LÀ COOPÉRATION DE CRÉDIT KCOLE DE SOLIDARITÉ
elle^ le créancier trouve une garantie établie sur ce double fait que la surveillance de la majeure partie des forces de travail qui composent le groupe solidaire est certaine jusqu'au jour de Téobéance, et que la validité de la majeure partie de ces forces ne fera pas faute pendant le même délai. C'est ainsi qu'on arrive à donner une garantie aux capitaux sans capitaux servant de garantie. C'est le véritable crédit au travail productif. On peut comparer le groupe solidaire à un faisceau d'osiers ; ce n'est pas la destruction de quelques osiers qui anéantit la vigueur du faisceau. C'est ainsi que le travailleur^ qui par la confiance de ses compagnons qu'il a su mériter est digne de crédit, devient, grâce au lien qui les soude les uns aux autres^ capable de crédit aussi •.
Mais pourquoi répéter ce que vous avez dit^ et si complètement ? Oui, l'association coopérative de crédit est une vivante école de solidarité. Mais dans son œuvre éducative entrent d'autres éléments : laissez-moi en ajouter une brève énumération à Tesquisse de celui auquel s'est attachée votre analyse déliée.
Au point de vue moral, elle enseigne la probité qu'elle capitalise, la modération au gain par la limitation consentie des dividendes, la volonté, la prévoyance, la persévérance, le goût de la liberté et de la responsabilité, les sentiments virils, le juste orgueil de se suffire, l'amour du coin de terre natal. Et au point de vue économique, la valeur du travail, la puissance de l'initiative individuelle fécondée par l'association libre, la nature du crédit et l'obligation de le mériter, le prix de l'épargne et sa possibilité d'être, la force des épargnes unies, l'erreur de les livrer à des concentrations étatistes au lieu de s'en aider, les avantages de l'action décentralisée et de l'association locale, la pratique des affaires, les difficultés des gestions, la légitimité de l'épargne, c'est-à-dire du capital, et la légitimité de sa fructification, c'est-à-dire de l'intérêt, l'harmonie et la fécondation mutuelle du capital et du travail. Tunique façon saine pour Thomme d'améliorer son sort,
L ACCLIMATATION BN FBANCE DU CBKDIT POPULAIBB
qui le fait monler peu à pen, de l'épargne l'élève au it et du crédit à une épargne élargie. . . lutcela, n'est-ce pas le meilleur, la fleur même de l'édum sociale, cet objet propre du congrès auquel vous allez rter une contribution si exacte et si pénétrante ?
3 novembre 1B9B(i).
li de nous, dans le groupe voué depuis 1889 à la diffudes principes et des méthodes du crédit populaire en ce, aurait jamais pu r£ ver, pour la réunion destinée à }uer dix ans d'efTorts, un lieu d'élection comme cette ville goulême ofi nous sommes assemblés?
)us voilà au cœur de ces Charentes où les syndicats agrî- ;, les caisses rurales, les associations coopératives de ordre fleurissent, où les compétences et les bonnes liés abondent. Et nous voilà dans une sor!e de capitale i Coopération , l'active et pittoresi^ue Angouléme, où se >e une de ces œuvres fortes et rares qu'enfante seul l'esprit iforme sans utopie, un type nouveau d'organisation indiise, répartiteur équitable des fruits de la production entre pital, le travail manuel et l'ititeiligence dirigeante, créapour l'ouvrier d'un moyen de devenir copropriélaire de mtillage et coKrbitre de la réglementation de son labeur ! qui devons-nous, pour notre session de 1898, une chance iureuse ? Au guide lui-même de ce mode d'associiition ionne à la vie industrielle un si grand caractère éthique justice, au digne héritier de l'homme qui en fut l'inilia-
?our l'ouverture du X" congrès du crédit populaire, tenu à Angouléme lU 5 novembre 189B, — Dans la série de ces r^snméa ir<'iiérau:( (v. Ica lents aux t. I et II), le lecteur peut suivre l'élat successif et en ses es lignes le progrès du mouvement.
tl
^ ^ C'est à lui que revient le mérite d'avoir, artisan infatî-
àzi)/^ de progrès, accueilli l'appel des vulgarisateurs d'une
^,^^4^^lle amélioration économique, la coopération slimula-
ltl4z^'^^ de l'épargne, et qui par l'épargne met les capitaux à la
j\^2>c:»3ition de tout producteur honnête, si modeste soit-il.
