LES ORIGINES
social retrouve dans la moelle de renseignement catholique toute la critique des usurpations de L'Etat moderne, il y retrouve encore la censure et la dérision des idées de libéralisme et d'égalitarisme politique, de nivellement international, dont l'intelligence franc doit venir à bout ou périr.
Même accord, mêmes harmonies quant aux idé salut, qu'il s'agisse de maintenir la propriété, de continuer l'hérédité ou de sacrer l'autorité. La tradition m'apparaissant comme le plus précieux des biens, non seulement d'un Français, mais d'un homme soucieux de ne pas tourner à l'état sauvage, cette tradition éclatait non point seulement défendue ou vantée, mais incarnée dans le Catholicisme, qui en Taisait en quelque sorte sa mémoire et la moitié de sa pensée. Dans mon culte juvénile pour la science, il me fallait bien admirer cette organisation spirituelle unique presque toute-puissante pour le progrès universel, alors surtout que je comparais l'Eglise romaine avec ses prêtres et ses moines si éveillés, actifs et prompts dans le service de La raison sacrée ou profane, à la poussière des conglomérats religieux similaires, chrétientés de 1 Orient paresseusement enfoncées dans leur incurie, sectes d'Amérique ou de Russie agitées par les convulsions et les tremblements. Le point de vue humain de la civilisation générale fortifiait mon premier point de vue national et c'est non seulement de la formation des
Français, mais des progrès de L'homme même qu'il
fallait faire honneur à ce grand esprit religieux.
Des attaches plus tendres m'auraient aussi retenu, je l'avoue, elles auraient communiqué aux vues générales L'humble pathétique du souvenir personnel, si L'idée d'une ingratitude, qui n'a pu me venir, sétait présentée à mes yeux. Ces hommes droits et simples,
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parmi lesquels certains esprits supérieurs, que j'avais suivis dans mon enfance et dans ma jeunesse comme des guides et des amis, n'avaient de titres qu'à mon respect, et je ne saurais dire d'où j'aurais pu tirer un mot blessant ou un signe hostile pour les pasteurs qui avaient assisté au dernier moment, sans exception connue de moi, tous les miens. La coïncidence ordinaire de leurs conseils et de leurs maximes avec toutes les convenances privées et les nécessités publiques, aurait suffi à désarmer une hostilité dont j'aurais recherché en vain la raison, la cause, le grief matériels. Je n'étais pas moins sans défense contre une beauté morale éclatante. Cette prédication qui ne tend qu'à élever et à épurer, cette éducation méthodique de la conscience, dont l'objet est de l'affiner et d'en développer les délicatesses secrètes en l'unissant par toutes sortes de liens concrets au type d'une perfection idéale, comment et pourquoi l'aurais-je traitée en ennemie?
Enfin les systèmes religieux que proposaient la voix du siècle et le murmure des écoles comportaient au grand complet toutes les difficultés que j'avais rencontrées dans son dogme théologique ; mais, il fallait me rendre compte que ces systèmes allaient en diminuant de grandeur à proportion qu'ils s'éloignaient du formulaire catholique : un monothéisme dépouillé des magnificences de l'Incarnation ; un christianisme arraché aux autels brillants ou doux de la Vierge, appauvri de la Communion des vivants et des morts, ceux du moins dignes de survivre, et dans lequel on a biffé le Purgatoire, le lieu de l'épreuve et de la consolation, comme pour contester aux âmes le droit, si naturel, le bonheur, si touchant, de mériter et de souffrir pour les autres âmes... A la dégradation du dogme s'ajoutaient, à perte de vue, le dessèchement du culte,
l'énervcnu-nt de La discipline morale ri la perte de l'unité, et enfin DM caractères de laideur et de dénuement que prêtante L'histoire det Behiatnea dans toutei les nationi d'Europe et d'Asie. En vérité, il est impossible d'avoir été moins tenté que je ne le lus !
