‹ L'Action française et la religion catholiqueChapitre 15 sur 46 · HÉCATÉE DE MILET, M. LABERTHONNIÈRE ET LES ZOUAVES PONTIFICAUX · texte numérisé non relu

HÉCATÉE DE MILET, M. LABERTHONNIÈRE ET LES ZOUAVES PONTIFICAUX

Le i5 août 1901, je publiais dans notre vieille revue d'Action française, une sorte de méditation philosophique ou, si l'on aime mieux, poétique. Une douzaine de pages qui m'étaient suggérées par trois ou quatre lignes du logographe Hécatée le Milésien et surtout par l'intéressant commentaire qu'en donnait, dans son livre sur les « formes littéraires de la pensée grecque », un jeune helléniste de beaucoup de goût et de talent, mon ami regretté M. Henri Ouvré.

Après Henri Ouvré, j'avais admiré chez le vieil ionien un ton de modestie et d'enthousiasme scientifiques, l'accent de sa foi, la nuance de son dédain à l'adresse des gens qui parlent des choses sans les savoir : « Moi, « Hécatée le Milésien, je dis ces choses et j'écris pomme c elles me paraissent : car, à mon avis, les propos des « Hellènes sont nombreux et ridicules... »

Henri Ouvré, pour souligner l'importance de cette attitude dans l'histoire des sciences historiques et géographiques, ajoutait que le texte montre comment les sages du temps d'Hécatée « connurent par occasions

124 l'HKMlKHK 0UBRBI PUICIQUI

l'ail, (|ut* nous donne la vérité, 11 DOMCMion du

renseignement petit, mais indestructible, atome «pu pet tara identique dans toutes les synthèses futures... L'excellence de la perspectiTe ainsi ouverte sur une époque ou la science et la fable m confondaient encore me lit renchérir, tant sur Ouvré que inr ion vénérable inspirateur ; je me laissai aller à généraliser dans une

sorte de lyrisme, puis à tirer «le M vieux texte une application au présent :

Avoir raison, c'est encore une «les manières dont lhoniiiic

s'éternise : avoir raison et changer les propos nombreux et

ridicules de SCS concitoyens, Hellènes ou Français, 6D un

petit sombre de propositions cohérentes et raisonnables, t, quand on y réussit, seulement sur un point, le chefd'œuvre «le l'énergie. ,

Ainsi je comparais la raison à le force, mais pour humilier la force, pour en faire l'inférieure «le la raison

La i méditation > intitulée c l'avantage dk la sen ne s'arrêtait pas là et je la portais «lu domaine de l'histoire et de la géographie dans celui de La politi<que pure :

Quelles que soient nos origines et quelles que soient nos méthodes, nu me quelles que soient nos philosophiea diver génies, il est en politique «l« m vérités que tout établit, que rien ue dément et contre Lesquelles l«- verbiage de L'orateur et la manoeuvre «le L'intrigant ne feront que pitié. RUe triompheront ainsi «pie triomphèrent l<-s renseignements «l 11tée, au fur «-t I mesure que le monde sentira l«- besoin «le

les vèrilier.

montrais «pie Les i propos nombreui et ridiculea ■ BoulH<és par Les nuées d 178e} aux modem s Il aliènes devaienl c irtee inspirer un vaste dégoût. Mais L'avenir n'est pas « L'absurdité) ir Le

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nombre. Le monde aura besoin de la vérité politique, comme il a eu besoin de la vérité historique et géographique : et alors il la cherchera, et, alors, il l'apercevra. Les peuples serrés à la gorge par le besoin seront forcés d'étudier l'organisation nécessaire : « Heureux qui, averti par les ruines d'autrui, se mettra le premier à ce salutaire examen ! » Ainsi, me rassurais-je. Faisant retour sur la France et Y Action française j'ajoutais pour le groupe inf me que nous formions il y a douze ans :

Aujourd'hui nous ne voyons pas l'avantage de nos paroles. Nous étant donné la peine d'étudier et de réfléchir nous savons : et le savoir ne nous sert de rien. Je veux dire qu'il ne sert de rien à notre patrie. Ceux que nous avions convaincus ont encore dans l'oreille le poids de nos discours : ce plat rhéteur qui passe, ce chiffon de papier, n'importe quelle distraction le leur fera oublier. Quoi d'étonnant? Deux cent mille cadavres ont jonché nos campagnes voici trente ans ; mais ils n'ont pas encore persuadé nos concitoyens de la vérité qu'ils montrèrent à Renan : que la démocratie est le grand dissolvant de l'institution militaire. Ce sont des patriotes qui flattent la démocratie! Vainement M. de Vogué, dans la Liberté, l'autre soir, à propos des notes de Villebois-Mareuil au Transvaal, invoquait-il ce beau témoignage taché de sang. 11 n'y a pas encore d'intérêt assez vif pour faire préférer aux fables politiques une vérité politique. Comme pour la géographie du temps d'Hécatée, c'est de fictions que le public a faim et soif, c'est de fictions que les fournisseurs de ce public se sont approvisionnés le plus largement ; oui, le meilleur de ce public, le meilleur de ses fournisseurs, je dis les royalistes et je dis les nationalistes .