^(2^^«*« première pensée est de remercier celui que le prestige
de :st4i>n nom nous permet d'appeler Laroche-Joubert, et avec
lui « ^^ utour de lui, le faisceau de bons citoyens de toute opinion
qv)i^ ^s. préparé ce Congrès.
T^s^ période qui s'est écoulée depuis celui de Lille a vu con^
VinmJK^ ^1 s'accentuer notre marche en avant. La publication des'
Act.^^ de la session de 1897 a ajouté un neuvième volume à la
sëri^ solide qui constitue un ensemble doctrinal et pratique
conn jg> let, le plus complet peut-être, sur la matière. Le Bulle^'
tift. nrm ensuel n'a cessé de s'élargir, sous la direction de M. Bay-
neri c3ie qui les services et les dévouements revêtent trop de
form c*^s diverses pour être suffisamment loués. Trois membres-
de rftotre bureau, MM. Rayneri, Mabilleau et le comte de
fioc^^iigny, chargés d'une de ces missions que le Musée'
soeistl doit aux grandes libéralités impulsives du comte dé
Gharrmbrun, ont tracé dé la prévoyance sociale en Italie un
vifoui reux tableau (*), où dominent les œuvres d'épargne et de
crédit populaire urbain ou rural. Le Centre fédératif a participé
à rs^c position de Bruxelles, et la récompense la plus élevée
de& institutions de Tespèce^ un diplôme d'honneur, lui a été
dé&ernée : c'est la troisième fois en quatre ans que nos idées
dircotrices sont confirmées par des jurys internationaux.
Hotre entente avec les syndicats agricoles, ratifiée en 1895 à
Ninaes, a été scellée en mai 1897 au cortgrès des Syndicats
agricoles à Orléans, qui a adopté les conclusions d'un rapport de
votre président synthétisant notre doctrine, et aussitôt le Centre
{èdératif s'est mis avec un désintéressement absolu au service
des syndicats désireux de créer un organisme de crédit.
Etifin, comme il est vrai de dire que la plus forte propagande
{\) La Prévoyance sociale en Italie. Paris, Colin, 1W9.
10 l'acclimatation ZTi FKANCR DU CREDIT POPULAIRE
st l'action, de nouvelles applications du concours des caisses 'épargne au crédit agricole ont été obtenues, tandis i|ue la lus haute autorité scientifique du pays, en couronnant sur ce jjet un ouvrage inspiré de vos vuesf), les sanctionnait ; 1 le mouvement des fondations s'est poursuivi, demeurant informe aux vrais principes partout où il s'est rattaché à notre ifluence, conservant un caractère strictement économique, renant des modalités variées suivant les conditions locales. Pendant ce temps, le Parlement continuait de s'occuper des uestions qui ont trait aux aspects ruraux du crédit populire. — Le 31 mars 1898, la Ohambre des Députés votait une >i (*) qui a pour but de faire surgir des caisses régionales de redit agricole destinées à devenir les bailleurs de fonds des lissos locales. Enfin on avait renoncé & la notion fausse d'une anque agraire générale à garantie d'État, si longtemps précoisée dans les milieux politiques les plus divers, amenée lëme jusqu'à des projets formels, et que nos congrès n'ont Bssé de combattre sans concession. II en faut savoir parlîcuèrement gré au ministre promoteur de la loi, M. Méline, qui éclarait loyalement avoir modifié ses vues initiales. Sa coneplion nouvelle n'était cependant point tout à fait fidèle à ne saine économie sociale, puisqu'elle demande les rensour- BS des caisses régionales à des avances, et à des avances ans intérêt, de l'État, sur les 40 millions prêtés au Trésor t les 2 millions de redevance annuelle à verser au Trésor par L Banque de France en vertu de la loi du 17 novembre 1897. elon notre constante règle de conduite, nous étudierons ici i loi des caisses régionales, comme nous le fîmes pour celle u 5 novembre 1894, en dehors des théories absolues, sans arti-pris de critique, avec le désir sincère d'en obtenir evant le Sénat l'amélioration, et de l'uttllser ensuite le mieux ossible. — Parallèlement à ce nouvel effort pour satïs&ire
(1} Le concoure dee caitaet d'épargne au crédit agricole, ouvres qui m bt«nu de l'Acadëmie des sciencas morales et politiques le prix Biaise des oiges, P&rLs, OulUaiunln, 1B97.