C'est même en sens contraire que lurent -..iii.it toutes mes ressourcées d'aversion et de haine. Mais, avec quelle force! On ne peut s'en douter quand on n'a pas véeu sur certains points de Paris à la lin du xixe siècle, où l'esprit juif et protestant se sont montres à vif. Cette Sinistre vérité finira bien par être sue. On verra quelle intrigue conquérante se préparait, .le ne
-;iis s'il faut parler d'un complot des volontés; il y eut au moins le continent de plusieurs courants d'idées, venues les unes de l'Etat et de l'administration de la République, les autres d'imposantes coteries académiques et mondaines, qui tendirent à établir, bien autrement c{ue par des lois ou des décrets, quoique par des moyens tout aussi matériels, mais étant, obliques, plus sûrs, non seulement la déconsidération, le mépris du catholieisme, mais l'estime, l'honneur et la ^nération de toutes les dissidences qui ne pouvaient se définir OU s'allier qu'en le combattant. Heureusement
c'était très bête. Mais ce n'était pas faible, et on allait
très loin. Le rêve d'Edgar** Quinet se réalisait, tel qu'il avait été rêvé avant 1870 : « Un ucle, une œuvre... une
alliance de tous les esprits libres de lu terre pour l'at- Jfanchir en commun de iesjn'it (jui lu j>ossîde et lu slcrilise. » Quel esprit? L'esprit du moyen âge, celui de L'Eglise. 1 Je m'adresse, disait Ouinet, à toutes tes croj'unces. à t,)ules les religions uni ont combattu Rome : elles sont toutes 1 qu'elles le veuillent ou non | duns nos run<>s, puisqu'au fond leur existence est tout aussi inconciliable que la notre ucec lu domination de Rome.
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Qu'y a-t-il de plus logique au monde que de faire un seul faisceau des révolutions qui ont passé dans le monde depuis trois siècles, de les réunir dans une même lutte, de reparaître ainsi sous le soleil pour achever la victoire sur la religion du moyen âge ? Le malheur de la Révolution française, cest de s'être isolée des révolutions qui Vont précédée. Réparons cette faute... (i) »
Quinet voulait faire la somme des dissidences, des hérésies.
Telle que MM. Buisson, Ferry, Pécaut, Steeg, essayèrent de l'imposer à l'intelligence française dans un effort dont nous avons vu de nos yeux, les débuts et les échecs, cette somme des négatifs de l'histoire philosophique et religieuse, eut le solide privilège de m'inspirer une hostilité presque furieuse. Je me sentais toujours moralement certain de rencontrer de ce côté tout ce qui méritait mon inimitié en matière morale, politique, littéraire même. Il n'y avait, pour ainsi dire, qu'à taper les yeux fermés, et à corps perdu, dans le tas, on était sûr d'atteindre une erreur malfaisante ou de sombres folies indignes du jour. Inversement, je ne pouvais me donner le plaisir d'envoyer un carreau bien forgé, aigu et bien pointé sur quelque ennemi détestable sans faire crier les ennemis du catholicisme presque tous à la fois. Ainsi, sans qu'il y eût délibération de ma part, la position des camps et des doctrines en présence, la force des choses et la logique des idées me rendaient tour à tour antiprotestant, antijuif, antimaçon et, loin de me porter à l'anticatholicisme, j'étais procatholique presque sans le vouloir ; la situation ne cessait de me tourner à rendre un certain
(i) Quinet. L'Enseignement du peuple, cité par Memor dans Y Action française du i5 septembre 1913.
M LES OItIGIM Efl
nombre de services indirects à la cause que 1 anta- [goniste commun s'accordait toujours à iriser.
Ainsi j'ai défendu l'Eglise. Sans titre et peut ("lie sans droit, certainement sans grande force, mai enfin de mon mieux et tant que je l'ai pu. Je ne pouvais la défendre que de l'endroit OÙ j'étais, de La position que j'occupais et qui, pour un fidèle, n'était assurément ni forte, ni brillante. Cependant j'y étais, et je n'étais pas autre part, c'est de là qu'il faut regarder pour voie ce que j'ai fait et comment je l'ai fait.
Je le vois aujourd'hui : du point de vue d'un abbé Pierre, mieux eut valu passer à l'ennemi, me faire huguenot, solliciter l'initiation d'une loge, ou même (telle étant son insatiable férocité) m'oil'rir en sacrifice au baptême juif. Mais je ne sais pas être absurde, voilà le genre d'héroïsme dont je suis le plus démuni. De combien de façons faudra-t-il repéter que le silence de la pensée religieuse ne pouvait éloigner de moi l'idée plus ou moins nette, plus ou moins haute, toujours forte, du profond bienfait catholique ? Ni la haine, ni l'ingratitude à l'égard de la religion n'auraient germé en moi d'elles-mêmes, et je doute qu'on réussisse à les y faire entrer à coups de calomnie ou de dillamation, lurent-elles enfoncées par la main d'un homme d'église.
M. Pierre et les siens peuvent continuer, je ne me ferai pas franc-maçon.
Sous l'influence des idées et des intérêts que je combattais, ma défense de l'Église eut plus tard à s'exalter jusqu'à la passion, mais elle n'avait pas toujours offert ce caractère.
A l'origine, en des temps intellectuellement fort troublés, mais politiquement assez calmes, elle garda l'aspect d'une réserve simple mais formelle, jetée en passant, au milieu des ébats d'une plume profane, comme pour stipuler que l'auteur savait ce qu'il tenait à respecter, ce qu'il était bien résolu à ne profaner en aucun cas. C'est de cette façon que doivent être lus certains écrits de ma jeunesse, tel est l'unique sens équitable à leur supposer.
