BUREAUX D EPARGNE DANS DES QUARTIERS OUVRIERS
rinitiative consciente que s'en remettre à l^Élat ! Aucune œuvre de cet ordre n'a plus de portée morale el sociale que celle qui tend à activer sans trêve l'expansion de l'épargne, condition de l'indépendance, levier de toutes les améliorations pratiques de la vie populaire. L'épargne, mot en apparence abstrait et froid, mais qui cache sous ses mille applications si variées les réalités les plus vivantes de sécurités^ d*ascension graduelle, de jouissances domestiques, de joies intimes, tout un ensemble d'où sort pour les plus humbles foyers le bonheur ! — Et combien pourtant l'épargne est menacée, ne serait ce que par l'envahissement de cet alcoolisme qui tue à chaque minute en germe l'épargne près de se former !
On a établi naguère que Talcoolisme coûte annuellement plus d'un milliard aux ouvriers français. Savez-vous quelle marche a suivie le mal dans notre chère cité? J'ai tenu à m'assurer, pour vous le livrer, du chiffre le plus récent. Marseille buvait 6.000 hectolitres d'alcool pur en 1875 ; elle en a bu 25,291 en 1898 (*), et si on triple selon la méthode usuelle pour se rendre compte de Tabsorption réelle de spiritueux, elle a passé d'une consommation annuelle de 18,000 hectolitres il y a une vingtaine d'années à plus de 75.000 l'an dernier. Quel énorme impôt volontaire ! Tout s'en va par cette vaste Qssure, la santé, la liberté, la dignilé, le sens moral, la paix de la famille, les ressources pour se donner le mieuxêtre et pour s'élever peu à peu, 75,873 hectolitres, évalués à une moyenne de 3 francs le litre à la vente, cela représente une dépense de 22,761,900 francs, l'équivalent du budget communal : près de 23 millions par an qu'une population si avisée pourtant, et au milieu de tout ce qui ébranle ou menace Marseille, a employés à se nuire, car ce n'est pas une dépense d'émancipation, ni même de plaisir, que celle de la boisson, c'est une dépense d'empoisonnement !
A cette immense et quotidienne destruction d'épargne, opposons, puisque les pouvoirs qui ont charge d'âmes et de vies ne font rien, les libres efforts des citoyens qui aiment
(1) Voir plus haut les chiffres de 1901 .
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passionnément leur patrie, la petite comme la grande. Désormais les ouvriers Marseillais disposent, si on y comprend notre siège central, de 12 caisses d'épargne, dont 11 au cœur des quartiers où ils vivent : hors Paris^ aucune ville française n'offre à ses forces laborieuses d'aussi efTicaces et commodes moyens de capitalisation du travail et de relèvement économique progressif. Aidez-nous à montrer ces moyens k lous, et à défendre les faibles contre l'ennemi qui les guette, rôdant partout autour d'eux. Travaillons ensemble à une si belle tàcbe, sans nous laisser décourager par notre apparenle impuissance, avec la foi et la tenace espérance qui un jour ou l'autre rendent fécond l'accomplissement du devoir social.
s» juillet 190D Cl).
Pendant qu'à l'Exposition internationale de 1900, dans ce palais de l'Économie sociale dont on a dit qu'il était le plus beau d'une cité enchantée, la Caisse d'épargne de Marseille déroule la synthèse des ses progrès depuis dix ans, elle n'entend ici ni suspendre ni seulement ralentir ses efforts. Un de ceux qu'elle a poursuivis avec une ténacité méthodique est la multiplication deafoyers d'épargne. C'est ainsi qu'ellea, de 1887 à ce jour, créé dans la grande ville populaire onze bureaux auxiliaires. Nous venons avec vous ouvrir le douzième ; le treizième sera ouvert au mois d'octobre.
Que d'objections il y a treize ans lorsqu'enlreprenanl cette organisation de longue baigne, nous inaugurions le premier à la Juliette I Les faits ont répondu. Non seulement ces Annexes ont aboli pour des milliers de clients modestes les difficultés de la distance et du temps ; mais la fondation en était si opportune que leur ensemble seul n'a pas ressenti l'effet des entraves apportées par les parties respectives de la loi du 20 juillet 1895, Suivant un développement continu, les bureaux de quartiers ont l'an dernier encore porté leur stock
(I) Inaug-uration d'un Bureau au quartier du Marché central.