Paroles pessimistes qui, certainement, sont outrées. L'accueil que depuis douze ans le public patriote a fait à nos exposés ne permettrait plus de parler de la sorte. Si les peuples sont négligents, distraits et frivoles, il y

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m famée une élite qui comprend et qui n'oublie pas. L'élite royaliste 01 L'élite nationaliste ont montré qu'elles ne méritaient a aucun degré nos gi pro-

eues. Mais à gauche <'t à droite <!<• cette Légion n solue à i<»ut, il existe en France, comme partout, une m d'homme occupée <!<• -<>u pain <>u <!«• son plaisir quoti diens et qui n<> sera jamais attentive I son int plus général et le plus profond.

t pour elle que 1<- régime républicain est eruel : car un tel i • 1 1 1 1 î.i ii: pable <l<i pourvoir spontané-

son propre salul et, comme cala uV.si pas fini, me, si actif quand il n<- s'agit qui est sans action pour b défense <lu pays qui desaemre découTcrt et démantelé. Le .i-til capable de sen-

tir quelque jour, unanimement, c<>[[r fatale infériorité politique et militaire <1«- la démo ( sa, ma

eter dee seiitimentH qu'éptesiTe 1<- pays, devra I on eesunencer par \r débarrasser de la démocratie et lui rendre, iditioni <1«' la santé, de la puis-

tance ri <iu bonbeur ?

Dans estte piésuinpalion j'écrifuis :

On pourrait Imposer la vérité «le I : I • que

pourrait entraîner cette imposition de j>< u en corn-

i de tant de <1<:ùk futurs qu'elle < pargni rail le ne

crains pas de dire que, pour an esprit libre « t un ban esprit,

p »ir !»• pin

Et notre dette envers Llntérél national s peine n par irs au coup de rorce Libérateur, j<- n ■

■< "t«.:i Sujet, i est a «lue ,i 1 de la vrritr. <l< la

tns défense matérielle, de In férlté boute nue de m force, de s.-, râleur, ,|. ... .-,rM»].- ,-t

perpétuelle solid

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Mais cet espoir peut être trompé. L'énergie organisatrice peut ne point faire son coup d'éclat au temps nécessaire. Elle peut le faire et le manquer. Elle peut ne point le manquer, et son entreprise commencée finir mal. Car tout est possible. Ce qui est impossible, c'est que l'art, c'est que la science de la politique, plus nécessaires chaque jour, se composent sur d'autres bases que celles que nous ont déterminées nos maîtres et que nous essayons d'affermir après eux : de nos petits laits bien notés, de nos lois prudemment et solidement établies, de nos vérités incomplètes, mais en elles-mêmes indestructibles, de là et non d'ailleurs, la science politique s'élèvera. Nous sommes — à trois? — à quatre? — à cinq? — à dix? — nous sommes Hécatée le Milésien. Placés aux commencements de notre science, nous avons néanmoins le droit de répéter la lière et dédaigneuse profession du savoir : — Moi, Hécatée le Milésien, Je dis ces choses et f écris comme elles me paraissent, car, à mon avis, les propos des Hellènes sont nombreux et ridicules.

Répétons cela fermement.

Il serait difficile d'écrire un acte de foi plus net et. je pense, plus énergique dans l'autonomie de l'esprit, dans la résistance essentielle de la raison de l'homme, roseau pensant que l'univers peut tuer, mais qui tient le dépôt d'une vérité immortelle.

llh ! bien, c'est d'après cette page, c'est d'après deux mots de cette page, dont le tort est peut-être de parler avec une passion presque orgueilleuse et une confiance presque arrogante des irréductibles prérogatives de la pensée, c'est là-dessus que M. Laberthonnière imagine de m'adresser l'incroyable reproche d'avilir la raison et l'esprit de l'homme sous les forces matérielles !

Isolant de mon texte une ligne, une seule, celle où je dis qu'on pourrait imposer la vérité par la force, il suppose que j'entends par la non le contenu, non V expression extérieure, non, à vrai dire, la conséquence matérielle de la vérité, d'une vérité politique et toute pra-

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tique, non ce régime rie bienfaisance et de mini qui, en durant, établirait L'évidence de son bienfait «'t Bauraif conquérir Le suffrage des cosura, mais exactement Le contraire : La vérité que je voudrais Imposer de foi

rail une idée, un culte, une loi î II écrit don*- sans rire que Lee catholiques qui nous font L'honneur de sympathiser avec nous sont égarés par La promesse d'un triomphe matériel de L'Eglise, ce qui, en dernière analyse, dit-il, avec une justesse Ibrt comique « aboutirait à en faire » de l'Kglisr « une sorte de mahométiême s imposant d' abord par le $abre... » Encore ces catholiques comptent-ils sans ma déloyauté profonde. If. Laberthonnière, qui n'est point dupe, lui, dt très bien que, mon sabre, à mot, mon cimeterre, mon yatagan, ce n'est pas au servies de L'Eglise que je

le mettrai. Pas si bétel Le culte que j'imposerai ainsi ce sera i prut-rtre », dit M. Laberthonnière, i hi religion positiçe du grand Etre humain... >