Mes diffamateurs disposent et ordonnent cette lecture d'après leur hypothèse d'une épouvantable duplicité. On fera mieux d'essayer la clef que j'en donne et qui j)ourrait se définir comme un dédoublement de l'imagination historique* et religieuse. Je crois devoir appeler ici toute l'attention du lecteur : dans cette représentation des faits de l'histoire sacrée, il y avait, d'une part, ce
76 LBS ORIGINES
qui appartenait au catholicisme, d'autre part, ce qui ne lui appartenait pas.
Tous les dieux, toutes les croyances, tous les Livres sacres, toutes les annales religieuses de tous les peuples étant livrés en jouet plutôt qu'en pâture au caprice parlois ironique de la pensée, il subsistait pourtant un point sur lequel je prenais garde de faire exception à ces jeux et de déclarer que les mêmes personnages, les mêmes choses, les mêmes noms devenaient intangibles dans la mesure où ils étaient reliés au Catholicisme. A l'époque dont je parle, il y eut, je ne dirai pas pour certaines intelligences, mais pour certaines imaginations, — pour la mienne, — comme deux Jésus, deux Évangiles, deux Écritures, deux Histoires du Christianisme selon que ces différents termes étaient conçus dans l'Église ou hors de l'Église.
— Mais dira-t-on, lequel des deux était conçu comme vrai et comme réel...?
— La question se posait à peine pour des esprits sans foi qui ne cherchaient plus du tout dans l'histoire des témoignages, mais de simples images en vue d'illustrer des idées n ).
Ainsi, d'un coté, se tenait devant mes yeux le Christ de la conception protestante, révolutionnaire et moderne, « le bizarre Jésus romantique et saint-simonien » suggéré par l'interprétation individualiste qui nous environnait alors, et correspondant à la thèse individualiste elle-même. D'un autre côté, et plus près, et paré d'une gloire à laquelle je me montrais profon-
(i) J'ai recueilli clans ma Politique religieuse un article qui daté du i5 décembre 1900 et intitulé «« la difficulté religieuse ». On y lit que « toute épithète vive, même adressée à la plus vénérable des idées, à la plus sacrée des personnes, n'est pas nécessairement un blasphème ou un sacrilège dans la jwnsce de son auteur » C'était l'ébauche de l'exposé donné ci-dessus.
dément sensible, ne voulant i connaître i que lui, le Jésus t de notre tradition catholique », le crucifié couronné du catholicisme de Dante,
0 sommo Giove Che fosti in terra pernoi crucijïsso...
« O souverain Jupiter qui fus sur terre crucifié pour nous » (i).
Toutes les invectives qu'il m'arrivait d'écrire contre le premier me semblaient lumineusement compensées pur l'hommage rendu au bienfait séculaire, à la majesté du second, et nulle pensée d'outrager la réalité religieuse du catholicisme ne pouvait même entrer dans ce courant d'idées, démunies certes de piété, mais toujours assistées d'un sentiment de vénération, qui me faisait mettre le catholicisme à l'écart et à l'abri de tout mouvement agressif.
J'entends fort bien que toutes ces précautions n'empêchaient pas la confusion de se produire, en fait, entre les deux images évoquées par moi tour à tour. Mais cette confusion, elle se faisait aussi sans moi, et d'un autre côté ! A parler net, le Jésus de la Réforme et de la Révolution semblait alors, dans la pensée de bien des catholiques, gagner, empiéter sur la haute image traditionnelle. C'est contre cette éclipse qu'un instinct de catholique-né m'a toujours soulevé avec une colère croissante et d'autant plus vive que, par suite de circonstances personnelles, nées de la direction de mes études et de mes réflexions, je pouvais me flatter de voir avec les yeux du corps ce retour ennemi, mais oblique et furtif, cette morsure doucereuse de la nuit protestante sur la lumière du ciel romain.
Silencieux et large, comparable à une tentative d'envelopper pour recouvrir, plutôt que pour percer et pour
i Les mots entre guillemets, comme le vers de Dante, sont extraits de la préface de mon livre Le Chemin de Paradis (189^.
