ACTION FRANÇAISE » ET LA MORALE
Ligue Patriotique des Françaises
Secrétariat cen tra l .
3G8, rue Saint-Honoré. — Paris (ier).
La Ligue Patriotique des Françaises est l'Union de toutes les Chrétiennes qui veulent travailler, par tous les moyens d'action à la portée des femmes, au triomphe de la Foi et de lu Liberté.
Tous les moyens d'action à La portée de lajemme ?
Ah ! si nous voulions rire ! Ou si, en échange de tant d'indignités que la bande démocratique et libérale a, depuis huit ans, déversée sur nous par tous ses moyens, il nous plaisait de nous souvenir des pères Gaulois ! Mais nous sommes plus rassurés encore sur la vertu des ligueuses de M. Piou que sur l'avenir des démonstrations belliqueuses auxquelles un excès de persécution pourrait réduire un jour leur très valeureux président. On sait parfaitement ce que sont les moyens, « tous les moyens », de M. Piou. Les plus extrêmes (voyez les papiers Montagnini) consistèrent à rechercher le « moyen des sommes d'argent » capables de fléchir le farouche anticléricalisme de M. Clemenceau et de son parti. Ce dernier moyen épuisé, il en est encore un : sitôt que les choses se gâtent, M. Jacques Piou prend le train qui conduit à son domaine rural.
Je n'ai jamais lu nulle part, dans aucun organe catholique libéral ou démocrate chrétien, que M. Piou eût été blâmé d'avoir pris la fuite devant les foudres de M. Clemenceau, quelque éloge que ces amérieanistes eussent fait des « vertus actives i du christia-
nisme nouveau. Il est plus curieux encore qu'on ne l'ait point repris d'avoir voulu faire l'emplette de la conscience de M. Clemenceau. Ceux qu'alarme notre pensée, qui est encore pure de tout essai de corruption effective, se taisent sur les projets de corruption réelle tentée par M. Piou : pourquoi?
Je ne ferai pas l'hypocrite. Je crois qu'un politique a le droit, parfois le devoir, d'acheter ce qui est à vendre. La conduite de M. Piou montre que le chef de Y Action libérale en est également convaincu. Mais on m'attaque de toutes parts ; personne ne l'attaque, lui : pourquoi0
Cela s'explique par une simple anecdote. Je demande la permission de la raconter. Ceux qui trouveront qu'elle traîne sauteront les feuillets.
Un professeur de l'Université, qui fut l'oracle de la démocratie chrétienne au temps déjà lointain où ii dirigeait la Quinzaine, M. Georges Fonsegrive, fut autrefois humilié de notre main. Il fut humilié dans une discussion, qui touchait à l'exercice de ses fonctions. Maître de philosophie, sa profession est de donner les leçons, non d'en recevoir. Il subit cependant la nôtre, l'ayant méritée.
M. Fonsegrive, soucieux d'établir sur de solides bases l'idée de légalité sociale, avait écrit : « Dans une caravane, les forts portent plus, les faibles moins, et ceux qui sont chargés de la conduite des bêtes de somme ou de la sécurité du convoi sont libérés de tout fardeau. Tous cependant servent, et leurs services ont une égale valeur. Par conséquent, une démocratie etc.. (Y)... » Cette idée étant fausse, nous n'hésitâmes point à le
i La Quinzaine, 16 septembre 1900.
