L'INCROYANT ET LE BIENFAIT DU CATHOLICISME
Ces points généraux Lien réglés, il me faut dire tout de suite qu'il reste une grosse difficulté et un fardeau assez pesant, dont je juge mieux que personne. Il y ■ moi. Que penser et dire de moi?
J'ai montré, à propos de folles citations et de commentaires extravagants, les bons cotés de l'homme si facilement accusé d'attentats sacrilèges et d'assassinats par persuasion. Regardons maintenant au revers de cette médaille. Pas plus que je n'accepte la réputation; d'ennemi déclaré ou perfide du catholicisme, d'autant moins supportable qu'il ne m'est jamais arrivé d'enseigner ou d'approuver rien qui fût une invitation ouverte ou dissimulée à en combattre les croyances ou à s'en détacher, je n'ai aucune envie de me mettre en niche comme un petit saint, et l'on va voir quels torts seraient certainement relevés contre moi du point de vue de la foi catholique.
66 les ORIQHOM
Des directionfl intellectuelles que j'ai suivies, L'une m'a déçu, et c'est La plus ancienne de toutes, celle que
j'ai courue avec l'intérêt 1»' plus passionné ; dans La poursuite de lu vérité première el dernière, je n'ai pas
trouve ce que je cherchais. Mais je ne me suis jamais vanté de tenir cette vérité, et Les gens qui m'accusent de produire un enseignement philosophique ou religieux particulier ne savent pas L'impossibilité qu'ils dénoncent. Qui connaît un peu nia pensée la tient pour incommunicable, son « paganisme se réduit à représenter par le signe concret des images divines la position et renonciation pure et simple du grand problème.
Ce problème, il est vrai, m'avait attiré fort jeune et de façon si vive que je ne distingue pas toujours, dans mes souvenirs, le moment où ma loi s'affaiblit de L'heure où ma raison demeura muette devant ses propres objections aux moyens de mettre en rapport l'ordre humain et l'ordre divin.
Mes points de départ essentiels sont dans la manière de penser de Pascal, que je connus dès l'enfance. Quelques lignes de lui, trouvées dans un recueil de ( Morceaux choisis|», marquèrent ce premier éveil. Son commerce eut peut-être le défaut de me tenir orienté même malgré moi vers le double objet de la spéculation cartésienne : d'un côté, le mystère de l'immense monde
visible, d'autre part, L'impatiente et impérieuse exigence de l'esprit pur. Quand Pascal débordait ces deux ordres de considération, il débordait aussi la capacité
d'un très jeune esprit, d'ailleurs fermé à son mysticisme elliptique.
Après Pascal, je lus aussi, à peine adolescent, un aperçu de la philosophie de Etant dans les rOSUmés qu'en
ont donnés M"r de Staèl, puis Henri Heine. L étude que
je fis de lui me procura ensuite autant de déceptions que
l'incroyant et le bienfait du catholicisme 67
son maître anglais Hume me valut au contraire de vifs plaisirs d'intelligence. Avec Kant, je n'eus que le choix des irritations de deux sortes que me causèrent sa Raison pure et sa Raison pratique, dont je me reposai dans 1 excellente Critique du jugement, relative à la philosophie des beaux-arts. Toutefois sa manière de penser ne laissa point de m 'influencer comme toute ma génération. Ce que, à dix-huit ans sonnés, j'entrevis du thomisme m'a toujours apparu comme au travers dune glace. Beauté distincte, inaccessible. Les années de travail et de méditation passées à agiter les antinomies ne représentent donc que des satisfactions de critique maligne ou de clarté assez stérile. Tel aura été tout le fruit de mon stade philosophique. Je n'en trouve aucun autre. Le Positivisme lui-même, abordé à la fin, n'a jamais pu me rallier a son dogme central : j'ai toujours contesté à Auguste Comte le passage nécessaire de l'esprit humain par la série des trois états de théologie, de métaphysique et de science. Mon enquête ne ma conduit qu'à des synthèses extrêmement subjectives. En bref, je n'ai pas abouti. En esthétique, en politique, j'ai connu la joie de~ saisir dans Jeur haute évidence des idées-mères; en philosophie pure, non.
Quant à l'argument historique, par lequel tant d'autres ont été conservés à leur foi, l'action en était annulée d avance : l'esprit qui craint d'être abusé par les formes de la raison, déçu par les cris de la conscience, en méfiance même sur le témoignage des sens, songera difficilement au secours de l'histoire pour ressaisir un absolu oui échappe de toute part.
Je fus sauvé de l'angoisse métaphysique parce qu a aucun moment, je n'avais cessé de me sentir intéressé jusqu'à la passion par la critique littéraire et par les soucis du patriotisme français. Le jargon des étoles phi-