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traverser, ce mouvement dont l'anarchie était le coeur, mais qui, on la vu, élevait sa tète dans les plus hautes régions de l'Etat, se réclamait en te/mes exprès du
christianisme. 11 se disait chrétien, sous une forme ravalée avec Tolstoï, sousl'aspecl de L'orgneil et «le L'arrogance avec Ibsen, en empruntant mille autres traits,
tantôt épais, tantôt subtils du i christianisme intérieur i ou de « la primitive Eglise », avec Paul Desjardins et le vicomte de Vogué. 11 y eut une apologie néo-ch retienne du scientiiisme universitaire régnant, il y en eut une autre, non moins néo-chrétienne, de L'ignorance crasse et de la plus abjecte inertie, celle qui suggérait d'abominables contre-sens sur le beati paupcrcs spiritu, couramment traduits par l'éloge de la sottise. Dans l'ordre des mœurs, il lut aussi professé, sur les mêmes autorités suprêmes, que tout était permis et que l'œuvre n'importait pas, pourvu que le sentiment y lût. Nouveautés ? Non pas même pour le siècle, cela est bien connu ! Ceux qui avaient grandi, comme c'était mon cas, au milieu des « classiques » du xix siècle, classiques du libéralisme et classiques du romantisme, songeaient avec impatience que la même assimilation du Christ de l'Evangile iou même du Christ de L'Eglise) au Christ de l'anarchie anime toute L'œuvre de Victor-Hugo après la Révolution de Juillet. Elle agite et allblle le second Lamennais, précipite la décadence de Lamartine et rend
Michelet furieux. Un Déranger lui-même en est tout pénétré. Mais, vers i8op, par L'apport des doctrines du monde Scandinave et anglo-saxon d'Europe ou d'Amérique, tout conflue de ce côté-la: pendant dii ans entiers
la curiosité des auteurs, l'intérêt des lecteurs, nu nie catholiques, se prononce dans Le même sens. La faveur a baissé pour toute la décade suivante, elle baisse encore ; le néo-christianisme est rentré dans ses cha-
pelles, situées aux pôles extrêmes du pays politique et moral. Ne supposons pas qu'il soit mort.
Il est toujours puissant chez les vrais révolutionnaires. Un fidèle enfant de 89, comme Gustave Hervé, a fait dernièrement une déclaration géminée : i° de haine au catholicisme ; i° d'estime et d'amour au christianisme. Mais on en citerait des cas moins excentriques, dap>rès lesquels on peut concevoir l'ancienne vigueur de l'épidémie d'il y a vingt ans. En voici un, très frappant, cité par M. l'abbé Descoqs qui fait une analyse pénétrante de toute cette affaire dans le livre qu'il a bien voulu consacrer à mon Œuvre (11.
Page 90, note 1, M. l'abbé Descoqs recueille le commentaire de M. Victor Giraud sur ce propos de Jean Monneron, le héros du célèbre roman de Paul Bourget : 1 J'ai beaucoup lu les Evangiles, et si j'en traduis l'en- « seignement, je le résumerai par ces trois traits : discL « pline, hiérarchie, charité ». M. Giraud répond : « Charité, oui, sans doute. Discipline, Hiérarchie, est-ce bien sur? L'Evangile interprété par l'Eglise, peut-être. Mais l'Evangile tout seul, j'en doute un peu. » Et M. Victor Giraud, alléguant l'autorité d'un « illustre exemple contemporain », qui est celui de Tolstoï, juge que « la pensée individuelle, placée sans intermédiaire en face de l'Evangile tout seul », « en peut assez naturellement tirer » « l'anarchisme moral » .
Autre exemple : M. Emile Ollivier, qui garda toute sa vie les manières d'un homme d'ordre et qui s'est dit catholique jusqu'à la fin, a pu écrire dans la préface de son livre V Eglise et VEtat an Concile du Vatican : « Entre la Révolution et l'Eglise, il y a des passions,
(1) A travers V Œuvre de M. Charles Maurras. Nouvelle édition 1913.
LFS OHIGIN
«les malentendus et pas d€ dissentiment fondamental.
Dans son essence, la dévolution ikM pas satani<que,
comme la affirmé J. de Malstre, elle est la réalisation
iale et politique «le L'idée évangélique in. » Ainsi le (ils de Démosthène Ollirier, saluant la reflo raison <l«'s idées «le £8, pensait que ee n'est plus seule* ment l 'Eyangile, s'est L'Eglise ells-même qui apparaît
consubstantielle à la Révolution.
Un autre néo-chrétien, pour qui les choses OUt mal tourné, Mare Sangnier, lit un pas «le pins «mi es sens, et c'est dans Rome même, «levant un auditoire «le eardinam «'t de prélats, «ju'il a Incorporé à la Kévolution lea paroles «le la Vierge «lu Mmgnificmt'.
