I/ES ORIGINES
Mais le futur auteur de Louis Veuillot, des Préjugés ennemis de l Histoire de France, des Maîtres de la Contre- Révolution ne voulait rien entendre :
— Tout le monde risque si parfaitement bien et si justement et si nécessairement de se tromper sur vos intentions que vous ne trouverez pas un catholique au monde pour admettre et soullrir cette façon délibérée de VOUS exprimer. Nul catholique n'admettra que le catholicisme soit autre chose que le christianisme pur et parfait. Il y a un moyen certain de choquer l'Eglise catholique. c'est de la distinguer de l'Eglise chrétienne. Pour critiquer nos adversaire^, vous en venez à parler exactement eu mille eux.
— Cependant, insistais-je, il ne dépend pas de moi qu'en Allemagne, en Amérique, en pays anglais, par toute l'Asie mineure et l'Egypte, d'innombrables communautés, aujourd'hui comme hier, se réclament des doctrines chrétiennes : est-ce qu'elles appartiennent à la communion catholique?...
— Cela n'y fait rien. Non, cela n'y fait absolument rien, répliquait Dimier, indomptable. Tout ce que vous dires n'y fera rien du tout. Vous ne ferez jamais admettre une distinction de ce genre à un catholique; elle contredit lame de sa foi. Il pourra, comme jusqu'à présent, n'y prêter aucune attention, lire en distrait, vous déchiffrer entre les lignes, et vous entendre à demi-mot, mais il suffira que la question soit posée, il n'hésitera pas plus que moi à la résoudre contre ces façons de parler. Le catholicisme n'est rien ou e'est la religion re\ . par le Christ. Le distinguer du christianisme équivaut
à L'anéantir par la pensée.
Ayant une tète fort Jure, il m'était difficile île me sentir immédiatement eonvaineu Mais des parole! pressantes m'avaient ébranlé. Lucien Moreau, né et
resté hors de l'Eglise, était de l'avis de Dimier. En fait, depuis ce jour-là, il ne fut plus jamais question de confondre par le vocabulaire protestantisme et christianisme; l'usage du nom de « chrétien » pour désigner les seuls protestants et révolutionnaires cessa de luimême chez nous.
Le gouvernement combiste accélérait les persécutions ; il obligeait V Action française k prendre chaque jour plus vivement le parti de l'Eglise, nous obligeant aussi à serrer de plus près l'intelligence de l'objet que nous défendions : il eût été plus que pénible de blesser d'une main quand l'autre, si faible fut-elle, s'efforçait de couvrir. Avec un nombre de collaborateurs et d'amis qui s'éleva sensiblement en 1902 et rapidement aux années igo3, 1904, igo5, nous nous donnions, de tout cœur, à cette défense. Comme l'a noté l'un de nous, les incroyants de notre groupe sentaient avec une évidence croissante combien l'action de l'Eglise est nécessaire pour maintenir chez nous la civilisation quia placé notre pays à la tête de V Europe.