‹ L'Action française et la religion catholiqueChapitre 32 sur 46 · AI' SACRE · texte numérisé non relu

AI' SACRE

D peut exister des cérémonies reUgienses i»ius émouran ou même plus majestueuses, |e ne croti pas qu'il soit po

os-

sible d'en concevoir qui parlent mieux à l'intelligence que la consécration épiscopale à laquelle j'ai assisté mardi dans la cathédrale de Saint- Sauveur d'Aix-en-Provence. La synthèse catholique s'analyse elle-même image par image, emblème par emblème, en fournissant la raison et l'explication de ce que la pensée ou le cœur doit entendre par chacun de ces signes matériels. La tradition, l'histoire sont invoquées sans doute, mais le rapport logique est marqué avant tout avec mie vigueur, une précision lumineuse.

Et, comme il convient, toutes les fois qu'il s'agit d'une grande chose, les satisfactions de l'esprit sont soutenues par un ensemble d'émotions plus profondes, qui intéressent l'être entier. A peine ont-ils accompli les rites impressionnants du serment et de 1 examen, le prélat consécrateur et ses assistants s'agenouillent, et celui qui doit être sacré se prosterne, la face contre terre, sur les trois degrés de l'autel : ce moment, qui ligure une sorte de mort mystique dont la nature humaine ressuscitera tout à l'heure transfigurée, renouvelée, prend toute la vertu de sa gravité solennelle par le chant mesuré et lent d'une litanie qui n'a point de fin. A chaque invocation, une vague légère et douce, formée d'un chœur nombreux de voix sacerdotales, jette au ciel un répons de plain-chant grégorien d'une justesse et d'une simplicité pénétrantes, d'une grandeur, d'une noblesse qui dépassent tous les sommets.

Les officiants se relèvent, la magnifique cérémonie continue dans un ordre que je n'ai pas la prétention de commenter. Mais l'épisode de la fin est d'une familiarité toute pastorale. A peine revêtu des ornements de sa dignité, le nouvel évêque descend du sanctuaire et s'en va à travers 1 église en bénissant le peuple. L'air étincelait sous l'ogive claire. Les rayons de la joie universelle se multipliaient en se reflétant. Une foule qu'on évalue à plus de six mille personnes se pressait, accourue de tous les points du diocèse et de la Provence. Les Provençaux avaient senti quelle part leur « nation ■ a prise à cette fête. Des sept évèques présents, un seul, Mgr Lobbedey, appartenait, malgré sa terrible couronne de cheveux noirs, à une région septentrionale. Mgr d Aix est né à Lorges, dans le Var, Mgr de Marseille à Roquevaire, dans son propre diocèse, Mgr de Digne, à Roquevaire également, Mgr de Fréjus, à Aix. Enfin l'évèque de Montpellier,

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tient aui familles ci.- notre marche <!«• i'. sur la i i \ «- droite du

Rhône. Cette assemblée des prince» qui

prirent jadis une j»ai l si haute et si util»- a 1 admiuisti ation

<i\il<- de nos provinces les irbonne e4 d'Ali

fournissant leurs président! nés ;ni\ BtStsdePl I de

Lsngnedoc . «tait dignement couronnée par Mgr Penon, aé

dans la banlieue d Aix-Marseille, dans la petite ville cpii lui prêta la bordure de .son ecusson. un enchaiie-ment de tours et de Heurs de liv

Certes, l'ardente foule sise amusait point à raffiner

sur L'histoire ou sur le blason, elle acclamait son lils et saluait son père; elle bénissait a la lettre 1 un de ses

meilleurs maîtres et de m m meilleurs seivileure,mais Is -

titudi- et l admiration rwuffcmtoi se rencontraient avec des

tendances obSCnrCS, et là 1rs forCOS du passe reparaissaient

au grand complet.

TOUS les anciens paroissiens de Mgr POUOS étaient r

Sentél et, SC pressant autour de lui, baisant son anneau. demandant une bénédiction qui! prodiguait en souriant de

Joie a tant de bonheur, il reconnaissait les charbonnierl'iiveau, les pa\ sans de .Saint-Kemv et aussi ses coinpatri de Simiane, dont quelques uns ont bien \oulu nous reconnaître et nous aborder pour SOUS j>arler de notre maître et nous dire: — Votti souvient-il '.' 11 retrouvait aussi plusi

rations de prêtres de toutes dignitl as, puis SOS

Condisciples, puis ses élèves, animes comme nous d une -latitude sans borne et remémorant avi c nous les jeunes années passées sous les Unes arcades de ee collège Catho-

lique et de ce petit séminaire, «pic la Républiqa s« Il

allait, bénissant le peuple, comme le rituel le porte et le peuple lui repondait en le bénissant a son tour pour mille

bienfaits Je ne ssis quoi de primitif raierai! ceU mou

dune intimité de légende, qui nous mis. ut songer à derniers temps de la Gaule romaine quand !<•> cit< s s étal réduites I fégUse, puisque là seulement survivait derant les

Barbares 1 esprit de la «lclcnse nationale et du bien public

le spectacle vivant était beau comme une rru I ■

:povition de 1 assistance ou toutes les condition! et les

dent unies, donnait 1 idé< de la \ i ootn

munauté française enfin i muent nanrsis-j< rail

un retour sur moi même pour tenter de me rendre compte, comme chacun, de mes vieilles obligations? Si les dettes du cœur sont facilement condamnées par leur nature à la pudeur et au silence, la pensée est plus libre. Elle peut, elle doit parler.