« Et roua avez trouve, Vin le. oublieuse «les
anciens privilèges «le votre race, taudis que votre àme «tait magnifiée par la vision êgalita'ire «le L'universelle rédemption, ces paroles sublimes <jui, «à tout jamais leront tressaillir L'humanib rée <'t dont la har-
diesse effraie le réformateur le plus ■udanknT Deposuit patentes de sede et exaltavit humiles. Esurientes implevit bonis et d fritte dimisif inanes. »
« O Vierge forte, Vierge prudente, que d'autres se scandalisent de^ mots <{ui sont tombés de voê 1< pirées! Nous, nous les répétons avec amour et noui redisons aux \ ■;• livres ignorants <1«' vus LeoSfll «livines qui s'essayent à balbutier devant les foules tr<an: des phrases nua-les (jiïils on! drrnb,rs a i lwan^ile de eotre Fils, alors (/n ils ont renié sa fui, mauvais bergers,
Indignes pasteuri <l<' peuplée «pii veulent que l«*-« moisions germent sens les semenees, «pie la démocratie naisse sans !«• Christ
i Cité par M. Le chanoine Lecigne, Unwer* du 3i août 191 I.
mêé <i«,vjuii rassemblée génitale: dé Om- - mariai de Rome, Le i décembre i«»<>4-
Quand l'été dernier, un disciple de Marc Sangnier répondait (i) à des catholiques d'Action française (a) que « ce ne sont pas les abbés démocrates qui ont composé le Magnificat », il oubliait les interprétations subversives que leur propre chef en avait tirées. Mais celuici avait commis la faute de ne pas imiter ces abbés démocrates qui avaient prudemment gardé leur glose pour la France. Les docteurs romains qui l'avaient entendu et jugé ne tardèrent pas à rendre l'arrêt, explicite arrêt foudroyant, dans la Lettre pontificale Notre charge apostolique du 25 août 1910, où les sillonistes et autres démocrates chrétiens sont qualifiés en ces termes :
« Pour justifier leurs rêves sociaux, ils en appellent à c l'Evangile, interprété à leur manière, et, ce qui est « plus grave encore, à un Christ défiguré et diminué. »
Léon XIII, continuait la Lettre, a déjà flétri « une cer- « taine démocratie qui va jusqu'à ce degré de perversité « que d'attribuer dans la société la souveraineté au peuple « et à poursuivre la suppression et le nivellement des « classes. » Ceux qui n'y ont pas pris garde vont donc au rebours de la doctrine catholique, « vers un idéal condamné. » Ils veulent « inféoder la religion à un parti politique. » « Le souffle de la Révolution a passé par là » .
« Leur idéal étant apparenté à celui de la Révolution, ils ne craignent pas de faire entre l'Evangile et la Révolution des rapprochements blasphématoires qui n'ont pas l'excuse d'avoir échappé à quelque improvisation tumultueuse. »
L'école de Sangnier n'est qu'un fruit d'arrière-saison. Mais, par son langage, on peut juger de ce qui était dit et écrit dans l'aigre et farouche printemps de la
1) Démocratie du 3 août 1913.
(9) Dans la Nouvelle Bourgogne.
82 UW okioinks
démocratie chrétienne. Franchement, si des catholiques
croyants et pratiquants s'égaraient jusque-là, comment la confusion inverse aurait-elle été épargnée à des Français fidèles à Tordre, mais sans foi religieuse?
Quand on souligne ce que j'écrivais de mon coin sur « le venin du Magnificat », on oublie que je remarquai! aussitôt que l'Eglise le chante sur des modes qui ne laissent pas naître la mauvaise pensée, hormis dans les esprits délibérément corrompus dont Marc Sangnier et Emile Ollivier sont les types.. J'avais pris garde de noter l'impression physique, sensorielle que m'avait donnée de tout temps le graphique musical de la liturgie. J)ans chaque cœur bien fait, à toute tentative d'interprétation révolutionnaire répond suffisamment l'éclat sacré du chant royal. C'est pourquoi la pointe de mon épigramine
tournait contre tout autre que l'Eglise. Au surplus, les lecteurs qui rechercheraient mon sentiment sur la doctrine catholique de l'exaltation des plus humbles savent fort bien où la trouver. Ils prennent la préface du Dilemme de Marc Sangnier (1906) devenue la conclusion de la Politique religieuse (1912) et s'avisent que j'ai écrit :
• Dieu est tout umour , disail-on. Que sciait devenu le inonde si, retournant les termes de ce principe, on eût tiré de là (pic « tout amour est Dieu » 7 Bien des aines que la tendresse de l'Evangile touche inclinent à l'erreur llattcu.se de ce panthéisme qui, égalisant tons les actes, Confondant tous les êtres, légitime et avilit tout. Si elle <ùt triomphé, HO peu de temps aurait suffi pour détruire l'épargne des
plus belles générations de l'humanité. Mais elle a été combattue par renseignement et l'éducation «pie donnait L'Eglise :
— Tout amour nest pas Dira, tout amour est 1 de DUU ».