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de dépôts de fr. 3,923,411 à fr. 4,173,461, accusant une nouvelle augmentation sur 1898, et plus sensible encore.
Maintenant que le réseau embrasse les zones diverses du territoire urbain, nous subordonnons l'étude de toute création nouvelle au désir pressant et démontré de la population intéressée elle-même. Le pétitionnement qui s'est produitdans cette circonscription de 35,000 à 40,000 habitants nous a paru justifié. Nous y rencontrions non point, à la vérité, des industries importantes avec leurs agglomérations ouvrières, mais ces groupements de jeunesse qui ont pour nous tant d'intérêt, Lycée, École des beaux-arts. Conservatoire de musique, École primaire supérieure de garçons. École primaire supérieure de filles, Écoles primaires communales, puis des familles sans nombre d'employés, de retraités, de petits économiseurs, enfin et par dessus tout le principal rendez- vous où se centralisent le commerce des primeurs, des fruits, des légumes et l'afflux de la consommation. Aux jours de grand marché, dans la matinée, se pressent ici, de tous les points de l'énorme ville, cultivateurs et maraîchers des environs pour écouler leurs produits, serviteurs, ménagères, revendeuses, marchandes au détail pour s'approvisionner. Etait-ce un médiocre service à rendre aux uns comme aux autres que d'aménager au milieu d'eux, au cœur de leurs opérations, un réservoir où verser soit l'excédent de leurs ventes, soit les réserves de leurs produits ou de leurs salaires ?
C'est dans ce but qu'a été choisi l'emplacement du Bureau inauguré ce matin, et que le fonctionnement en a été fixé à deux jours par semaine, au mardi et au samedi. Les créations de ce genre représentent pour l'institution -m ère des avances à l'avenir, car durant des années le rendement en demeure inférieur au coût. A nos yeux, ce sont des sacrifices nécessaires à la diffusion du goût de la prévoyance. Mais comment remplirions-nous ce haut devoir si des hommes de cœur ne nous aidaient, prenant Tinitiative de nous appeler, nous secondant du crédit de leur notoriété locale ? Inlerprë te du conseil des directeurs, qui a délégué vers vous avec son pré-
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un de ses secrétaires, M. Prou-Gaillard, je salue avec i ceux qui ont assumé la tâche dans ce quartier, et vient de lire les noms honorés, négociants, fonction- 1 activité ou en retraite, anciens officiers, industriels, artistes, professeurs, publicistes, pi-opriétaires, rapdans une mission pure et désintéressée de solidarité
à vous, les élus et les appelés de la prévoyance libre lésormais, dans ce secteur de Marseille, tous nos
à leur portée et, pour ainsi parler, sous la main : ils l, sans déplacement, sans retard, verser, retirer, for- .'épargne par nos timbres à partir de l'embryon de imes, enseigner k leurs enfants ces habitudes qui, en mt des ressources contre tes risques de la maladie, de ssse, du chômage, relèvent et émancipent peu à peu lémenls sociaux Hottant entre la dépendance et l'auto- 3i notre émule — je ne dis pas notre concurrente — B d'épargne postale, vient aussi s'établir parmi eux, de comparaison leur révélera les avantages qui nous ipres : taux supérieur d'intérêt, remise immédiate du emboursemenls à vue, formalités simples, relations 3s. La vitalité civique, au surplus, n'a-t-elle pas tout r à ce qu'on préfère en toute voie aux rigides et indif-
inlerventions de l'État anonyme les œuvres saines, , éducatricesde l'activité personnelle et volontairement iî
attachant et noble, votre labeur, lorsque guidés unit par l'amour de la petite patrie et le dessein de vous
serviteurs de vos concitoyens moins avancés sur la >us donnez avec abnégation votre temps et votre peine llir, à préserver les parcelles d'épargne arrachées au quotidien de la vie . Vous contribuez ainsi, it faut bien idre compte, à former de bons, d'utiles citoyens, forts l'ils sont prévoyants, tempérants parce qu'ils sont BS. Oui, le plus clair peut-être et le plus efficace de la contre l'alcoolisme, c'est vous qui l'accomplissez; car