Mou cas obscur et isolé ne peut signifier quelque chose que dans son rapport avec la besogne primordiale tentée aujourd'hui et comme point de comparaison avec la destinée de la plupart de ceux de mon âge. Notre génération donnait certainement le fruit parfait de tout ce que devait produire l'anarchie du xixe siècle, et les jeunes gens du xx* se feraient difficilement une idée de notre état d'insurrection et de négation capitale. Un mot abrégera : il s'agissait pour nous de dire NON à tout. 11 s'agissait de contester toutes les évidences et d'opposer à celles qui s imposaient (y compris les mathématiques) la rébellion de la fantaisie, au besoin, de la paresse et de l'ignorance. Le mot de scepticisme n'est pas suffisant pour qualifier un mélange d'incuriosité frondeuse et du délire de l'examen. Je crois bien que sous les folies subsistait un fond substantiel puisque le même enfant qui s'indignait des sujétions du thème grec ou du vers latin, et qui se refusait à plier les ressources de notre langue aux difficultés de Salluste ou de Xénophon, passait des nuits entières à lire en tumulte, à relire sans choix, à repolir indéfiniment le bégayage informe de sa pauvre pensée. Signe d'étoile naturelle, si l'on n'eut mis son point d'honneur à le méconnaître et à le nier avec tout le reste. Un à quoi bon ? réglait le compte universel des personnes et des choses, des substances et des idées. C'était le néant même, senti et vécu.

A quatorze ans passés, je sais par le menu ce que j'aurais pu répondre à tout auteur du Vrai, du Beau et du Bien qui aurait essayé de m'endoctriner. Mgr Penon ne l'essaya point. Il ne m'apporta point de ■ théorie de l'ordre » comme en confectionnent les Delafosse. Soit réflexion ou expérience, soit divin instinct de l'éducateur, ce maître incomparable préféra me placer en présence de ce qui devait imposer silence à la férocité et à la malice de mon barbare parti pris. 11 m'obligea, ou pour mieux dire, m'entraîna à la lecture des chefs-d'œuvre de manière à m'y rendre un compte direct des beautés concrètes. Là, il n'y avait rien à dire : il n'y

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trait plus qu a voir, à sentir, à subir. On peut proiequand on la lu (liez Hu^o, que le bran < est le laid ou qu'il

n'y s point de critérium de la perfection dans les arts: il n'en

est pas moins sûr, de la plus douce et de la plus forte des certitudes, que les adieu\ d Hector OU les implorations de Priain, ou la plaint»- d Iphi^'enie, ou les « lionrs d AntigOne

ou, dans Virgile, la mort d'Orphée se détachent, n'imposent

a l'adiniration, à L'amitié* et à l'amour par un ascendant souverain. Nulle extravagance d imagination juvénile ne

prévaut contre une beauté qui nous suit jusqu'au fond df

lame. S'il n est point d autre discipline, il y a toujours cellelà! La merveilleuse inaientique de mon maître établissait ce que ces vérités de sentiment et de jugement contenaient de définitif puisqu'il n'était pas une de doc analyses, pai un

de nos parallèles minutieux, conduits aussi profondément que mOU âge Le permettait, qui ne nie ramenât aux lectures de mon enfance, à Perrault, à Homère, à Racine, à La Fontaine, a l'énelon.

Tel fut mon premier ordre ou plutôt sa première base, à laquelle la fie, par la suite, ajouta d autres constructions inspirées du même empirisme, si profond et si sur quand on

n essaye point dm exagérer la port».- : le renonce à me figurer

ce qu aurait été ma pensce démunie de cet appui élémentaire. Si, en général, le petit barbare et le petit SeUVSge qui

existent, dit Le Play, dans le sœur de tout nomme enfant

ont besoin d'être domptés et exorcisés peu à peu pour m

der aux dignités du genre hllinaill, que dire de 1 enfant d'un siècle romantique et révolutionnaire où la notion de toutes les valeurs avait été si ridiculement boule\ ersée ! Aucune

Ldée, même évidente on démontrée, ne se fût imposée sans

cet adoucissement préalable, cet apprivoisement voudrais-je

oser écrire* Combien qui valaient mieux s'eurent pu bonheur de L'initiation nécessaire '■ Par 1 immense naufrage qui recouvrit Leurs intelligences et leurs talents, {'imagine aisément ma propre n<»\ade l'ar la fermeté du terrain «pie SOUS

foulons ensemble, par les grandes Lignes dn plan national

auquel nous travaillons, par l 'heureux succès des premiers efforts, je ressens mieux le piix du salut intellectuel nos amis, nos lecteurs savent désormais de qui leur vient ma part de coopération utile à 1 Action fiançai-

Celle-ci vaut ce quelle vaut, mais elle procède d un

et d'une volonté de l'ordre dont la première inspiration doit être rapportée à qui en fut la source. La justice le demandait, et la différence des genres, la distinction des domaines est trop précise pour que la religion ou la politique puisse souffrir d'un acte de reconnaissance littéraire et philosophique, expression très simple d'un sentiment qui est profond. — Charles Maurras.

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