i.(s croyants durent formuler sous peine de retranchement cette distinction vénérable, qui sauve encore l'Occident de
ceux que Maeaulay appelle barbares d'en bas
Aux plus beaux mou\ ements de lame, l'Eglise répéta
comme un dogme de foi: Vom u'etes pas des dieux. A la
plus belle âme elle-même : Vous n'êtes pas un Dieu non plus. En rappelant le membre à la notion du corps, la partie à l'idée et à l'observance du tout, les avis de l'Eglise éloignèrent l'individu de l'autel qu'un fol amour-propre lui proposait tout bas de s'édifier à lui-même : ils lui représentèrent combien d'êtres et d'hommes, existant près de lui, méritaient d'être considérés avec lui : — JS' étant pas seul au monde, tu ne fais pas la loi du monde, ni seulement ta propre loi.
Ce sage et dur rappel à la vue des choses ne fut tant écouté que parce qu'il venait de l'Eglise même. La meilleure amie de chaque homme, la bienfaitrice commune du genre humain, sans cesse inclinée sur les âmes pour les cultiver, les polir et les perfectionner, pouvait leur interdire de se choisir pour centre de tout.
Ainsi elle leur montrait le point dangereux des progrès obtenus ou désirés par elle. L'apothéose de l'individu abstrait se trouvait ainsi réprouvée par l'institution la plus secourable à tout individu vivant. L'individualisme était exclu au nom du plus large amour des personnes, et ceux-là mêmes qu'entre tous les hommes elle appelait, avec une dilection profonde, les humbles, recevaient d'elle un traitement de privilège, à la condition très précise de ne point tirer de leur humilité un orgueil, ni de la sujétion le principe de la révolte.
Il faut ajouter qu'il ne me souvient pas d'une seule des impertinences relevées aujourd'hui, qui n'aient eu pour destinataire nominatif un juif à la Bernard Lazare ou quelque protestant à la^ Gabriel Monod.
Je n'avais qu'un désir, c'était d'atteindre l'individualisme. Et, le prenant de front, je voulais tenter de mont rer que cette doctrine superficielle, fondée sur une vue incomplète de l'homme, ne manque rien tant que son but, à savoir le bonheur de l'individu. Oui, l'homme est égoïste, âpre, avide, mais, ne cessais-je de me dire, l'homme ne peut pratiquement rien satisfaire de cet égoïsme, qu'il s'agisse de libido sciendi ou de libido sen-
Si US ORIGINES
tiendi ou de libido dominandi, sans la vie de société, et comment pourrait-il vivre de cette vie sans y déployer quelques-uns des sentiments de sympathie, d'amitié, de fidélité qui sont en lui, comme leurs contraires? L'homme prend plaisir à désobéir, à fronder, à se révolter, mais aussi à se lier, à s'attacher et à se donner. L'homme et I envieux, mais il est dévoué, il est personnel, mais il est généreux, et le bon ordre social consiste à tirer le meilleur ou le moins mauvais parti possible de tant de contradictions! Or, de tous les partis concevables, le moins bon, le pire de tous, consisterait à faire un acte de foi dans la vertu propre à ce Chaos et dans sa bonne orienta tion spontanée. On le fait quand on suppose que l'homme est bon. On le fait quand on s'abandonne aux doctrines du pur amour. On le fait quand on croit que le but de la vie est de libérer les instincts ou quand on enseigne que, pour être heureux, il suffit de faire disparaître Le frein, l'obstacle, la difficulté ou l'autorité, qui sont parfois de grands éléments de bonheur. Décréter légalité des bons germes et des mauvais germes, en proclamer le libre essor général, c'est le moyen certain de faire servir le désordre originel à un désordre artificiel pire encore : cette anarchie faite de main d'homme donne la victoire et l'empire aux éléments mauvais qui peutêtre ne l'emportaient tout d'abord qu'assez faiblement sur les bons, étouffés et sacrifiés.
De telles réllexions que je roulais sans cesse étaient propres à me montrer ce qu'a méconnu Brunetière. la liaison de l'individualisme et de la démocratie, et, pratiquement, leur identité: si L'individu n'est pas Dieu, [es plus fortes raisons de croire qu'il est Roi s'évanouissent. Mais plus je Voyais et mieux je tourliais la nature pernicieuse de ces deux idées fausses et vaines, plus il fallait bien m'avouer qu'il importait moins d en éta-
blir l'absurdité, que de la rendre sensible. C'est pourquoi j'écrivais des espèces de fables pour donner à mes vérités l'attrait persuasif qui vient du relief et de la couleur d'une vie menteuse ; dans la même pensée, je ies salais et les poivrais de tous les paradoxes à froid ou à chaud qui pouvaient me passer dans lame. Il s'agissait non de montrer une vérité dans le ciel, mais de secouer le dormeur pour le détacher de la boue. Ce fut la disposition dans laquelle j'écrivis mon conte des Serviteurs, à qui nos ennemis ont fait une gloire posthume. Ce récit de quelques pages est essentiellement une apologie satirique de cette subordination des hommes entre eux que je représentais non comme une peine, mais d'abord comme le besoin primordial du grand nombre des âmes incapables de se donner une direction et ensuite comme leur satisfaction et leur joie, joie expliquée par nos passions élémentaires et justifiée par l'immense réciprocité des services qui soutiennent notre univers.