222 ! \<:no.\ FRANÇAi^r. n i.\ MOMÂMM
faire sentir. Nous montrftmefl que les services n'étaient pas d'égale valeur. Celui qui conduit la caravane rend on service de grand prix. Celui qui l'ait agenouiller les chameaux rend on autre service, de moindre valeur. L'auteur comprit que sa plume avait fourché. Ce «i ii i arrive à tout Le monde. Ce qu'on peut réparer d'un cœur joyeux dès qn'on s le goût de la vérité. Réimprimant l'article, il modifia sa comparaison, mais se donna le tort de maintenir la thèse qu'il avait eVliafaudée par-dessus : i Dans une caravane, le^ Torts portent plus, les faibles moins, et ceux qui sont chai de la conduite des 1m tes de somme ou de la sécurité du convoi sont libres de tout fardeau. Tous cependant servent, et leurs services ont une valeur i(i). Kt M. Ponsegrive ajoutait: c Par conséquent... » Halte-là! « Une valeur » n'est pas i une égale valeur ». On ne peut pas déduire du cas d'une valeur quelconque ce qu'on déduit dn cas (Tune valeur égale. M. Fonsegrive espérait qu'on n'y prendrait point garde. Son étoile voulut que nous lussions le volume après avoir lu l'article et que. nos souvenirs étant fort nets, nous lissions la comparaison publique de L'article et du livre. La conséquence
était éclatante. Nous eûmes la cruauté. SVOUOUfl : l'insolence, de la tirer. Avec une grande douceur et dans un style très courtois, nous montrâmes comment M. Fonsegrive altérait ses prémisses sans rien changer SUS conclusions. Il ne l'a pas encore digéré.
Cinq ans plus tard sans dire mot. bien entendu, de
l'escarmouche précédente), il recommençait L'assaut
dans un journal ; mais, désespérant «le l'issue d'un débat honnête il couvrait son attaque d'une rare déloyauté. Néanmoins, comme il s agissait encore, dans une err-
i La Crise sociale, i vol., Lecoflre, 1901, p. 4aa.
taine mesure, d'idées générales, je le ramenai durement à la question d'abord, et bientôt au silence (i). Nouvelle humiliation dévorée. Nouvelle pause de trois ans, au bout desquels M. Fonsegrive reprit la campagne. Mais il avait compris que les idées, pures ou impures, ne lui valaient rien. Il imagina donc un procédé simple, grossier, tout matériel, qui promettait d'être efficace.
Ayant découvert dans un « bulletin de la Ligue d'Action française », au cours d'une lettre qui nous était adressée et que nous insérions sans aucun commentaire, comme « un fait » (2), quelques lignes qu'il estima fructueux d'isoler, il cita, avec un grand cri, ces lignes « de Y Action française » :
«... Nous ne pouvons pas ne pas réussir avec des généraux, comme j'en connais, qui, fils de la laveur républicaine, seront demain les plus ardents à briguer des faveurs royales plus grandes.
« Prenons donc les amis les plus chers du pouvoir actuel, les plus fidèles, de l'escorte prétorienne de Clemenceau. Ayons l'argent, et par l'argent, achetons tous les moyens et tous les mobiles. Achetons les femmes, achetons les consciences..., les trahisons. »
A ce fragment de lettre perdu dans un long texte, inséré sans approbation de nous, comme aussi sans im-
(1) V. appendice VIII.
(2) Cette lettre relatait une conversation où le général Dessirier, alors gouverneur de Paris, avait répondu à quelqu'un qui lui avait conseillé de fourrer en prison des malfaiteurs publics, maîtres légaux du pays : « Et après? Qui mettrai-je à leur place? » Nous ajoutions à cette lettre : • C'est bien le cas de rappeler que, en octobre 1659, Georges Monk faisait inscrire sur ses étendards que le Gouvernement ne peut subsister que par l 'entière soumission du pouvoir militaire au pouvoir civil * et que « la République doit être gouvernée par des parlements » : en mai 1660, il faisait proclamer Charles II ! Voilà un fait. Le dialogue de notre correspondant et du général Dessirier est un autre fait. »
r. \<:n<>\ n 11 : \lv.
probation — et qui. en morale, valait exactement ce
que valurent 1rs illustres projets d'achat de M. Piou
selon le dossier Montagvmi, M. 1 \e j « • t . i les
hautes clameurs de sa ver lu offensée : * Femmes! i consciences! i i argent ! » €(J"cst abominable! < l éCVM t-il et, déploi -ant les le. •..;
1rs exemples, que V Action française donnait -.m- que
personne prulrslat ■ 09 n'est lui, au risque de se faire M user de modernisme ». ajoutait-il. héroïquement .
M. Fonsegrive vengea ses hurt ans de rancune de pr<>- ' h r fouetté.