Le Lecteur est prié de se dire que je n'embellis rien.

imaginations de M. Lal.rrthonniere sont écrites en divers endroits de son livre, notamment à la ps avec mon texte dûment tronqué (î), suivi de ma signature et d'un renvoi a la roi ne à? Action français,- tome \ . p. ao6), a quoi, je le suppose, L'auteur espère bien que nul ne se référera. Ce qu'il j a dans notre tome \ . p

. je viens de le dire : sans montrer a M Laherthoii

nière tous les vices de sa manière de me citer chai

Voici ion texte I le safs V1 Prétendre communier • dans un esprit tout différent > ment tprU : omi eher + mort contn

prit ; erst, m drrnicrc anal , " OWttt BftlfBi

proposition : on seul imp- Je Ri cr\

pus ./-• $Un auc, pour un esprit librr. voilà icsjuiir le plus M

(Ch. Mourras, Action française, /< rpé /< <uitr qui sir

ainsi, tfesi i peut-rtre la Hrli^ion j>osituistr >lu ffUUd liunuiin » . a jamais.

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ment de temps clans un verbe, une vingtaine de mots supprimés), je crois avoir montré que le sens qu'il me prête n'est pas différent du mien, car il en est tout le contraire. Il me fait dire : « Crois ou meurs. » J'avais dit que la vérité, même purement politique, est supérieure à la mort.

Il est au-dessus de mes forces de donner à M. Laberthonnière les qualités qui lui reviennent, et je le laisserai s'en aller sans un mot. Mais je dis au lecteur :

— Voilà de quoi sont faites les imputations qui ont eu cours sur notre pensée. Voilà sur quoi se fondent les jugements auxquels on a tenté de donner crédit. J'ai choisi un sujet très simple, très clair et qui, en lui-même n'était susceptible d'éveiller aucune passion; car, enfin, il ne semble pas que personne ait aucun intérêt à conter cette bourde que je suis musulman et, sauf M. Lucien Victor Meunier dans son ineffable journal, on ne s'était guère avisé de dire qu'un écrivain qui discute matin et soir, sans grand désavantage, ait l'obsession de verser de l'huile bouillante et du plomb fondu dans la gorge de ses contradicteurs. Sur un thème aussi neutre, aussi indifférent, aussi simple, les divagations de M. Laberthonnière ne peuvent résulter que d'une vraie concupiscence de l'erreur. S'il la choisit à ce point de simplicité, de grossièreté, d'évidence, c'est bien qu'il l'aime. A plus forte raison doit- il se tromper ou tromper, se méprendre ou fausser les termes en présence quand il s'agit d'une matière aussi complexe que la haute philosophie religieuse. J'en avertis donc le public, et j'ai le regret d'appliquer à M. Laberthonnière ce qui fut dit à M. Reinach : qui fraude en plein midi sur le port de Palerme, fraudera d'autant mieux à Londres, à onze heures du soir. Chaque mot tracé par sa main se désigne à la vigilance de la police intérieure de nos esprits.

ni: IM ifiq

Quant à ce qui ne rentre pas dans i orîc de la

fraude pure, on peut le ramener à an genre «le faibli d'esprit qu'explique la passion i Ce lettré rafttm métaphysicien enivré, aura pn se faire l'écho d'une des calomnies les plus stupides qui aient été él< >ntre

l'onde nu- collaborateurs. L'abbé Pierre avait «lit en parlant de l'énée crucifère <jui a été placée sur la couverture «le la première édition «le Y Homme qui vient, «le notre ami Georges Valois :

i;< .. les la croix ci-contre, gravée en tête du volume, et vous reconnaîtrez sans peine que cette croix, qui porte la devise /// hoc stgno pinces y n*esi antre chose qu'un poignard, lr symbole exact de tout 1 ouvrage «composé tout exprès pour

démontrât (pie c'est par la violence que le surhomme

triomphe.

Sans rien vérifier, ni voir, ni écouter, M. Laberthonnière s'est hâté «le faire chorus:

Sur la couverture du livre de M. <i. Valoir: L'Homme <jm

e/e///, on aperçoit une figure qui ressemble a mie croix

Quand on regarde de plus près, on se rend compte que cette «T«»i\ est un poignard, et sur la lame on peut lire aie In hocêigno oine&t Un moi revient toujours sons la plume

de ees j n< -ssieiirs : 11 nv a qu une seule VTSie \«:tu. la

t si i, plus fort qui a raison.

Renseignements pris, le poignard diabolique, l'énée crucifère hantée des démons nietzschéens, u'est autre que 1 Insigne des souaves pontificaux

i il mi Impossible d« m. , ,i,- dis

ion abominables d< M Laberthonnièn à l'égard de M l'abbé

Lettre d< „ Valois .< < '.lia

tût ion

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