Comme il convenait dans une historiette où chaque trait était poussé jusqu'à sa limite logique, je me gardais bien de dire service ni même servitude. Je disais, parbleu, esclavage. Mais quel esclavage ! Un esclavage réciproque, un esclavage dont le lien, vraiment féodal, s'il enchaînait l'esclave au maître, n'enchaînait pas moins le maître à l'esclave. Un esclavage qui les unit l'un l'autre comme les membres au corps, « comme les vallons aux montagnes ». Un esclavage dont j'ai dû aller chercher le commentaire et l'illustration jusque dans cette Histoire d'une servante, de Lamartine, dont un autre que moi pourrait prétendre et soutenir que c'est un de nos plus beaux livres chrétiens.
Que mon allégorie, au surplus, fût païenne, il n'est pas besoin de me le rappeler. Nous nous occupons de
8b i M 0RIGIN1
savoir >i «'lie « -t «i i t «l'un paganisme offensif et belligérant par rapport à 11
Le malin <l« m esclaves, l'Athénien Grfott, descendu aux Hnfers, y trouve tout «le suite Les charges, les ennuis, Lee périls «le La 1 i 1 > i - 1* t * '• LndiTiduelle, du fait «l»' son isolement : < de le \ ie et de loua
les souris que maudissent Les philosophes, il se sent, paria-même, frustré des heureux avantages dpnt l'environnaient la fortune et La société. Ses esclaves surtout lui font terriblement défaut Mais lorsque ceux-ci, à Leur i s L'onde noire, île souffrent
de s<»n absence plus que lui de la leur, si bien que L'affranchissement Leur crée aussi des maux insupportable! jusqu'au jour <>ù ils |e retrouvent enfin.
Rompu de tristesse, il s'était endormi sur la pâle prairie. La M'aie vie recommence aussitôt qu'il revoit - 1 1 1 j 1 1 s dont il a la charge et qui l'applaudissent de retrouver son autorité, (lest pourquoi Lorsque Hermès Leur propose à tous .le revivre, les esclaves et leur porte parole Androelès refusent Les premiers de remont la Lumière d'un siècle, où, Leur dit-on, est prêché un abominable évangile de Liberté et d'égalité.
— Grand Hermès, où nous cou. luis tu?
Mercure «rut bien de répondre
— A la liberté, mes amis:
M» i^ le vieil Androelès se prosterna devant Crit* i se* genoux :
— Cher Maître, garde-toi oV commencer notre infortune. Songe aux malheurs que nous souffrîmes avant que <r
ici rejoint
On soutire sur la terre comme n >in de
toi .i«- distingue asses bien comment, sans précepte, sans chef, les anciens esclaves doivent s'j consumer d'un ennui sans retour, il leur faudrait quelqu'un a servir et I saluer. ils ont des eonq i autre, qui las broient
pour l*oi
leur. Et ces oppressions ne leur profitent guère, car jamais ils ne les acceptent...
On me permettra de faire observer que ces derniers mots montrent suffisamment de quelle servitude intérieure et volontaire je m'étais fait le défenseur.
Androclès continue :
Jamais ils n'obéissent, sinon contre leur vœu. Même, il leur pèse de durer en leurs propres résolutions ; car ils redoutent d'être esclaves, et c'est l'être, en quelque façon, que d'obéir à soi, d'exécuter d'anciens pj'ojets, d'être fidèle à de vieux rêves. Ils se sont affranchis jusque de la constance, et l'univers entier les subjugue chaque matin.
Cet état, que nous connaissons, ne permet rien qui soit durable. Parle, toi, Tris mégis te, qui sais exactement les événements des trois mondes, étant grand voyageur. N'estil pas vrai que désormais toute œuvre est vide et vaine. Aucun peuple nouveau a-t-il réussi seulement un édifice comme le Parthénon? Une Aphrodite Cnidienne? Un autre Œdipe-Roi? Un corps de lois qui se compare à celui de Solon ?
— Je ne le vois pas, dit Mercure.
— Hé, lequel d'entre eux l'aurait pu? Là-haut, les maîtres d'autrefois mènent une vie d'infortune. Tu leur étais pareil, Criton, quand tu errais au bord du Styx, songeant aux musiques du ciel et obligé de renouer toi-inéme tes chaussures. Ils s'enveloppent de pensées et quelque matelot les bat en leur réclamant une obole...