(1) Devenue la loi du 31 msn 1B99.
LB DIXIÈME CONGSàs > 111
aux besoins de crédit rural personnel, les déu^t Chambres, par la Iqî du 18 juillet 1898, instituaient au profit du créditréel le warrant agricole sans déplacement, pour permettre aux agriculteurs de trouver de l'argent sur leurs produits en: attendant te moment opportun de la vente.
Rendons grdoe au législateur d'avoir ainsi apporté h la cause que nous soutenons certains appuis ou de l'avoi r libérée de certaioes eotraves. Secondons-le de toutes nos forces dans la mise en œuvre de ses apports. Mais' pourtant, pourla vérité de notre histoire économique, ne laissons pas, sans faire nos réserves, affirmer qu'il a « créé ■ ou « organisé de toutes pièces le crédit agricole,»^), comme on l'a dit naguère, en inaugurant les travaux du groupe agricole de la Chambre. Notre hommage de tout k l'heure k M. Uéline nous donne droit à l'indépendante franchise qui seule est utile . La loi du 5 novembre 1894 n'était pas indispensable, puisque d'un mouvement d'opinion peu à peu élargi étaient nées déjà et naissaient chaque jour des coopératives de crédit rural, sur les t^pes sanctionnés par une longue expérience chez d'autres peuples ; le vrai est qu'elle a aidé cette germination en créant un type de plus, très simple, n'ajoutons-pas en l'affranchissant des gènes fiscales, car qui eût empêché id'en afTranchir les autres? La loi sur les warrants agricoles est discutable sur plus d'un point, et d'ailleurs issue de la libre étude : notre congrès de Nîmes en avait élucidé les difricullés, élaboré les modes de réalisation. La loi à demi^volé.; sur les caisses régionales hâtera — mais peut-être un peu facticement, alors que d'aut très sources naturelles de prêts ou de réescompte s'entr'ou-' vraient — la constitution de caisses centrales qiù, en Allemagne, . en . Autriche-Hongrie, en Belgique, sortirent et demain en Italie sortiront du développement des. caisses locales ; elle y introduit un élément bien douteux d'étatisme, et
'lU Cette expresBlon, inexacte en elle-même (car li loi ne erfe ni n'organise le crédit) et en France audacieusement contraire à la vërité des taHs, a prie place dans la phraséologie courante des parlafnentaires et de la preBse, Notre protestation conserve (igoijaanécràeitéetsa rorcp. ' '
112 l'acclimatation en FRANCK DU CRÉDIT POPULAIRE
une erreur nette, la gratuité. Non, puisqu'au moins en ce domaine Tinitiative privée, si hésitante et si frôle en France, a agi à ses risques, a tenacement avancé et par les voies les plus droites, — puisque tout le monde est d'accord pour se plaindre qu'elle attende toujours tout de l'État, — n'ôtons pas à ce grand mobile de la vie sociale, d'une si haute valeur pour lé progrès, le mérite qui lui revient. En reporter encore l'exclusif honneur à l'État, faire dater de telle bu telle loi ce qu'on appelle tantôt la fondation, tantôt l'organisation du crédit agricole en France, quand ni l'État ni la loi ne furent ici initiateurs, ce ne serait ni équitable, ni historiquement exact, ni politique au sens prévoyant du mot.
