêt-Ui'- Honte^ nous nous en chargerons aussi bien que les autres, et plus justement : car la pire honte est de trahir son parti, pour vivre en paix avec de prétendus aristocrates et dauthentiques larbins. »
Tel est le degré d'estime où tiennent le chef de TElat ceux-là mêmes qui l'ont nommé 'pour faire leur besogne.
Telle est la force, tels sont les soutiens du gouvernement qui nous opprime.
Messieurs, nous avons assisté aux ovations qu*a soulevées sur son chemin le président Kruger. En l'accompagnant dans son voyage triomphal à Paris, il nous semblait que sa situa* tion n'était pas plus poignante que la nôtre, et que nous, les nationalistes, lorsque nous multiplions les conférences dans tous les quartiers de Paris et dans tous les coins de la France, nous accomplissons un voyage et nous remplissons un devoir qui ne sont ni moins tragiques ni moins impérieux que les siens. Nous ne pouvons nous comparer, nous tous hommes de bonne volonté, groupés derrière nos chefs, à cet illustre vieillard et à cette grande infortune, mais, pensions-nous, lui du moins a une consolation, et son malheur n'est pas sans exemple. Il lutte, il lutte héroïquement, mais avec lui luttent ceux de sa [race; leurs épreuves, leurs misères, leurs espérances, leurs angoisses, sont les siennes ; ils mettent en commun leurs énergies, leurs croyances^ leur
amour et leur haine ; et cet amour c'est l'amour de la patrie, et' cette haine c'est la haine de l'étranger envahisseur et cruel. S'ils sont vaincus, ils essuieront la même défaite : le même deuil étreîndra leur cœur et emplira leur &me de tristesse.
Mais nous, nous Français, ceux auxquels nous livrons combat, ce sont d'autres Français. Les hommes qui saisissent la France à. la gorge et la jettent sous leurs pieds, ce sont des Français. Nous parlons la même langue et nous ne nous comprenons pas. Nous sommes du même sang; les mêmes origines, les mêmes traditions, les mêmes alliances, la même histoire, les mêmes liens nous unissent sur le même sol, sur le même sol aimé pour nos ancêtres, travaillé et fructifié par eux, agrandi, défendu et libéré par eux, et c'est pour tout ce passé de gloires, d'affections et de labeur que nous luttons contre ceux qui devraient être notre plus ferme soutien et notre plus puissant défenseur. Français, nous luttons contre le gouvernement de la France, et notre ennemi, comme celui du Transvaal, n'est pas un lointain envahisseur, affamé de butin et de conquête, — car telle est la loi de la guerre; — notre ennemi, à nous, est à l'intérieur ; ce n'est pas le soldat enrégimenté contre lequel on se bat à coups de fusil, et qui donne encore ou reçoit une belle mort; notre ennemi, c'est le mal interne, dissimulé, sournois, clandestin, pathologique et honteux, qui ronge, qui épuise l'individu et étend sur ses organes comme une plaie cancéreuse. Notre ennemi, ce n'est pas l'Anglais, l'Allemand, ou tel autre peu-
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pie, c'est le juif Waldeck, rinternationaliste Millerand et le franc-maçon André. Notre ennemi, c*est cette trinité du mal, et cette trinité c'est le gouvernement de la France.
C'est donc pour nous aider dans cette lutte patriotique qui est le premier et le plus sain des devoirs pour tous les bons Français, à cette heure solennelle et décisive où se joue l'avenir et l'existence même de notre pays, que nous nous adressons à vous, Mesdames et Messieurs, qui êtes venus pour nous entendre.
Ce que nous vous demandons, ce ne sont pas seulement vos approbations et vos applaudissements, comme les bruyantes acclamations — et les vaines sympathies — qui ont accompagné le président Kruger; ce que nous vous demandons, comme le demandait Kruger, ce sont des secours utiles : c'est votre concours efiectif et persévérant, c'est votre argent à tous; c'est votre activité à vous, Messieurs, et votre enrôlement sous notre drapeau national, aux trois belles couleurs ; et à vous , Mesdames , c'est votre propagande, votre ingéniosité, votre parole si séduisante et si souple, l'éloquence de votre cœur qui vous est si naturelle et si facile quand vous le mettez au service de votre foi et de votre amour.
Nous vous le demandons pour la Patrie I
EMILE PlERRET.
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ACTION VRANÇ. — T. lY. 28