« Mercure, suis-je dans l'erreur?
— Tu dis merveilleusement vrai, Androclès, répondit le dieu.
Les Serviteurs parurent pour la première fois dans la Revue Bleue du 3o avril 1892. Au point précis où se terminait la citation que je viens de donner, — de crainte que le public, «'égarant sur ma vraie pensée, ne m'attribuât un esprit d'hostilité contre toute la civilisation catholique et l'histoire moderne, j'avais placé une note. Quoique oubliée depuis, cette note subsiste,
vs rr.s origines
imprimée, page 5;o du recueil littéraire précité dans lequel chacun peut la retrouver. Si l'on doutait <l< que j'ai voulu désigner et nettement visé dans ces pages, la pièce que voici serait décisive :
— Ici, le Psychagogue manque de bonne foi et le dieu d< s voleurs se montre aussi le dieu des sophistes. Mercure aurait du ajouter (car le bon Androclès n'en pouvait rien prévoir) que la besogne des esclaves fut, durant plus de mille années, accomplie grâce à la servitude volontaire des ordres religieux aidés par la chevalerie, par des confréries d'ouvriers et d'artistes habilement organisées pour la prospérité de tous. L'harmonie de cet univers ne courut vraiment de danger que depuis deux ou trois cents ans.
Ces <• deux ou trois cents ans » comptés ne peuvent designer que In Réforme ou la Révolution (i i.
La note explicative à Laquelle je ne songeais plus a été retrouvée il y a peu de temps, sur l'indication du marquis de Roux, président de la section poitevine à? Action française. Ce document formel apporte une déposition dont je tiens à faire un hommage à tant d'amis catholiques dont la pensée délibérée m'a fait un si noble crédit! Sans connaître ces lignes, ils les ont supposées et généreusement suppléées. M. l'abbé Descoqs les ignore, je crois; mais il a raisonné comme s'il les eût possédées. De même, le Révérend Père Dom Rcsse, M. le chanoine Lecigne, M. l'abbé Appert et le prêtre qui a signé Jean Yiergeot, tant de pages trop bienveillantes! Beaucoup Bont dans le même cas. Tous e nt rendu compte que le « christ hébreu » mêlé à l'apologue des Serviteurs était pour moi celui qu'invoquent les huguenot et 1< b jacobins, comme h» verset du Magnificat que j'avais
i La Berne Bleue n'est pas et n'a jamais été un organe <a Iholiquc, bien au contraire Mon acte de tlrférenee < -in ers 1^ catholicisme J était donc aussi spontané que gratuit. C'était au protestantisme universitaire que je montrai faccla féroce.
isolé était précisément celui qu'isolèrent avant les abbés démocrates, les Frères moraves ou les Puritains de Cronrwell.
Quand, deux ans et demi après la publication de la Revue Bleue, je recueillis les Serviteurs dans mon livre du Chemin de Paradis, je fis la double et grave erreur de supprimer la note décisive qu'on vient de lire et de croire qu'elle était suffisamment remplacée par la page de la Préface où j'avais opposé au <r bizarre Jésus romantique et saint-simonien le Jésus de notre tradition catholique », car la pensée réelle y disparait sous une profusion de pointes d'épines enchevêtrées. L'erreur ne m'était pas encore sensible il y a une douzaine d'années, quand ma parabole contre -révolutionnaire et antihuguenote fut insérée dans la revue d'Action française ii). La mauvaise foi de nos ennemis aura toujours servi à me faire voir la méprise. C'est une des raisons qui, depuis, m'ont un peu éloigné d'un petit livre où vivaient cependant les fraîcheurs et les violences d'une pensée qui était alors beaucoup plus jeune que son âge. Quelques jeunes gens qui, pendant ces dernières saisons, m'ont demandé de mettre ma signature sur leur exemplaire de cet ouvrage, se sont vu refuser un présent si modeste : ils savent maintenant pourquoi. Je ne rééditerais pas ce Chemin de Paradis sans parer aux malentendus dont on vient de voir qu'il n'est qu'à demi responsable.
i Pourtant dès celte époque notre aversion pour les malentendus nous faisait accrocher un écriteau à la place où je m'étais flatté de la chimère que mes idées avaient pu a mériter le titre de catholique ». L'écriteau disait : « Ceci est l'illusion de la vingt-cinquième année. Le catholicisme est un dogme. Une prête ni au mélange, ni à la fantaisie... Les sentiments exposés ci-dessus ne sont qu'amis du catholicisme; ils en sont les amis 1res fermes. ■ llevue ï Action française du i-r avril