Ce n'est point que nous n'ayons rien à attendre du législateur, ni de l'État dont nous saluons ici avec gratitude et loyalisme les distingués représentants. A l'État, il nous faut demander d'encourager les efforts de l'initiative privée par tous les moyens dont il dispose et de les soutenir pendant la phase des débuts difficiles, car c'est là un rôle qui rentre vraiment dans sa part légitime d'intervention. Du législateur, nous devons solliciter sans relâche de bonnes lois, c'est-à«^ dire étudiées avec la collaboration des compétences techniques, et qui soient des lois de liberté : une loi sur les associations coopératives conçue dans un esprit large, dans le sens des réisolutions de notre huitième congrès, délivrant nos modestes sociétés des entraves, fiscales ou autres, que les interprétations de la jurisprudence tirent de textes vieillis ; une extension sagement hardie de la loi de 1895 sur les caisses d'épargne, abordant enfin cette réforme du r^ime d'emploi à peine amorcée, que l'exemple d'à peu près tous les pays du monde nous conseille, que vos congrès ont neuf fois acclamée, et qui ouvrirait au crédit populaire, comme en Âlle^ magne, en Suisse, en Italie, en Autriche-Hongrie, en Bélgi* que, un concours cent fois préférable aux subsides d'État ; — par dessus tout, la loi générale, la loi cardinale attendue depuis si longtemps, la loi sur la liberté d'association et de fondation, d'où jailliraient dans notre sphère spéciale, comme
dans bien d'autres, toutes les activités bienfaisantes de la solidarité sociale.
Lorsque nous entamions en 1889 notre entreprise, savions nous si elle n'était pas condamnée par avance? Quelle indifférence ! que de doutes ! que de critiques ! que d'obstacles ! Nous avons semé pendant dise ans, espérant que le germe lèverait çà et là, et même où il semblait vain de l'attendre. C5omme un poète l'a dit,
...De toute moisson^ demain comme aujourd'hui. Doit s*envoler avec la poussiôre inutUe Une part échappant à l'homme, mais fertile ; Un sillon glanera ce grain perdu pour lui.
Nous sommes allés de tous côtés, résistant par notre pro-
I^^Sande à tout centralisme dans ce pays centraliste, portant
^^ réunions par un dessein obstinément suivi dans les pro-
^Oes les plus différentes, luttant sans défaillance contre les
ptéj^S^^y '^^ mauvais vouloirs, les routines, n'opposant à
[ou^ que la foi et la persévérance. Un effort de dix années,
c'est quelque chose dans des vies d'hommes : c'est souvent
biati peu pour acclimater un progrès dans des milieux non
préparés. Nous est-il permis au moins de jeter sur l'avenir
un regard qui ne soit pas découragé ou hésitant ?
Lentement, mais sûrement, l'idée s'est répandue: elle a
même passé la mer, abordé nos colonies, la chambre de com-*
tierce de Tunis vient de mettre la question à l'étude, et le
nouveau gouverneur général de l'Algérie annonçait naguère
dans sa proclamation inaugurale la résolution de « favoriser
\&s institutions de crédit mutuel ». D'un état d'esprit modifié
Vacllon est née. L'exemple donné sur un point a incité à faire
4^ même sur un autre. Un mouvemen^t d'opinion qui s'étend
çeuàpeuydes régions dissemblables successivement gagnées,
un corps de doctrine constitué^ les questions légales mûries,
des institutions suscitées, voilà ce qui est acquis ; ce qui
veste à conquérir, nous le poursuivrons, et je le résume en
un mot, plus de liberté ! Beaucoup est déjà fait pour le crédit